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29 ans après le révolutionnaire Tron, Disney dépoussière La Grille pour lui offrir une suite directe, Tron : l’héritage. On reprend les mêmes et on recommence en ajoutant la sauce 3D : une recette à première vue dans l’ère du temps mais quand on s’attaque à un film culte comme celui-là, le défi s’avère assez risqué.  La Grille a-t-elle bien vieillie ? Telle est la question…

Quelques années après les évènements de Tron, Kevin Flynn, papa d’un petit garçon nommé Sam, n’a pas perdu l’espoir de faire de La Grille (The Grid en VO) un monde numérique parfait capable de contribuer à rendre le monde réel meilleur. Très pris par son travail à ENCOM, Flynn s’absente un soir, en promettant à son fils de lui faire visiter La Grille. Seulement, il ne revient jamais… 20 ans plus tard, Sam est devenu un jeune homme féru de technologie en totale opposition avec ce qu’est devenu l’entreprise paternelle après la disparition de ce dernier. Il est alors contacté par Alan Bradley, l’ancien collègue de Kevin, qui prétend avoir reçu un message de son père sur son beeper. Sam se rend alors dans l’ancienne salle de jeux de son père et, en réactivant son ordinateur, se retrouve projeté dans La Grille. Contre toute attente, le monde virtuel s’avère bien plus hostile que dans les histoires que lui racontait son père, et Sam va vite découvrir que Clu, le double virtuel créé par Kevin pour maintenir la paix dans La Grille, s’est rebellé contre son créateur…

La Grille, un endroit accueillant


En se posant comme une suite directe au premier film, Tron : l’héritage réussi en tout premier lieu à créer une certaine cohérence qui n’échappera pas aux fans nostalgiques – aux nostalgeek ! – du premier volet. La présence des acteurs emblématiques de Tron, à savoir Jeff Bridges et Bruce Boxleitner, qui ont vieilli en même temps que les fans de la première heure, renforce cette dimension loin d’être désagréable. Pour le reste, il y a comme on dit à boire et à manger.

Conte naïf

Scénaristiquement, Tron : l’héritage reprend les ficelles du premier film : un univers virtuel, créé par l’homme, se rebelle contre son concepteur qui n’a pas d’autre choix que de lutter contre lui éviter des répercussions sur le monde réel. En 1982, à la sortie de Tron, ce thème totalement inédit et visionnaire avait fait fureur. Repris depuis dans un nombre incalculable d’oeuvres, que ce soit au cinéma, à la télévision où en litterature, il a connu toutes les déclinaisons possibles et a forcément perdu de sa substance à l’heure où la question de la place du virtuel par rapport au réel preoccupe bon nombre de gens qui cohabitent avec ces deux univers. Ce qui était de la science-fiction à l’époque de Tron n’en est plus réellement à l’époque de Tron : l’héritage, et l’histoire que le film raconte affiche moins d’épaisseur. Pour autant, l’intrigue reste en phase avec celle du film originel et affiche même une cohérence indéniable avec le matériau d’origine, que ce soit au niveau de l’histoire qu’au niveau de l’action, les scènes de combat aux disques et la course de motos pour ne citer qu’elles faisant écho à celles, similaires, de Tron. La technologie d’aujourd’hui en plus…

Back to basics !


Du côté des faiblesses scénaristiques, on peut également noter la trop faible exploitations des personnages, qui ne sont finalement que des pions sur l’échiquier de La Grille, et qui n’ont d’autre but que celui de déterminer le destin du monde virtuel. La relation entre Sam et Kevin Flynn, par exemple, passe quelque peu à la trappe au profit de la dualité existante entre Kevin et Clu, le concepteur et sa création. La thématique du film est tenace et laisse de nombreux éléments de côté, qui auraient largement pu être étoffés durant les 2h07 que dure le film. De même, certains personnages apparaissent comme totalement sous-exploités, à l’instar de Quorra, incarnée par Olivia Wilde : seul vrai personnage féminin du film, elle aurait mérité une implication plus poussée et se contente finalement de répliques mollassonnes, de pauses lascives et de plans contemplatifs qui en font une potiche de choix, bien loin de l’image girl power véhiculée par la promotion outrancière du film. Michael Sheen, qui écope d’un rôle très décalé et s’en tire avec brio, ne dispose quant à lui que de quelques scènes malgré un personnage haut en couleur. Dommage…

Un plan aussi contemplatif qu'inutile de Quorra qui résume bien l'implication du personnage, tout de même important, dans l'intrigue… Et puis en plus, c'est pas une manière de se tenir.


Sur ces différents aspects, Tron : l’héritage offre donc un contenu approprié pour le Blockbuster qu’il est, mais aurait vraiment pu aller plus loin dans la réflexion qu’il entame finalement à peine. Reste fort heureusement une esthétique et un univers suffisamment captivants pour scotcher le spectateur. Encore faut-il adhérer à la 3D.

Néons et 3D, un mariage mouvementé

Ceux ont vu le premier Tron connaissent bien les effets de lumière et les fameux néons qui composent La Grille, et qui participent à créer l’univers si particulier du jeu. Les mêmes néons contrastent avec le reste de l’univers du film, très obscur au sens propre. Tron : l’héritage oscille entre un mélange noir-orange et noir-bleu glacial esthétiquement réussi, mais que la 3D stéréo peine à mettre en valeur en grande partie en raison des défauts de cette technologie.

En effet, le côté sombre du film est rehaussé par la baisse de luminosité entraînée par la 3D relief elle-même, ce qui s’avère assez paradoxal, surtout quand on constate que comme dans la majeure partie des productions proposées en 3D stéréoscopique, cet ajout n’apporte pas grand chose. On notera cependant que la présence de la 3D est justifiée dans le film par la dimension virtuelle de son univers : les scènes se déroulant dans le « vrai monde » sont d’ailleurs proposées en 2D…

Pour trouver les méchants, suivez les néons oranges


Bien loin d’être un navet, Tron : l’héritage se contente finalement d’être ce qu’on est le plus à même d’attendre de lui, à savoir un très bon divertissement. Ce ne sera cependant pas le film qui révolutionnera l’imagerie geek au cinéma, et ce malgré quelques très bonnes scènes, rehaussée par l’excellente bande originale des Daft Punk qui, associée à l’image, prend tout son sens. La musique peut clairement être assimilée, dans ce film, à un personnage bien plus charismatique qu’une grande partie du casting. Un film à voir, pas forcément en 3D… et à écouter.

Tron : l’héritage, de Joseph Kosinski avec Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde, Michael Sheen… sortie le 9 février.

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Critique disney tron Tron L'Héritage
L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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