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Ce vendredi commence dans le calme. Si la première séance à l’Espace Lac fait bien salle comble, la plupart des spectateurs ont pu accéder à l’endroit, malgré la présence du jury et autres invités.

Il est donc 11H00, tout le monde est bien installé, le quatrième film de la compétition, Ne nous jugez pas, va pouvoir débuter.

Dario Argento

Ne nous jugez pas est le second film du catalogue de Wild Side qui a, tout comme Dream Home, connu un premier passage au Festival de l’étrange de Paris sous le titre de Nous sommes ce que nous sommes. D’origine mexicaine, cette œuvre narre les déboires d’une famille cannibale en milieu urbain, le tout ponctué d’une critique sociale peu subtile.

Si le film n’a pas tenu ses promesses en terme de sensations fortes, il ne recèle pas moins des qualités que le public n’a visiblement pas soulignées. C’est là tout le soucis d’un festival tel que celui de Gérardmer où les festivaliers sont généralement très réactifs et joueurs vis à vis du film. L’ambiance est habituellement très bonne, mais lorsque le film est mal reçu, le climat bascule aussi vite vers un lynchage verbale du plus mauvais goût. Certains passages sont hués!

Ces réactions ont apparemment été très mal accueillies par le jury qui, par la suite, fera un pied de nez au public en accordant une récompense à ce titre.

Fin de la projection, Ne nous jugez pas ne gagnera donc pas le prix du public à la vue des urnes.

[La critique de Ne nous jugez pas sera en ligne dans les prochains jours]

14H00, c’est la course pour gagner l’hôtel Beau Rivage où s’organise une rencontre publique avec le président du jury, Dario Argento. Le salon est d’une superficie plutôt modeste pouvant accueillir près d’une centaine de personnes. Après un tonnerre d’applaudissements, Argento gagne son estrade, et les questions débutent immédiatement sans le moindre discours d’ouverture ou de présentation. Est-ce parce que tous les professionnels et festivaliers connaissent le personnage? Où alors en gardent-ils pour l’hommage qui lui est réservé le lendemain?

Rencontre avec Dario Argento

C’est en français que Dario Argento se prête au jeu des questions/réponses tantôt générales, tantôt pointues. Une série d’admirateurs et de connaisseurs n’hésitent pas à retracer la carrière de cette figure mythique du cinéma italien.

Ainsi, Argento s’exprime sur les nouvelles technologies, incluant inévitablement la 3D, s’ensuit ses collaborations avec la famille Bava, Bertolucci, Leone etc. Fatalement, la question du western est abordée, ce à quoi Argento répond qu’il estimait que Leone avait déjà tout accompli dans ce domaine. C’est dans le Giallo et le fantastique que le président du jury apporte sa pierre à l’édifice à l’histoire du cinéma italien, bien que ses débuts aient été laborieux. Il retrace son amour pour l’opéra, ses voyages à Paris et porte un regard optimiste sur l’avenir du Giallo qui continue à inspirer les cinéastes du monde entier, lui rendant encore hommage au delà des frontières. Quentin Tarantino le cite, le cinéma coréen et japonais s’en inspirent allègrement, Amer de Cattet et Forzani y fait directement écho, et même le récent Black Swan d’Aronofsky en porte les marques.

L’image de la femme étant très complexe dans ses œuvres, il évoque sa jeunesse lorsqu’il accompagnait sa mère photographe dans les studios. Ancré dans son esprit, la beauté féminine transparait dans ses films par la vision artistique que lui renvoie le corps féminin. Argento ne définit pas avec exactitude sa fascination pour la beauté du corps de la femme, mais l’idéalise au point de mettre en scène sa fille Asia à de nombreuses reprises.

Même si le cinéaste estime que son isolement dans la production italienne marque la fin de son ère, il survole brièvement ses projets dont un titre tourné en 3D. On imagine aisément qu’il s’agira de Dracula 3D, la rumeur circulait depuis pas mal de temps. Toutefois, Argento n’est pas assuré de la viabilité du projet, et aborde alors l’adaptation d’un comics dont il garde encore le titre secret.

La rencontre qui s’est étendue sur une petite heure, s’achève sur une séance de dédicaces et de photos.

Sur la vidéo ci-dessous, Dario Argento parle de ses inspirations et de ses influences :

19H30, Gérardmer voit ses festivaliers s’accroitre et patienter dans le froid polaire pour assister à une nouvelle séance accompagnée du jury. Le cinquième film en compétition est The troll hunter, un titre lui aussi venu du froid.

Le festival s’est vu accueillir l’acteur principal de ce film norvégien : Glenn Erland Tosterud.

Glenn Erland Tosterud introduit The troll hunter

The troll hunter se présente comme un énième pseudo documentaire, filmé caméra à l’épaule à la manière d’un Cloverfield. Malgré les réticences face à cette facilité de mise en scène, le film s’en tire avec brio par son humour et son ton léger. Sans grande prétention, The troll hunter amuse le public qui finit par se prendre au jeu en riant de bon cœur. Avec une majorité de « bon » dans l’urne, ce film traçant le quotidien d’un chasseur de trolls ne passionne pas, mais nous fait partager un agréable moment.

[La critique de The troll hunter sera en ligne dans les prochains jours]

22H00, on enchaine avec Prowl, un film US hors compétition du norvégien (encore!) Patrik Syversen, déjà auteur de Manhunt qui était assez bien enrobé malgré la légèreté de son scénario. C’est donc assez confiant que l’on pénètre de nouveau dans une salle qui n’attire plus tant de monde. L’heure est tardive, les festivaliers préfèrent se réserver le samedi.

Ainsi, Prowl débute… et au bout d’une dizaine de minutes, on comprend assez vite qu’on aurait mieux fait de retrouver notre couette. Tous les clichés du teenage movie d’horreur sont condensés dans ce Prowl indigeste, mal joué et surtout gangréné par des personnages tous aussi inconscients et incohérents les uns que les autres. Cette mixture honteusement inspirée de 30 jours de nuit conte une improbable histoire de meute suceuse de sang traquant les adolescents les plus antipathiques des États-Unis. Rajoutons à cela une héroïne au questionnement existentiel aussi important que celui d’une moule.

Le film respire le formatage le plus honteux que l’on peut connaitre dans ce cinéma, et c’est bien malheureux pour Syversen qui méritait sans doute une véritable opportunité plutôt que ce projet d’écolier.

Pour le coup, le public ne s’y est pas trompé, rebondissant sur chacune des répliques téléphonées de Prowl, considéré tout de suite comme le nanar du soir. Après tout, ce festival est aussi là pour ça!

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Dario Argento Fantastic'Arts Gérardmer Ne nous jugez pas Prowl The Troll Hunter
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