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Genre relativement méconnu auprès du public de l’Hexagone, l’offre en matière de visual novel français était jusque-là inexistante. C’était sans compter sur le collectif No-Xice qui, avec Anamnesis, nous livre son premier visual novel 100% original. Alors, que vaut ce premier visual novel français ? Réponse dans ce test !

Genre typiquement japonais, le visual novel n’a connu que très peu d’adaptations en Europe et plus spécifiquement en France : on notera quelques jeux sur DS, comme les Phoenix Wright ou les Professeur Layton, qui emprunte beaucoup à ce type de jeu particulier. Ni tout à fait un jeu vidéo, ni tout à fait un roman graphique, le visual novel est une sorte de bande dessinée intéractive où le joueur-lecteur est de temps à autre confronté à des choix plus ou moins importants. A ce titre, Anamnesis s’inscrit parfaitement dans cette définition.

Conçu par l’équipe de No-Xice, un collectif nantais bien connu dans le milieu du fanzinat français, Anamnesis est le fruit d’un an et demi de travail. Réalisé à l’aide du logiciel Ren’Py destiné à concevoir des visual novel, le titre a mobilisé une équipe de 7 personnes à des postes-clés de sa création. Un travail de longue haleine, présenté comme le premier visual novel français, et forcément attendu au tournant.

Anamnesis raconte l’épopée de deux amis qui s’offrent un voyage à Paris pour assister à la Japan Market, une gigantesque convention très largement inspirée de la célèbre Japan Expo. Entraîné par son meilleur ami Joey, le héros et narrateur de l’histoire va se retrouver embarqué dans des galères multiples, subissant la poisse et la maladresse de son néanmoins sympathique ami. Heureusemement pour eux (ou pas) ils vont croiser la route d’autres otaku qui vont rendre leur séjour parisien moins banal que ce à quoi ils s’attendaient…

Joey, meilleur ami du héros, un peu boulet mais néanmoins attachant


Difficile d’en dire plus sur l’intrigue d’Anamnesis sans risquer d’en dévoiler trop ou pas assez, tant l’histoire s’avère bien plus intriguante qu’elle n’y paraît à la base
. Néanmoins, pour commencer à profiter pleinement de l’astucieuse façon dont les éléments s’imbriquent, il faut prendre le temps d’entrer petit à petit dans le vif du sujet, quitte à essuyer quelques longueurs au départ, en particulier si l’on n’est pas habitué au genre du visual novel. Anamnesis prend son temps, n’hésite pas à glisser quelques clins d’oeil au monde des conventions, et même quelques privates jokes au passage : rien de bien perturbant néanmoins pour le nouvel arrivant dans l’univers des conventions.

Une fois rentré dans l’intrigue, on s’étonnerait presque de rester accroché à ce jeu qui n’en est pas vraiment un, à tenter de comprendre où l’histoire veut nous embarquer : car le héros, sans nom et finalement assimilé au joueur-lecteur lui-même, s’avère être le plus passif dans l’histoire jusqu’à un moment bien précis où il se doit de prendre les choses en main. Là, Anamnesis change de style, offre des choix qui, en fonction, débloqueront l’une des six fins de l’histoire. Certains considéreront sans doute que l’implication du lecteur en tant que joueur intervient peut-être un peu tard dans l’intrigue. Pourtant, la démarche s’avère finalement plutôt logique, et découle de l’évolution du personnage que le « joueur » incarne et qui, arrivé à un point de rupture, passe de spectateur à acteur des évènements. On peut saluer l’intelligence de la mise en scène à ce niveau-là, ainsi que le scénario lui-même d’ailleurs, plutôt bien ficelé et qui révèle quelques surprises : le seul risque finalement, c’est de lâcher de titre trop tôt en considérant son début comme un peu longuet. Une erreur à ne clairement pas faire… Côté durée de vie, le titre la fixe d’emblée entre 4 et 5 heures, mais il aura fallu près de 8 heures pour réaliser ce test en lisant tous les dialogues et en visionnant toutes les fins, ce qui est particulièrement honorable pour ce type de production.

Toute ressemblance avec un stéréotype existant n'est que pur hasard… ou pas.


Du côté des points positifs, on peut également souligner la réussite esthétique de l’ensemble
: l’équipe de No-Xice s’est décarcassée pour proposer des visuels originaux, des personnages particulièrement réussis et des scènes dessinées de toute beauté qui fait regretter qu’il n’y en ait pas plus. Les décors sont quant à eux tirés de photos légèrement modifiées, entre autre pour brouiller les visages des personnes photographiées et coller aux personnages dessinés : même si le tout contribue à donner une touche de réalisme à l’ensemble, on peut regretter que le côté « graphique » n’ait pas été poussé de ce côté-là. Côté animation et mise en scène, le tout aurait peut-être gagné à miser davantage sur les interactions entre les personnages à l’écran, pour offrir plus de dynamisme : généralement, les personnages se succèdent au centre de l’écran lors des phases de dialogue, créant un vide un peu lassant de chaque côté de la scène. Les quelques scènes d’action mettant en avant plusieurs personnages bousculent un peu la structure narrative et donnent un autre équilibre à l’ensemble, malheureusement un peu trop rare.

Anamnesis propose également une quinzaine de pistes musicales composées pour l’occasion : le tout contribue à donner au titre une ambiance et une identité sonore qui lui sont propres, et qui pousse un peu plus loin le côté perfectionniste de ce jeu loin d’être aussi amateur qu’on pourrait le penser.

Le principal regret à formuler à ce jour concernant Anamnesis tient à la quantité non-négligeable de fautes d’orthographe que l’on trouve au détour de ses dialogues, et qui peut potentiellement gâcher le plaisir à certains endroits où elles sont nombreuses : dans le cadre d’un titre où le texte tient un rôle capital, c’est un peu le point qui fâche. Qu’on se rassure néanmoins : l’équipe du titre a d’ores et déjà annoncé qu’un patch sera disponible dès la sortie du jeu pour corriger ce défaut, qui ne devrait donc pas en être un bien longtemps. No-Xice invite également les joueurs à voter pour leur fin préférée, histoire, si le succès est au rendez-vous, de mettre pourquoi pas une suite en route.

Des personnages en totale symbiose avec l'environnement…


En conclusion, on ne peut que saluer le travail de l’équipe de No-Xice, qui livre ici un véritable travail de passionnés acharnés.
Pionniers dans le domaine du visual novel français, Torog et sa bande auraient pu se contenter de proposer quelque chose de bien plus minimaliste sans risque de souffrir d’une quelconque comparaison dans le milieu. A l’inverse de ça, l’équipe a décidé de fixer la barre haute en ne négligeant aucun détail… excepté la relecture ;) Si Anamesis n’est clairement pas sans défaut, il évite beaucoup d’écueils souvent présents dans ce type de production, à commencer par la suffisance et l’autocongratulation : le titre va jusqu’au bout de son idée et surpassera même, à n’en pas douter, les attentes que beaucoup d’amateurs curieux pourront avoir face à un tel titre. Un travail remarquable qui mérite incontestablement le détour, et auquel on peut ne peut souhaiter qu’une chose : qu’il rencontre son public !

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Anamnesis No-Xice test Visual Novel
L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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