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Deux ans après le talentueux Moon, Duncan Jones réalise un nouveau film ambitieux et dans l’air du temps avec Source Code, une intrigue à tiroirs qui tire habillement son épingle du jeu grâce à un scénario futé et un Jake Gyllenhal impeccable. Un film de SF qui réussi à tenir la comparaison avec d’autres long-métrages exploitant des ficelles similaires.

Colter Stevens (Jake Gyllenhal) est un capitaine de l’armée américaine dépêché en Afghanistan. De fait, le jour où il se réveille en sursaut dans un train en face d’une jeune femme, Christina (Michelle Monaghan) qui non seulement prétend le connaitre, mais en plus sous un autre nom que le sien, Colter ne comprend absolument pas ce qu’il lui arrive… Jusqu’au moment où le train explose sous l’impulsion d’une bombe. Là, Colter se réveille une nouvelle fois, enfermé dans un caisson. Par écrans interposés, l’agent Goodwin (Vera Farmiga) et le docteur Rutledge (Jeffrey Wright) lui expliquent qu’il est dans le Source Code, un programme qui lui permet de revivre les 8 dernières minutes de la vie d’un homme mort le matin-même dans un attentat. La mission de Colter est la suivante : se servir de ces 8 minutes pour identifier le terroriste, dans le but de l’arrêter dans le « monde réel » pour l’empêcher de commettre un autre attentat. Sauver des vies dans le monde réel, oui : mais qu’adviendra-t-il alors des personnes rencontrées dans le Source Code ?

Un air de Déjà vu, mais juste un air

Sur le papier, Source Code n’est pas sans rappeler Déjà vu, le film de Tony Scott sorti en 2006, dans lequel Denzel Washington explore le passé pour revivre un attentat meurtrier, et en démêler les ficelles. Sans dévoiler l’intrigue – même si certains éléments sont relativement prévisibles – les deux films partagent certains points, notamment sur la façon dont leur héros respectif fini par percevoir sa mission. Fort heureusement, la comparaison s’arrête là, et le second film de Duncan Jones suit son propre chemin avec une efficacité plus prononcée qui laisse la part belle à l’action et évite une laborieuse mise en place.

Programme ou réalité ?

L’un des principaux atouts de Source Code, qui est d’ailleurs mis en avant dès les premières secondes du film, c’est de mettre le spectateur au même niveau que son personnage principal : ainsi, durant toute la durée de l’histoire, on n’en sait jamais plus que Colter Stevens, et on se retrouve baladé exactement comme lui dans la répétition d’une scène à la fatalité toujours certaine, à la recherche d’indices permettant d’élucider le mystère de l’attentat meurtrier dont personne n’échappe. D’ailleurs, les différentes mises en scène de l’explosion sont particulièrement réussies et, de fait, assez douloureuses à regarder.

Bis repetita

Fatalement, la répétition conséquente d’une scène similaire induit une certaine baisse de rythme au bout d’un certain moment : à force de revivre les mêmes 8 minutes plusieurs fois d’affilée, une certaine lassitude finit par s’installer aussi bien chez le personnage que chez le spectateur. Mais c’est là qu’entre en scène une seconde facette du film, sa « double-personnalité » : car si l’histoire que vit Colter dans le Source Code est bien entendu au coeur de l’intrigue, ce n’est cependant pas la seule qu’offre le film. Source Code se constitue de deux intrigues, celle de Sean/Colter, qui va tenter de résoudre l’énigme de l’attentat, et celle du capitaine Stevens, qui ne comprend pas bien comment il a pu devenir cobaye de l’armée alors qu’il oeuvrait en Afghanistan.

Colter et Christina, une relation explosive.

 

A dire vrai, c’est véritablement sur ce point que le film offre une intrigue qui tranche avec le simple film de science-fiction : si l’exploitation de ce type de thématique n’est pas nouvelle – les mondes parallèles et autres rêves ont la côte depuis Inception et compagnie – Source Code parvient à mélanger le réel et l’irréel pour faire avancer concrètement un héros qui, paradoxalement, est emprisonné de toute part. Le film est presque un « huis-clos ouvert » duquel le héros va tenter de s’échapper en tâchant de réaliser l’impossible : sauver des personnes déjà mortes dans un attentat. Un pari risqué d’un point de vue scénaristique, dont le film se tire plutôt bien même s’il n’évite pas de nombreuses facilités : à ce titre, on se rend finalement compte que les enjeux ne sont pas nécessairement là où on le pense.

Goodwin et Rutledge, deux personnages d’importance un peu délaissés.

Du côté des faiblesses, on notera également les traits caricaturaux de la plupart des protagonistes qui, hormis le personnage principal, ne sont absolument pas creusés. Dans la mesure où l’intrigue compte 4 personnages importants, leur donner un peu plus d’épaisseur aurait sans doute été possible sans trop sacrifier l’action. Reste que, malgré tout, le casting s’avère à la hauteur. Outre Jake Gyllenhal, qui porte clairement le film, on notera la prestation de Michelle Monaghan qui, malgré le difficile exercice qui consiste à rejouer indéfiniment la même scène, campe un personnage suffisamment attachant pour justifier la tournure des événements.

L’originalité paie

Une autre raison de voir Source Code, c’est son scénario original, nullement adapté d’un roman ou autre : l’originalité, un concept qui se perd de plus en plus aujourd’hui à Hollywood, où l’on a l’habitude de bouffer adaptation, reboot et remake à tout va. Il faut le dire, ça fait franchement du bien. Pour autant, le film, écrit par un quasi-inconnu – Ben Ripley, scénariste de… La Mutante 3 ! – cache difficilement ses sources d’inspiration et on en vient à se dire que l’histoire de Source Code aurait presque pu être écrite par Philip K.Dick, ou un autre écrivain de sa trempe. Et ça, c’est quand même un joli compliment.

S’il n’est pas sans défaut, le film parvient à tenir en haleine le public grâce à de l’action non-stop, une réflexion rondement menée et un twist final assez surprenant qui contribue à faire de Source Code un divertissement efficace et bien plus futé que peut le laisser penser sa bande-annonce. Les amateurs de blockbusters peu enclins à sacrifier le scénario au bénéfice de l’action auraient vraiment tort de passer à côté !

Source Code de Duncan Jones, avec Jake Gyllenhal, Michelle Monaghan, Vera Farmiga, Jeffrey Wright. Sortie le 20 avril.

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Duncan Jones Jake Gyllenhal Michelle Monaghan SND Source Code
L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

5 avis

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  1. Pingback: [Résultats] Concours Source Code : les gagnants ! 14 Avr, 2011

    […] organiserons bientôt d’autres concours ! En attendant n’hésitez pas à découvrir notre avis sur Source Code […]

  2. ihome ip3 le 16 avril 2011
    ouais, bah je crois que celui-là je vais pas le rater, ça a vraiment l'air canon!
  3. Pingback: A l’affiche cette semaine (20-04-11) 20 Avr, 2011

    […] réputation assez flatteuse, à mi-chemin entre Inception et Matrix. Pour en savoir davantage, retrouvez ici la critique de Source Code. A voir dans 260 […]

  4. Pingback: [Critique] Looper : ferme ta boucle ! 17 Oct, 2012

    […] Looper n’est pas un film “en boucle” à l’image de l’excellent Source Code de Duncan Jones. La seule boucle qui compte, c’est celle que Joe doit boucler en se tuant lui-même. […]

  5. Pingback: [Critique] Edge of Tomorrow | GentleGeek 3 Juin, 2014

    […] vu (sans mauvais jeu de mots) : on pense bien évidemment à Un Jour sans fin ou au plus récent Source Code, dans lequel Jake Gyllenhaal revit perpétuellement les mêmes 8 […]

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