Share

Fidèle. C’est ce qui me vient à l’esprit après la vision de ce X-Men : Le commencement. Le petit dernier de la franchise X-Men s’en tire avec les honneurs malgré un marketing laborieux parsemé d’affiches hideuses et d’inquiétantes anecdotes concernant les soucis de tournages. Retour sur cette préquelle qui conte la jeunesse des mutants.

L’affiche française du film

Erik Lensherr est un mutant survivant de l’Holocauste et poursuit l’assassin de sa mère à travers le monde. Charles Xavier est un mutant idéaliste qui rêve de paix. Lorsque leurs routes se croisent, ils se lient d’amitié et s’entourent d’alliés pour affronter le Club des Damnés.

A l’origine, X-Men : First Class – titre original – conte les débuts de la toute première équipe des mutants de l’institut Xavier. Elle est composée de Cyclope, Jean, Iceberg, le Fauve et Angel. Par souci de cohérence avec les précédents films, ce First Class n’a de ressemblance avec les comics que le titre. Refonte totale du mythe des enfants de l’atome pour un film inscrit dans la vision initiée par Bryan Singer, producteur du long métrage et auteur des X-Men 1 et 2. Oubliez donc les tribulations amoureuses de nos cinq adolescents, le film fait table rase sur presque tout ce que vous aviez lu jusque là. Hérésie me direz-vous ? Non, car si le film s’éloigne des comics dans son histoire, il en a les couleurs et la fraicheur.

X-Men : Le commencement revient sur la jeunesse d’Erik Lensherr, celui que le monde connait sous le nom de Magneto, grand ennemi de l’humanité. Dès le départ, les enjeux sont connus : pourquoi Lensherr développe-t-il une haine envers les êtres humains et comment devient-il l’ennemi du Professeur X ?

Attendu au tournant depuis l’excellent Kick-Ass, Matthew Vaughn prend le pari de narrer la genèse d’une rivalité connue de tous à travers un contexte historique complexe : la crise des missiles cubains. Dès lors le ton se veut juste et réaliste, à mille lieux de ses prédécesseurs et prend le temps nécessaire pour poser ses deux personnages principaux : Erik et Charles. L’un parcourt le monde, animé par la vengeance, l’autre profite de sa jeunesse avec une certaine insouciance. Deux personnalités diamétralement opposées qui ne se rencontrent qu’après une bonne demi-heure de bobine. Un démarrage diablement risqué lorsque le grand public s’attend à voir un film de super-héros blindé d’action, mais qui permet d’étoffer l’histoire et la motivation des protagonistes, et de doucement faire grimper la tension jusqu’à leur fameuse rencontre.

Parallèlement, une autre intrigue se met en place, celle du Club des Damnés, un regroupement secret de mutants aristocrates, qui manipule les grands acteurs de la guerre froide pour leur propre compte.

Une introduction que certains jugeront trop longues, mais qui se révèle pourtant indispensable tant les bases à poser sont nombreuses.

 

Erik Lensherr et Charles Xavier mènent la barque

 

La première crainte que l’on peut avoir vis à vis du film provient du nombre de personnages imposés à l’écran, entre le Club des Damnés, les jeunes mutants et Moira McTaggert, il est difficile de se faire une honnête place sur la pellicule. Toutefois, chacun parvient à obtenir un temps d’exposition suffisant pour ne pas être oublié et si certains sont évidemment plus exploités que d’autres, aucun rôle n’est réellement injustifié. Même Azazel qui ne crache pas un mot durant tout le film paraît plus présent qu’un Colossus dans X-Men 2 ou Angel dans X-Men 3. Chacun gravite autour de Lensherr, Xavier ou Shaw de manière naturelle et nul doute que certains feront doucement leur nid dans les prochains volets.

En adoptant le parti pris du réalisme, Matthew Vaughn emprunte la voie de l’innocence et de l’émotion, notamment par le biais de ces adolescents qui se découvrent différents. En cela, on retrouve parfaitement l’esprit des comics First Class. Les élèves de Xavier, dépassés par leurs pouvoirs, sont à la fois désinvoltes et fougueux, ils craignent de se révéler à cause du regard d’autrui, tâtonnent avec leurs amourettes et se cherchent à travers un meneur adulte. C’est traité avec beaucoup de tendresse et d’humour, et le réalisateur n’oublie jamais qu’ils restent des êtres inexpérimentés que les adultes tentent de façonner.

Le casting est excellent et Michael Fassbender s’en tire haut la main en incarnant un Magneto enfin crédible et sacrément charismatique. James McAvoy n’est pas en reste en interprétant un Xavier assez différent de ce que l’on avait pu voir sur papier mais attachant et surtout, l’alchimie opérée entre les deux acteurs est véritablement palpable. Bluffant !

Les tous premiers protégés de Xavier

X-Men : Le commencement n’est toutefois pas exempt de défauts et ce que l’on remarque c’est que si le réalisateur avait pleinement pu s’exprimer sur Kick-Ass, ce n’est clairement pas le cas ici. On sent que le titre a été bridé par les exigences des producteurs, et de ce fait, hormis deux ou trois bonnes idées de mise en scène, le film ne fera jamais preuve de réelle créativité technique et Vaughn se contente de filmer de manière très propre et claire. Reste que c’est tourné de manière lisible et maitrisée, chose dont peu de blockbusters peuvent se vanter (dernier exemple en tête, Thor, qui est une catastrophe au niveau de la mise en scène – montage et cadrage -). Ainsi les scènes de combats sont correctes et distrayantes, et si elles ne font pas preuve d’une grande originalité, elles n’ont pas à rougir pour autant.

On relève également de grosses maladresses concernant le montage qui précipite parfois certaines séquences ce qui entache malheureusement quelques moments à fortes charges émotionnelles. On devine qu’il y avait sans doute trop de choses à raconter pour un film qui avoisine tout de même les 2H10. On note aussi une musique assez quelconque et omniprésente qui, à la longue, peut être étouffante et parfois les CGI sont un peu faibles. Ça sent une sortie en salle un peu précipitée et une post-production inaboutie.

Sebastian Shaw et Emma Frost, les deux grosses pointures du Club des Damnés

Il y a un point qu’il faut souligner, c’est la volonté de coller à la réalité en ancrant clairement les X-Men dans l’Histoire. Et si les mutants avaient réellement joué un rôle dans le conflit qui opposaient les américains et les russes ? Cette relecture du passé s’accompagne de thèmes très forts à la fois universels et intemporels : le rejet de l’inconnu, la peur de la différence, l’acceptation de soi, les idéologies extrémistes etc. En ce sens on rejoint les comics X-Men qui, contrairement à de nombreux super-héros, mettaient l’accent sur ces aspects.

Au final, à qui s’adresse donc X-Men : Le commencement ? Les fans de la première heure ou le grand public ? J’ai envie de dire que le film peut contenter tout le monde.

En décidant de reprendre la saga depuis le tout début, il n’est pas utile d’être familier avec l’univers des mutants de Marvel pour apprécier le film d’autant qu’en prenant le parti du réalisme, le réalisateur ne perd pas le spectateur qui possède quasiment tous les éléments pour comprendre le scénario.

Véritable valeur ajoutée, le titre regorge de références et de clins d’œil qui amuseront les fans. Quelques caméos bien pensés interpelleront ceux qui ont vu les films de Singer (Wolverine, Mystique, le général Stryker, Tornade, Cyclope etc), et quelques visages familiers charmeront les plus cinéphiles/sériephiles (Michael Ironside, Ray Wise etc).

En ce qui concerne le ton donné au film, c’est relativement proche de ce que l’on retrouve dans les comics et les personnages présentés dans ce long métrage ressemblent beaucoup à leurs homologues papiers. Bien évidemment, les puristes crieront au scandale parce que l’équipe d’origine est évincée au profit de mutants moins connus, parce que le Club des Damnés n’est pas au complet, que certaines filiations ne sont pas respectées, mais en partant de ce constat, la faute revient plutôt à la prise de liberté que s’est accordée Singer lors des X-Men 1 et 2, plutôt qu’à un First Class qui, dès le départ, annonçait qu’il s’appuyait sur les films déjà existants.

Xavier et Magneto à l’aube d’une rivalité légendaire

Reste qu’il y a en effet des incohérences temporelles, car entre ce film qui se passe dans les années 60 et le premier X-Men qui se déroule dans les années 2000, il existe tout de même un creux de quarante ans qu’il est difficile de combler. De la même manière, on ignore encore si X-Men 3 – renié en partie par Singer – et Wolverine Origins sont pris en compte dans le mythe. Ça fourmille d’illogismes et on se demande bien comment ils vont pouvoir justifier tout ça (ex : Emma Frost semble avoir la trentaine dans First Class alors qu’elle est une adolescente dans Wolverine).

Pour conclure, X-Men : Le commencement est le film que nombreux n’attendaient pas sérieusement, notamment en raison d’une communication hasardeuse et d’un marketing honteux, sans compter que la période est particulièrement riche en adaptations de comics. Entre Thor, Green Lantern et Captain America, il n’est pas évident d’y faire son trou et pourtant X-Men : Le commencement est une véritable réussite. Si l’action est légèrement en retrait, c’est au profit d’une histoire bien ficelée portée par des personnages convaincants et attachants. Intelligent, le film peut aussi bien séduire les novices que les aficionados. X-Men : Le commencement est sans conteste le meilleur film de la saga, voire même l’une des meilleures adaptations de comics.

Mutant and proud !

Au cinéma depuis le 1 juin 2011.

Share
First Class fox Le commencement marvel Matthew Vaughn X-Men
L'auteur

Que le geek chic clique!

6 avis

Rejoindre la discussion
  1. Rudolf le 20 décembre 2011
    Je me sens un peu deçu de ne pas pu trouver mes acteurs préferés de l'X-MEN car j'esperais voir Tornade, Scott, Jane et autres.... et les films ne sont pas tous ordonnés c'est-à-dire on ne peut les differencier par leurs actions et personnages..... car tout change sans y avoir une suite bien precise.... j'aimerais de l'ordre
  2. 406 Auteur le 22 décembre 2011
    Le problème se situe au niveau de la chronologie. Cet X-Men se situe dans les années 60 donc par souci de cohérence avec les anciens films, ils n'ont pas pu mettre ces personnages (sauf si on considère qu'ils ont 40 ans en 2000). Mais s'il y a une suite, on y aura peut-être droit.
  3. Rudolf le 23 décembre 2011
    merci de votre comprehension.....
  4. Rudolf le 17 avril 2012
    pardonnez-moi je vous prie...Salut, si cela ne vous derange pas... j'aimerais savoir comment les X-men on eut a faire ce montage extraordinaire? Comment puis-je les voir? En X-men, quel est votre role, votre nom? et.... Merci
  5. Pingback: [Critique DVD] Hunger Games : jeux de la faim, jeux de vilains 26 Août, 2012

    […] mais battante dans l’intimiste Winter’s Bone, et dans une toute autre mesure dans X-Men: First Class. Josh Hutcherson, qui incarne Peeta, est quant à lui moins présent à l’écran mais se […]

  6. Pingback: [Critique] X-Men : Days of Future Past | GentleGeek 19 Mai, 2014

    […] : un come back attendu après le saccage en règle de X-Men 3 par Brett Ratner, et le très bon First Class de Matthew Vaughn. Au final, ça valait pas mal le coup […]

Laisser un commentaire.