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L'affiche internationale de Dark Souls

 

Des films de zombies, on en a mangé à toutes les sauces et aujourd’hui, il est difficile de renouveler le genre tant la mythologie a été essorée. Toutefois, que se passe-t-il lorsqu’on aborde le sujet d’un point de vue écologique ? Un film où les mort-vivants se mettraient au vert ? Pas tout à fait, mais on obtient un mélange plutôt curieux surtout quand ce sont deux expatriés français qui s’en chargent sur le territoire norvégien. Quand les pays scandinaves explorent le terrain horrifique, on obtient souvent de petites perles ! Dark Souls réconcilie t-il les deux contrées ? Pas si sûr…


Lors d’un jogging dans les bois, Johanna est attaquée par un inconnu masqué qui lui perfore le crane à l’aide d’une perceuse. Retrouvée morte par la police locale, Johanna rentre pourtant chez elle dans la soirée, mais sa conscience semble l’avoir quittée et son corps se décompose au fil des jours. Son père décide de retrouver son agresseur tandis que les attaques de ce dernier se poursuivent.

 

 

Dark Souls est un de ces films que le grand public ne pourra jamais voir dans une salle française à l’exception de quelques festivals tel que celui de l’environnement. Mathieu Peteul et César Ducasse n’en sont pas à leur première collaboration, et ont pu notamment œuvrer dans la production de séries télévisées norvégiennes ainsi qu’un prochain film d’horreur français à venir (Dead Shadow). Avec en poche un budget de l’épaisseur d’une brindille (150 000 euros), la production de Dark Souls s’est avérée longue et laborieuse. Sur trois années, le film aura connu de nombreuses phases de réécritures ainsi que des tournages dispatchés sur de nombreux mois. Pourtant, le manque de moyen n’est pas flagrant, le support du 16mm aidant, ainsi que la qualité des effets visuels.

L'ouvrier ! Le nouveau Boogeyman qui va hanter vos nuits !

 

Peau neuve pour les mort-vivants !

« Etre original est toujours possible, même en partant d’ingrédients horrifiques classiques » confie l’un des réalisateurs lors de son entretien avec le magazine l’Ecran Fantastique. C’est on ne peut plus vrai quand on se penche sur Dark Souls qui parvient à faire naitre un regain d’intérêt pour le film de zombies en y instaurant une dimension écologique voire légèrement engagée contre les extractions pétrolières. C’est plutôt original et cela s’inscrit finalement de manière logique d’après le contexte du pays puisque la Norvège est un gros producteur de mazout.

Visuellement, c’est donc toute une mythologie à revoir et les mort-vivants ne sont plus des cadavres errants à la recherche de tripes chaudes, ceux de Mathieu Peteul et César Ducasse sont lobotomisés et peinent à se mouvoir sans tomber au sol. Au premier abord, ils sont inoffensifs et se présentent comme victimes d’un mal bien tangibles puisque chaque « zombie » est entré en contact avec une étrange substance noirâtre. La contamination ne semble plus vraiment virale, et la tragédie est présentée comme un drame de société. Un serial killer s’attaque à de jeunes femmes et leur injecte un étrange produit qui les rend décérébrées et entraine la dégénérescence des corps sans pour autant que ces dernières soient une réelle menace pour autrui. Les symptômes évoquent ainsi plutôt une étrange maladie où les victimes régurgitent un fluide visqueux et noir qui rappelle immédiatement la texture et la couleur du pétrole. Les deux français revisitent l’image du zombie en la traitant, au premier abord, d’une manière plutôt scientifique. Dark Souls semble s’éloigner de la voie mystico-religieuse d’un Romero pour se rapprocher d’un Resident Evil ou d’un 28 jours plus tard en accusant les méfaits des humains. C’est un point de départ finalement trompeur puisqu’en conclusion, Dark Souls joue sur tous les tableaux. Science ou surnaturelle ? Un peu des deux.

Dans cette approche nouvelle, on peut se demander si le terme de zombie n’est pas usurpé. Il est évident que les monstres du film sont à mille lieux de ceux de Romero, de Capcom ou de Robert Kirkman, mais retourneraient plutôt vers les origines vaudou du mythe. Évidemment, pas d’invocation ou de magie noire, mais après tout il s’agit bien de morts qui reviennent à la vie.
La menace zombie s’apparente plus à une maladie orpheline qu’à un danger viral. Pas d’univers apocalyptique, mais un fléau social qui s’abat sur les proches des victimes.

Le zombie norvégien est le roi du pétrole !

 

Le carrefour de tous les genres ?

En détournant de la sorte le mythe du zombie, le duo Peteul et Ducasse se permettent de brasser plusieurs genres. On y retrouve du slasher, du drame familial, une enquête policière et de l’horreur pure. En piochant copieusement à gauche et à droite, on obtient un résultat légèrement déroutant qui nous perd de temps à autre sur la nature du film. On passe subitement d’un slasher violent, aux longues errances du personnage principal dans sa quête de vengeance, sans oublier le flic nonchalant qui s’accorde quelques traits d’humour parfois inattendus. Le tout débouche sur une grosse incohérence au niveau de l’écriture qui peine à raccorder les différentes séquences tant les tons sont différents, du coup la réaction d’un tel ne correspond pas réellement avec les actions d’un autre. On jongle tellement d’une atmosphère à une autre qu’il est parfois difficile à appréhender certaines scènes : fallait-il rire à ce moment précis ? Le personnage principal voit son existence bouleversée quand le tueur à la perceuse s’en prend à sa fille, la liste des victimes s’allongent, le pays semble en plein désarroi car l’enquête patine, ce qui entraine une psychose de la population et l’inspecteur chargé de l’affaire se tourne les pouces avec air détaché digne de l’inspecteur Derrick.

Dark Souls ne se cache pas de ses inspirations à commencer par l’époque dans laquelle il se déroule. Bien qu’actuelle, le film a des allures très retros dans le choix de la pellicule en 16mm, de l’allure du boogeyman en uniforme d’ouvrier orange, de l’arme du crime, et du final décalé et burlesque qui fonctionnerait certainement très bien s’il avait été diffusé trente ans plus tôt.

L'inspecteur : "j'ai une enquête à résoudre avec des zombies et un pays qui panique, mais rien de presse…"

 

En revanche, techniquement, Dark Souls s’en tire avec tous les honneurs. Malgré son maigre budget et de sa production chaotique, le titre de Mathieu Peteul et César Ducasse ne donnera jamais l’impression d’être limité dans ses moyens. Le choix de la pellicule est judicieux et donne un certain cachet à un titre qui paraît nous renvoyer au siècle dernier. Sans compter que l’état de dégénérescence de ces victimes qui crachent en abondance un liquide sombre, est plus que réussi à l’écran. On y croit et ce n’est pas joli à voir. Dans l’ensemble, la réalisation se tient avec quelques idées bienvenues comme le regard subjectif de certains personnages, mais malheureusement il reste un cruel manque de tension, la faute à certains plans bien laids qui sabotent toute une séquence. Ainsi, on se retrouve devant un film d’horreur sans intensité, malgré quelques interventions plutôt trashs du serial killer. Le montage est souvent maladroit et désamorce la pression que l’on devrait ressentir. Il n’y a guère de frisson dans Dark Souls.

A défaut d’être effrayant, Dark Souls pourrait également se vendre en dévoilant une facette plus légère qui caresse le genre comique… faussement comique. Si une scène ou deux font mouche et nous arrache quelques éclats de rire, on reste plutôt sceptique quant à aborder le reste avec plus de légèreté, notamment les séquences mettant en scène l’inspecteur de police. Entre le jeu plat et monotone des acteurs et quelques étranges réactions du policier, on passe difficilement d’un sujet accusant la gravité d’un fléau qui dépasse les autorités, au détachement de certains personnages face à des situations qui ne devraient pas laisser quiconque de marbre. Et pourtant l’inspecteur flâne alors que l’avancée de son enquête se révèle chaotique. A aucun moment, on ne ressent l’urgence de la situation à travers son regard ce qui génère une incompréhension face à l’ensemble du récit et au final, ses interventions singent les méthodes des flics des séries allemandes. Entre autre, du flegme sans charisme.

Dark Souls devient donc cette drôle de mixture de slasher violent sur un fond sérieux de critique de l’exploitation du pétrole, encadré par des personnages kitchs empruntés de séries B. Un mélange assez dérangeant puisque décousu. Le film de Mathieu Peteul et César Ducasse manque de cohérence et ce, malgré une vision nouvelle et intéressante au premier abord. Certaines idées brillent dans Dark Souls, surtout dans un final plutôt original et surprenant dans le script. Malheureusement, cette même conclusion est vilainement entachée par des personnages qui tournent en ridicule un dernier acte qui, abordé plus sérieusement, avait tous les éléments pour devenir marquant. On a un peu le sentiment de passer à côté d’un vrai bon film en regardant Dark Souls et cela provient peut-être du fait que la production s’est étirée sur de longues années, certaines séquences alignant parfois des scènes tournées à plusieurs mois d’intervalle. On obtient alors un patchwork des plus maladroits. Reste que des idées germent dans l’esprit des réalisateurs et qu’avec un meilleur déroulement dans sa production, le tout serait un peu moins bancal. 

Dark Souls de Mathieu Peteul et César Ducasse a été présenté au festival de l’environnement à Paris le 11 février 2012.

 

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