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L'affiche de Twixt

 

Il est de ces réalisateurs qui inspirent le respect par la simple évocation de son nom. La réputation familiale est au beau fixe et pourtant Francis Ford Coppola se faisait très rare durant les années 2000. Après un Tetro encensé par la critique, le réalisateur de Dracula se tourne de nouveau vers le fantastique avec Twixt. Avec son esthétisme gothique, on pourrait croire que Coppola vogue vers des eaux fantaisistes et pourtant il signe sans doute son oeuvre la plus personnelle. Introspection au coeur d’un auteur torturé…

Hans Baltimore est un écrivain déchu depuis la perte de sa fille dans un accident. Lors d’une séance de dédicace dans une petite ville paumée des Etats-Unis, le shérif lui propose de collaborer autour du cas d’une sordide affaire de meurtre irrésolue, pour composer un futur best-seller.

Il n’est plus question d’entrer dans le mécanisme d’une grosse production, Francis Ford Coppola fait le choix de s’aventurer dans des projets de plus petites envergures. Toutefois, ces films-là s’avèrent plus personnels et Twixt en devient la parfaite illustration.

 

Un film en deux couleurs

 

En regardant le dernier titre de Francis Ford Coppola, il est indéniable de constater que le film se divise en deux parties. Tout commence par une comédie éclairée portée par un Val Kilmer involontairement drôle. Auteur en perte de vitesse dont le succès semble l’avoir définitivement quitté, le personnage de Hans est le reflet, en premier lieu, de ces vedettes oubliées qui pleurent le manque de reconnaissance de leur talent. Hans signe son dernier succès littéraire dans une quincaillerie, sous le regard indifférent des clients. Un vrai coup de massue pour les artistes en devenir ou ceux dont le temps est révolu. Une situation hautement autobiographique tant Coppola semble être impliqué dans la détresse professionnelle de son personnage principal. Reste que l’auteur comme le réalisateur, s’amusent d’une telle situation. Malgré sa lassitude, Hans joue malicieusement avec la pauvreté de sa situation, et Coppola lui-même filme avec une légèreté peu commune la dépression d’un homme qui cache bien plus qu’une frustration liée à son échec commercial.

Mais dès le départ, le ton est donné. Une voix-off introduit le film avec un détachement plutôt curieux, et chahute même le personnage incarné par Val Kilmer : un auteur paumé, une carrière oubliée et une ville isolée. Le réalisateur plante le décor avec beaucoup d’humour et se permet même quelques gags visuels en jouant sur l’agencement des lieux, la luminosité de la photographie et le découpage de l’écran qui dynamise une réalisation pourtant essentiellement composée de plans fixes. On nous annonçait un titre horrifique, on se retrouve là devant une amusante comédie indépendante et cocasse.

Quid l’épouvante ? On y vient !

Oh mon Dieu ! Je n'ai pas de succès !

 

Twixt est composée d’une toute autre facette, cette fois-ci bien plus sombre. Comme le revers d’une pièce de monnaie, on change totalement d’atmosphère. Une transformation qui s’opère lorsque Hans ferme les yeux. Au même moment que lui, on est plongé dans ce qui est concrètement un rêve. Un filtre bleu s’installe, la ville devient méconnaissable et le héros revêt un nouveau visage. L’ambiance devient plus lourde, c’est un cauchemar éveillé que traverse Hans. Le mode de narration change légèrement et la voix-off laisse place à un mentor incarné par le célèbre Edgar Allan Poe. Hans est un auteur égaré qui peine à comprendre pourquoi le syndrome de la page blanche ne le quitte plus. Dès lors il s’aventure dans la ville ténébreuse, fait des rencontres insolites et anachroniques et cherche des réponses. Pourtant, s’il est bien conscient du caractère fantasque de ce voyage, il assiste à certaines révélations qui encadrent les mystérieux meurtres qui ont lieu dans le monde réel. C’est là que la dimension fantastique prend tout son sens puisque la limite entre la réalité et le rêve est de plus en plus ténue.

C’est joliment présenté et le manque de budget n’est guère flagrant. Esthétiquement, Coppola soigne le tout et ne cache pas son amour pour l’imagerie gothique qui rappelle aisément celle que l’on admirait dans Sweeney Todd de Burton.

Attention ! Derrière toi !

 

Une quête autobiographique

 

Lorsqu’on regarde Twixt, on assiste à ce qui semble être le parcours lambda de tout artiste qui tente de percer. On sait que Coppola a connu des années difficiles et que sa carrière a frôlé les sommets comme les échecs cuisants. Mais au delà de son ressenti dans la peau d’un auteur, scénariste et réalisateur, c’est une véritable thérapie qu’il couche sur l’écran. Et lorsque l’on fait le parallèle entre la vie de Francis Ford Coppola et celle de Hans Baltimore, il est indéniable de constater qu’à quelques détails près, c’est de sa vie dont il parle. Twixt scénarise la manière dont Coppola a survécu à une tragédie qui le hante encore : la perte de son enfant dans un accident est le point de départ d’une longue introspection.

Dès lors, il est difficile de juger un titre comme Twixt. C’est un film qui touche profondément par sa sincérité et son savoir-faire technique, mais en tant que titre de fiction, il manque cruellement de subtilité.

Francis Ford Coppola, Edgar Allan Poe et… Hans Baltimore ! Une réunion en or !

 

Brut de décoffrage

 

Si la partie « réelle » qui tourne autour de l’auteur est franchement réussie, tant par son humour que par sa légèreté, la partie « rêvée » souffre véritablement d’un manque de finesse. C’est visuellement bluffant, mais il manque un véritable parti pris cinématographique pour nous embarquer. Si Coppola a rêvé de rencontrer Edgar Allan Poe dans des décors aussi lugubre, cela fait sens de manière unilatérale. Du point de vue du spectateur, on ne comprendra jamais vraiment quel est le rôle de cet auteur de légende. Le parallèle peut être évident lorsque l’on regarde la vie de ces deux artistes, mais l’ensemble atterrit dans le film sans réelle délicatesse.

De la même façon, l’intrigue qui entoure les meurtres est distillée le long des rêves, mais cela reste lâchée de façon trop brutale. Voilà qui semble un peu paradoxale, les rêves sont trop parlants, trop révélateurs, et bizarrement trop confinés au ressenti du réalisateur. Il y a le sentiment de toucher quelque chose du doigt avec les moments fantasmés de Hans, mais le manque de maitrise laisse coi.

Hans Baltimore et Edgar Allan Poe, une filiation pas très finaude.

 

Une approche personnelle du cinéma

 

Malgré tout, on ne pourra pas reprocher à Francis Ford Coppola de ne pas avoir pondu le titre qu’il voulait réaliser. Las de ses déboires à Hollywood, le parrain du cinéma s’oriente résolument vers des projets à budget plus modeste. Il est évident qu’ainsi, il garde une parfaite main mise sur les titres qu’il réalise et qu’il produit. L’œuvre finie ressemble véritablement à ce qu’il désire donner au cinéma.

Si certains aspects peuvent sembler inaccessibles, comme la volonté ouverte d’épancher sa culpabilité et sa douleur dans le film, on ne pourra pas reprocher à Coppola de se montrer intègre dans son travail. Cela passe par le fond comme par la forme.

Twixt est essentiellement monté avec des plans fixes, point plutôt risqué dans une période où on demande de dynamiser les plans et les séquences. Mais le savoir-faire de Coppola en la matière reste intact, et le montage se montre suffisamment inventif et maitrisé pour ne pas endormir son spectateur.

Le point le plus amusant à relever est l’intégration de la 3D. Même les plus grands noms s’y mettent mais du point de vue de Coppola, ce n’est pas le film tout entier qui bénéficie de cette nouvelle technologie. Et c’est là que le jeu devient quelque peu interactif puisque Twixt ne comprend que trois séquences en relief. Tout le reste du film est filmé de façon classique, les lunettes 3D ne sont requises que lorsqu’une petite icône apparait sur l’écran pour indiquer qu’il faut les poser sur le nez. A ce moment-là, le rendu est plutôt efficace, et les éléments du décor se détachent aisément. Mais en terme d’immersion, cela reste inutile et sacrément gadget et surtout, demander au spectateur d’agir de la sorte peut facilement nous sortir du film. La 3D est là, elle est visuellement réussie mais d’un point de vue scénaristique, elle s’avère assez obsolète.

 

Twixt surprendra autant qu’il décevra. La faute en premier lieu à un marketing biaisé qui nous vend le titre comme un film d’épouvante, or le dernier film de Francis Ford Coppola lorgnerait plutôt du côté des drames fantastiques. Malheureusement, toute la partie fantasmée, aussi jolie visuellement soit-elle, est plombée par un manque de parti pris. En revanche, les galères de Hans Baltimore auprès de son agent ou de sa femme, sont délicieuses à suivre. C’est drôle, simple et maitrisé. En voulant trop s’impliquer émotionnellement dans son film, Coppola manque de cohérence dans sa globalité. Reste que son histoire est touchante. Le véritable souci au final, c’est que l’histoire de Coppola lui-même est véritablement touchante, mais pas celle de Baltimore.

Twixt de Francis Ford Coppola, au cinéma le 11 avril 2012.

 

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