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Après une troisième saison au départ fracassant, au milieu à l’eau de rose et au final surprenant, Fringe était de retour pour une quatrième saison cet automne, ce qui n’était pas gagné, les audiences, déjà en berne, ayant encore baissé suite au changement de case horaire.

Avant toute chose, notez qu’évidemment, cette review ne spoile pas la saison 4, mais part quand même du principe qu’à moins d’être complètement maso, vous ne la lirez pas si vous n’êtes pas un minimum au courant de ce qui s’est passé dans les saisons précédentes….

A la fin de la saison 3, un drame affreux se produit : Peter disparaît de la ligne temporelle des deux univers connus. Certains spectateurs ont poussé un soupir de soulagement (car Olivia mérite tellement mieux), d’autres au contraire furent désespérés. Et tous se sont demandé : mais que va-t-il se passer maintenant ?

Et bien il se passe ce qui se passe toujours dans Fringe : on explore le concept du « et si ? » C’était un pari un peu risqué car, même si c’est un peu la base de la série, on est  à la quatrième saison, le spectateur pourrait se lasser…

Je crois que mon miroir est cassé…

 

Quoi qu’il en soit, le « Et si ? »  est assez gros pour que ça passe, puisqu’il s’agit de la disparition de Peter, qui meurt « normalement » étant enfant.  La relecture des mondes et des personnages se fait sous cet angle. La saison nous offre donc des protagonistes variant légèrement de ceux que nous connaissons, n’ayant jamais rencontré le bellâtre, dans des mondes eux-mêmes changés. Mention spéciale à Anna Torv, qui depuis le début de la série aura donc campé six personnages différents (sans compter la prise de tête de la saison 3 avec Olivia qui croit être Fauxlivia mais qui se rend compte qu’elle est Olivia et fait croire qu’elle est Fauxlivia…), et à John Noble, qui nous livre un Walter extrêmement touchant.

Ce nouveau décor se plante surtout dans les premiers épisodes, grâce aux désormais fameuses « enquêtes de la semaine », dans une sorte de jeu des sept différences, mais en plus cradouille, même si la série s’est calmée sur le gore des cas rencontrés : une petite enquête ici, une petite enquête de l’autre côté, une petite enquête conjointe… On a bien le temps de saisir les détails qui font que ces deux mondes n’ont rien à voir avec ceux que nous avons laissés en fin de troisième saison. Le tableau se construit d’ailleurs tout au long  des 22 épisodes.


Une intrigue de fond se met bien sûr en place, pour lier le tout, réservant quelques petites surprises et bouffées de stress fort sympathiques. Mais nous n’en dirons pas plus, sous peine de spoiler. 

Voilà qui est mieux…

 

La saison entière ou presque peut se regarder comme un reflet déformé de la première, et tourne toujours autour des questions qui font le charme de la série : que se passerait-il si … ? Sommes-nous vraiment conditionnés par ce qui nous arrive ? L’Histoire fait-elle l’homme ou l’homme, l’Histoire ?
Sans tomber dans le cours de philosophie hardcore, il est tout de même plaisant d’avoir une série qui interroge un peu son public, sans se contenter de tirer partout et de courir après le méchant.

Chérie, ça sent l’sapin

La saison 4 continue donc avec la recette qui a fait le succès des précédentes auprès des fans : doppelgängers, accent mis sur les personnages et leurs relations, intrigues scientifiques un peu loufoques, ou tragiques, ou les deux. Inutile de revenir sur ces points. On gagne d’ailleurs encore un niveau ici, puisqu’au lieu de deux, ce sont quatre mondes avec lesquels on peut jouer.

Double Astrid, all the way across the sky !

 

En revanche, l’intrigue principale donne l’impression que les scénaristes se sont un peu perdus en route… Certaines réponses à des questions en suspens depuis la première saison trouvent réponse entre la poire et le fromage, d’autres éléments sont amenés de façon abrupte : des fois que la série ne soit pas renouvelée, il faudrait que le spectateur en sache le plus possible. C’est du moins l’impression qui se dégage de ces réponses données de force.

Sans compter, bien sûr, les errements romantiques de l’histoire, resucée de la saison précédente, et les moments où l’intrigue principale semble prendre les spectateurs pour des niais, en posant comme problématiques des éléments qui ne le sont pas forcément. Du coup, on tourne en rond, on perd du temps à enfoncer des portes ouvertes, plutôt que de soigner l’ouverture de celles qui sont fermées.

Nous aussi, on se ressemble. Surtout des cheveux.

 

Et ces problèmes de narration et de rythme amènent fatalement à un final en demie-teinte, car si l’épisode n’est pas mauvais, il manque cruellement de l’intensité et du suspense auxquels Fringe nous avait habitués pour ses fins de saisons. De suspense, parce que la plupart des problèmes posés ont déjà été désamorcés en amont. Et d’intensité parce que… sans suspense, Fringe a beaucoup plus de mal à être intense. Et que dire des dernières secondes, qui font office de cliffhanger, et qui ont l’air d’avoir été ajoutées à l’arrache, genre : « Cool, on est renouvelés pour une ultime saison, rajoutez le cliff’ en fin d’épisode ! »

Difficile de savoir si les scénaristes n’ont vraiment pas été inspirés, s’ils se sont sentis coincés par la forte probabilité de ne pas être renouvelés, si des coupes de budget ont rendu impossible certaines choses prévues (coupes qui expliqueraient que les cas gores soient moins nombreux, et que les effets spéciaux soient un peu en deça des précédentes saisons)…

Encore un bellâtre…

 

Cette quatrième saison laisse donc un goût amer en bouche. Tous les éléments pour une grande saison semblent être réunis : les deux univers, des méchants comme on les aime, Anna Torv (en deux exemplaires), des personnages touchants, du complot, du mystère, du suspense… Et pourtant, il manque quelque chose, la seconde moitié semblant un peu forcée et redondante.
L’ensemble reste cependant largement regardable, même s’il peine à convaincre complètement, surtout qu’il ne reste plus qu’une saison à suivre : Fringe a en effet été renouvelée pour treize derniers épisodes. Et en treize épisodes, vu tout ce qu’il y aurait à clore pour un final en beauté, on peut espérer de l’intense et du lourd.

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L'auteur

Fille de Mary Poppins et Xena la Guerrière, aime se promener dans les bois pluvieux. Avec une console. Ou un comics. Avant que les cylons n'arrivent...

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