Participer à une table ronde en compagnie du Roi Arthur est sans doute le rêve de bien des fans de Kaamelott… et c’est ce qu’une partie de la rédaction de GentleGeek a eu l’occasion de faire durant le dernier Comic Con, en compagnie d’autres blogueurs – la liste est en bas de l’interview. Voici donc un compte rendu de ces quelques dizaines de minutes passées en compagnie d’Alexandre Astier, venu présenter Kaamelott Résistance, le futur spin-off de sa série culte.

L’année dernière, on a demandé à Simon Astier, votre frère donc, ce qu’il pensait du piratage. Il a répondu que l’offre légale était pourrie, et que c’est pour cette raison qu’il y avait davantage de téléchargement illégal.
Qu’en pensez-vous, vous qui avez récemment dit sur Twitter que vous n’aimiez pas les gens qui piratent Kaamelott, ce qui est compréhensible ?

Je n’ai pas dit que je n’aimais pas les gens qui pirataient Kaamelott, j’ai dit que je n’aime pas les gens qui piratent, c’est tout. On va le sortir du contexte du fait que j’écris des trucs, et que je gagne ma vie là-dessus, même ça, on le fout de côté. La pire chose qui pourrait arriver selon moi dans les années qui viennent, c’est que les gens oublient qu’une oeuvre… C’est le fruit d’un travail. Et que c’est le fruit d’un travail qui coûte très cher. Une saison de Kaamelott par exemple, puisque je connais les prix, c’est 5 millions et demi d’euros, un truc comme ça. Donc il est évident que si on fabrique un truc pour 5 millions et demi d’euros et que tout le monde se le partage, les choses de 5 millions et demi d’euros n’existeront plus jamais. Voilà. c’est industriel, c’est comme ça, c’est comme ça ici, c’est comme ça ailleurs, c’est comme ça partout.

Et au delà de ça, d’un point de vue moral, le fait de comprendre qu’une oeuvre c’est précieux, ça va pas avec le fait d’avoir 3 To de tout, voire même d’en avoir vu 15%, parce qu’en fait, c’est presque une histoire de collection pour certains, de chopper des trucs.
Et qu’on me fasse passer systématiquement le piratage comme le fait qu’on a pas l’argent et que la culture est pour tout le monde, je trouve ça vraiment, vraiment, très, très moyen. Je rappelle que toute la littérature classique est gratuite sur e-kindle et compagnie, et que là, il s’agit vraiment de culture. Je pense que de chopper le dernier Big Bang Theory gratuit … Voilà. On va se calmer, la culture c’est bien gentil. Le problème, c’est que je veux pas juger, j’ai rien à juger, je suis juste là pour dire que c’est comme chez le psy : si vous allez chez le psy et que vous êtes remboursés, vous faites pas le même boulot que si vous payez votre séance. Ça s’appelle “transactionnel”. Et pour moi c’est important que ce que je fabrique, on se le file pas comme ça, parce que c’est tellement de travail, tellement de sueur derrière, ça fait vivre des centaines de personnes une oeuvre comme Kaamelott, comme toutes les autres. C’est une industrie.

Après, je ne suis pas là pour dire si c’est trop cher, pas assez cher, je m’en occupe pas, c’est pas moi qui fixe les prix, je me colle dans un truc qui existait avant que j’arrive, mais je veux dire par là que c’est une… Moi, j’ai toujours payé pour les oeuvres, mon frère aussi, y compris quand on avait pas de blé, parce qu’on est des fils de comédiens, et que ça nous paraîtrait dingo de pas payer. C’est pas normal. Ça me fait le même effet que de piquer un truc à un étalage. Vraiment. Parce que je sais tout ce qu’il y a derrière.
Et je soupçonne que derrière le piratage, et derrière toutes les conneries que les gens disent, genre “c’est un droit etc”… L’électricité aussi c’est un droit. On la pique pas. Pourtant vivre sans électricité, ça devient très complexe quand même. La flotte aussi. La flotte : on peut pas vivre sans eau. Et comparé à la culture, c’est pas la même chose, c’est très net : on meurt. Il se trouve que l’eau c’est payant. J’y suis pour rien, c’est comme ça. Et c’est peut-être parce qu’on paye l’eau qu’elle est de bonne qualité chez nous et qu’on est pas comme en Afrique où on peut mourir de boire. Nous, elle est potable. C’est un tout. Et de revendiquer tout comme un droit, au bout d’un moment, je pense qu’on oublie que c’est un boulot, et qu’on oublie qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent et qui sont payés pour le faire, et que si jamais on se passe tout comme ça, y aura plus d’argent dans l’industrie, y aura plus d’industrie, et on va vers un monde d’amateurs.

J’aime bien l’amateurisme mais je préfère que les mecs soient payés. Quand je regarde Soprano, sans déconner, je veux payer mon DVD ! Je veux que ces mecs vivent, je veux qu’ils soient riches, je veux qu’ils s’achètent des porsches. Parce que je veux qu’ils se sentent récompensés du chef d’oeuvre qu’ils ont fait. Et à mon tout petit niveau, si ma série elle plaît plus que la série du voisin, je veux être récompensé. Je veux pas être au même truc. Je veux pas un forfait. Je veux que si je me plante, je gagne rien. Mais je veux que si je ne me plante pas, je gagne. Parce que ça fait partie de la motivation. Pas financière. Mais ça fait partie du signe que j’ai pas déconné. Et on a tous besoin de gratification dans tous les métiers : le mien, le vôtre, les leurs.
Donc, tant pis, je ne me fais pas des potes, parce qu’évidemment, y en a plein qui disent que le piratage, ça m’a fait connaître aussi, que ça a participé à mon succès… Certainement. Mais on organise aussi notre propre pub. Y compris sur internet et il ne faut pas le piquer, c’est tout. Si j’ai envie un jour de faire un truc gratuit, et des fois j’en fais, je mets des trucs sur internet, des bonus, je tourne même des trucs, gratuits, c’est pas grave, mais je veux bien le décider quoi !

Moi vis-à-vis des autres, sans parler de Kaamelott, quand je regarde une série et que je sais tout ce qu’il y a derrière, si je le télécharge, comme ça, que je le regarde, que toute ma famille le regarde, que mes potes qui viennent à la maison je leur refile une clé USB avec tout dessus, j’ai vraiment l’impression de faire quelque chose de pas bien. Intrinsèquement. Dans le ventre. Pas intellectuellement : je me sens mal.
Voilà. Je défends ça.

Vous ne pensez pas qu’il y a un problème avec l’offre légale ?

Je vois pas ce qui les dérange avec l’offre légale. Je sais pas, c’est pas super cher, 99 centimes pour un morceau de musique, faut pas déconner !

Surtout sur l’organisation, en fait.

Honnêtement, je sais pas. Je suis un fan de Bach par exemple, j’achète plein de versions de la même oeuvre de Bach de plein d’interprètes différents. Entre i-tunes store, Amazon Download et.. doit y en avoir encore un ou deux, qu’est-ce qui manque ? C’est pas cher du tout. Je veux dire, 80 centimes, c’est une baguette de pain, et 90 centimes, c’est un morceau de musique que je peux écouter toute ma vie, mes enfants aussi, sur toutes les plateformes, légalement en ayant payé les mecs qui l’ont fait. C’est pas cher. Dire que c’est cher, c’est un mensonge, un vrai. Un gros. Et un qui est juste là pour garder le confort de dire “je me branche en peer to peer et je télécharge”. Quand t’as pris l’habitude de ne pas payer, te mettre à payer après, c’est chaud.

Bon après, on va pas faire un débat là-dessus, mais tu mets deux bagnoles sur le trottoir, chez Peugeot, les mêmes, neuves. T’en mets une gratuite, et une à 12 000 euros.Tu peux pas reprocher aux gens de se barrer avec la gratuite. Même si tu dis sur la gratuite : “attention ! Si vous prenez la gratuite, l’industrie de l’automobile va se porter vraiment mal, et dans pas longtemps, on sera tous à vélo”. Peut-être. Mais quand t’as les deux devant le nez, faut être sacrément honnête pour prendre celle à 12 000.

Et je crois que ce n’est pas ça qu’il faut demander aux gens. Je crois qu’une oeuvre, il faut qu’elle soit disponible facilement, à des prix raisonnables. Raisonnable, pas “pas cher”. Pourquoi spécialement pas cher ? C’est précieux une oeuvre, pourquoi ce ne serait pas cher ? Il faut que ça ait le prix que ça vaut, c’est tout, comme le reste. Facilement, pour tout le monde, qu’on ait le droit de l’utiliser chez soi pour toute sa famille, et ça c’est chiant, parce qu’un DVD, c’est l’enfer. T’es censé l’acheter pour ton foyer, mais t’as pas le droit de le cracker pour le mettre sur un media center, alors du coup, quand tu le files à ta fille, t’es dans la légalité de la loi, mais pas dans celle du crackage du DRM… Ça, c’est pourri, et il faut que ça change. Mais n’empêche que, si l’offre est correcte, il faut que les gens se démerdent pour qu’on puisse plus avoir accès si facilement à tout, pour rien. Ça, c’est la catastrophe, mais pour tout le monde. Tous les artistes vont crever de ça, c’est simple, si c’est ça qui se libère. Donc moi, chaque fois qu’on me dit : “oui mais la liberté de culture, la culture pour tous”, sachant que c’est des mecs qui se battent pour rien d’autre généralement, ça je suis désolé, mais c’est de la merde.

Je suis assez d’accord avec vous, je voulais juste rebondir sur une question posée à votre frère, en fait.

Mais nous partageons le même sentiment vis-à-vis du piratage. Le sentiment, la sensation. On a le même. Ça vient de notre culture certainement. Probablement même qu’on fait des conneries sans s’en apercevoir dans d’autres domaines parce qu’on a pas cette culture là, sûrement.

Par exemple, je conduis trop vite. Des mecs qui sont nés de parents moniteurs d’auto-école ou qui ont dans leur famille des gens qui ont crevé sur la route, ils vont venir me voir moi, et ils vont me dire “t’es un gros con de conduire vite, quoi que tu te fasses dans ta tête pour te justifier de conduire vite, t’as tort, ferme ta gueule”. Et je fermerai ma gueule, parce que je crois qu’ils ont raison.
Alors dans l’autre sens, je leur dis “moi je fabrique des oeuvres, je sais ce que c’est qu’un artiste, je sais ce que c’est qu’un créateur, ce que c’est qu’un producteur… Ne pas payer une oeuvre qu’on regarde, c’est une grosse connerie. Et je veux rien entendre derrière”.

Je veux pas qu’on essaie de me prouver que j’ai tort, parce que ça m’énerve, vraiment.

Pour partir sur un sujet plus léger, vous avez écrit l’année dernière la préface du livre Nos Années Strange, j’aurais voulu savoir ce qui vous a séduit dans ce projet pour vous dire : “je vais le faire” ?

Pour être tout à fait franc, c’est ce que ma mère m’achetait quand elle venait me chercher à l’école. Donc, je ne vais pas vous le cacher, comme tous les artistes, en tout cas beaucoup d’artistes, notamment dans l’univers geek, j’accorde une grande importance à ce qui me bouleversait enfant, puisque c’est de ça qu’on vit, très clairement.
Strange c’est un truc français, et même lyonnais, pour un Lyonnais que je suis, puisque ce sont les éditions Lug, qui étaient à Lyon, et c’est du comic français.
C’est-à-dire qu’évidemment, tout ça venait d’ailleurs, ça venait des Etats-Unis et tout ça, mais c’était notre façon de le lire. On avait pas le même rythme de parution, pas la même façon de voir ça et on mélangeait ça à nos trucs à nous, autrement, et comme je l’explique un peu dans la préface, moi, c’était Iron Man qui avait un peu mon affection, mais je le lis à la sortie d’école, à ma mère, là où j’habitais à l’époque, et c’est quelque chose qui est très fort. En plus pour me remercier, ils m’ont offert le Strange du mois de ma naissance.

Il y a un truc de nostalgie, un truc un peu d’admiration. A cette époque là, bon, je suis pas encore croulant, mais j’en tiens quelques unes, à cette époque là, d’avoir sorti un magazine là-dessus, avec le peu de choses qui existaient autour de nous sur ce truc là, je trouve ça… C’est les premiers amoureux du truc quoi ! Parmi les premiers amoureux du truc en France qui ont été le chercher, qui l’ont amené… Voilà. Et puis ça m’a donné l’occasion d’écrire une préface carte blanche sur ma notion du héros un peu, et sur un truc rigolo que je voulais faire.
Strange, c’est une madeleine de Proust pour moi, donc je ne pouvais pas vraiment dire autre chose que oui.

Ça vous plait toujours autant les comics ? Ça vous influence encore ?

Non. Non parce que… Le pouvoir est aux comics maintenant. Les plus grands films du monde et les plus chers du monde sont aux comics. Ceux qui sont diffusés dans le monde entier sont aux comics et s’adressent aux gens qui aiment les comics. C’est pas que je m’y retrouve pas, j’aime, je les vois les films, tous, mais c’est plus underground. C’est tout. C’est pas grave, mais c’est plus pour moi maintenant, plus de la même façon.
Moi j’ai connu l’époque où ça émergeait, j’ai connu l’époque où on savait pas vraiment qui c’était ces mecs là, les choses étaient triées avant de nous parvenir, traduites, puis triées, et sans la culture du premier Superman qu’ils ont eue dans les années 20, un truc comme ça, peut-être même avant, j’en sais rien. En tout cas, on n’avait pas ça du tout, donc pour eux, ça n’est que la suite, pour nous c’était un truc naissant et donc aujourd’hui, les comics, non, pas trop.
Et puis j’ai des enfants qui sont vraiment dans le manga donc je regarde pas mal cette création là que je trouve folle. Je ne déteste pas, mais ça ne me fait pas le même effet qu’avant.

Vous êtes venu à la Comic Con pour participer à une Masterclass, pourquoi vous affectionnez autant ça ?

Parce que… je ne sais pas. Je me suis posé la question il n’y a pas longtemps, et je pense qu’il s’agit de transmettre. Mais en fait, écrire un truc c’est transmettre aussi. Écrire Kaamelott c’est transmettre, parce qu’il y a une part de séduction, qui peut faire rire, par exemple, ou faire pleurer, tenter d’émouvoir les gens.

Et puis, il y a aussi une part de… C’est pas pour rien que j’ai écrit un roi progressiste au milieu d’un monde barbare, quelqu’un qui essaie d’être moderne, qui essaie d’être souple, quelqu’un qui essaie de prôner la connaissance en face de l’obscurantisme, quelqu’un qui croit à ses valeurs là. Je pense que j’ai toujours envie de transmettre des trucs et comme j’adore qu’on m’explique quelque chose, au même titre que ça j’adore expliquer aussi. Je pense même qu’un jour, pas maintenant parce que c’est trop tôt, mais un jour, j’aurais vraiment des élèves. En écriture, un truc comme ça. Et peut-être même je ne ferais que ça.

Et vous voulez laisser une trace en tant que créateur ?

Je veux encourager les belles choses, en fait, parce que j’ai eu la chance, la grande chance, d’entr’apercevoir des belles choses dans mon métier. J’ai compris, il y a des milliards de choses que j’ai pas comprises, mais j’ai compris des trucs sur l’écriture, en travaillant les techniques d’écriture, en partant aux Etats-Unis, en faisant des séminaires. Y a un monde qui s’est ouvert autour de moi, alors que j’écrivais déjà avant, mais y a un truc qui s’est élargi d’un coup.
Et puis j’ai compris des trucs sur l’écriture dans sa fonction presque physiologique sur les gens. Pourquoi raconter des histoires fausses à des gens. Et pourquoi les gens sont aussi avides d’histoires fausses. C’est curieux. Mais ça veut dire aussi que pour les gens, c’est forcément des expériences par procuration à travers les yeux d’un héros fictif. C’est une expérience de vie, tout le temps. Et à quoi servent les expériences de vie ? Selon Campbell (Joseph Campbell, antropologue américain, NDLR), comme les contes de fées qu’on raconte aux enfants dans les villages du monde entier, c’est apprendre. A partir du moment où je raconte l’histoire du jeune garçon qui criait au loup, c’est-à-dire un jeune garçon qui criait au loup, faussement, par trois fois et, évidemment, la quatrième fois, quand le loup est vraiment là, on ne l’écoute plus, ça, c’est un enseignement. L’histoire peut être belle, pas belle, réussie, pas réussie, longue, courte, en feuilleton, au cinéma, ou ce qu’on veut, c’est fait pour mettre en garde les gamins que trop mentir, ça finit par se retourner contre soi.
Et en fait, je ne suis pas pour la morale à tout prix, mais entendre des histoires, ça veut dire prendre les expériences de quelque chose. Je crois beaucoup à ça. Au même titre que, quand vous êtes sur l’autoroute et qu’il y a un accident et qu’il y a un bouchon, le bouchon est souvent formé par le fait que les gens freinent devant l’accident de voiture pour le regarder. Ça agace tout le monde en plus, on se dit “mais qu’est-ce que t’as à regarder ça !”. Selon ce que j’ai fait, et très modestement selon le travail que j’ai fait, je sais que les gens qui s’arrêtent devant un accident sont en train d’emmagasiner le drame des autres. Et, quelque part, ils sont en train de nourrir le fait qu’ils ne conduiront plus pareil. Et un film c’est ça. C’est un accident de voiture, pour les gens. C’est leur donner un accident de voiture sans qu’ils en aient un eux-mêmes, mais qu’ils sortent, un petit peu, et modestement encore une fois, changés sur quelque chose.
Et ce métier là, encore une fois, j’écrivais avant de comprendre tout ça, et maintenant, je peux pas dire que j’écris mieux ou moins bien, mais un jour, j’aurais envie d’en parler. Mais je préfère faire d’abord. Et parler après.

Vous faites beaucoup de clins d’oeil dans la série Kaamelott à la pop culture, comme Star Wars par exemple. Est-ce que dans les prochains films, il y a des séries ou des films actuels auxquels vous aimeriez faire des clins d’oeil ?

Pas tellement, parce que je pense que j’ai fini la période des clins d’oeil. Pour deux raisons.
La première, c’est qu’ils étaient là dans la série courte, et que le format court permettait plus de clins d’oeil que quand on se lance dans des formats longs qui sont moins anecdotiques. Le format court, c’est 3min30, c’est une une petite idée, et vous pouvez faire Arthur qui trouve un sabre laser par le biais d’un voyage spatio-temporel. C’est pas très grave, je trouve ça logique en plus avec mon monde, c’est “il était une fois dans une galaxie lointaine”, c’est deux mythologies, après tout, pourquoi il n’y aurait pas un pont entre les deux ? Mais ce n’est pas un truc que j’ai envie de défendre trois heures. C’est un truc que je veux balancer parce que ça me fait plaisir et que le format 3min30 permet de balancer, sans conséquences, ou sans trop de conséquences.

Deuxièmement, les séries actuelles m’inspirent moins encore une fois, parce que je parle de ce qui m’a profondément touché, donc c’est forcément relié à l’enfance, même si je suis touché par des choses aujourd’hui, ça n’a pas la même saveur pour moi, et je ne suis pas en train de montrer ce qui m’a touché avant.
Autant je serais capable de faire un long métrage sur Goldorak, parce que je sais quoi en faire, parce que j’irais le chercher là, autant si on me demandait la même chose à propos de Bleach ou de D. Gray-Man… C’est pas que je n’aime pas, ça veut dire que ça n’a pas le même pouvoir sur moi. Maintenant, je suis un technicien de l’histoire. Donc un technicien de l’histoire, je suis quand même passé du côté de ceux qui voient les ficelles, qui voient les rouages, donc ça n’a pas le même pouvoir sur moi. Et c’est normal. J’ai abandonné une peau pour en prendre une autre. Ce sera le tour de ceux qui sont enfants maintenant, pendant les séries actuelles, et qui sont en train de regarder ça comme une culture qu’ils sont en train de se fabriquer, qui vont nous le ressortir quand ils seront auteurs dans 15 ans. Mais ce ne sera pas mon tour.

Votre pièce traite de Bach, ça quitte un peu le côté geek qu’il pouvait y avoir dans Kaamelott et c’est un peu plus sérieux, un peu plus historique. Est-ce que votre carrière va dans cette direction ?

J’essaie de faire suivre à tout ça le cours de mon état au moment où je le fais. Sachant que dans mon monde et dans ma tête, Bach n’est pas très loin du reste, en fait. Il y a des choses qui me bouleversent dans la vie qui sont de cet ordre là, ou d’un autre, et en fait, je ne les juge pas, je ne les catégorise pas. Donc je n’ai pas l’impression de devenir sérieux en parlant de Bach. D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez vu la pièce, c’est pas spécialement sérieux, même s’il y a une part plus sérieuse.

Mais non. Par exemple, Kaamelott Résistance, que j’ai présenté ici, qui est une période de Kaamelott qui se passe en l’absence d’Arthur, et qui raconte comment les clans réagissent à l’autorité tyrannique de Lancelot, soit en résistant, soit en collaborant, c’est une grande envie de déconner par exemple. Parce que ça propose de déconner ça. Parce que les mecs, comment ils vont réagir vis-à-vis d’un truc qui les dépasse vraiment, qui est de l’ordre de la tyrannie, de l’oppression fasciste, forcément, ça va être n’importe quoi, et j’ai envie de faire n’importe quoi, et ça tombe maintenant. Parce que je viens de faire un film avec Adjani qui déconne pas du tout (David et Madame Hansen NDLR), parce que j’ai fait la saison 5 et 6 dans lesquelles je me suis exprimé sur le découragement de mon héros, et que j’ai pas forcément besoin de le remettre, là, ça va être le moment de le faire revenir. De le faire revenir comme ça. Donc je suis dans une autre période d’écriture, et par exemple Kaamelott Résistance, ce sera probablement le truc le plus déconnant depuis le début.
Donc non. Ça va dépendre. Il va y avoir un peu de tout.

Globalement, vous disiez que les histoires étaient sérieuses, mais que sur quelque chose de sérieux et de crédible on peut construire beaucoup d’humour.

Je crois à la comédie sérieuse, moi.

C’est un peu la base de Kaamelott, la dérision, l’absurde en quelque sorte.

Mais les Anglais ont toujours fait ça. Les Monthy Python, quand ils font la quête du Graal… Bon des fois, c’est un peu cheap parce qu’ils n’ont pas de blé, mais quand même, ils sont dans des vraies forêts, avec du brouillard, y a du métal, des batailles.. Ça essaye. La Judée, dans la Vie de Brian, c’est pas bradé.
Moi, je crois que la comédie, au contraire, du moment qu’on dépeint des humains un peu faiblards, il faut qu’autour le monde soit fort, pour qu’ils paraissent petits. C’est ça le principe de la comédie. Il faut que tout le décor les noie dans quelque chose de puissant, pour que eux, ils aient à se débattre contre des choses plus grosses. Si tout est carton, y a pas de contraste, et je ne vois pas bien d’où viendrait la comédie. Moi, j’aime pas la comédie qui ne raconte rien. J’aime pas le divertissement en fait. J’aime la fiction et pas le divertissement.

C’est un peu l’image de la comédie française que nous avons, qui reste très similaire de films en films.

Ben j’aime bien que ce soit vous qui le disiez. Je suis un peu d’accord avec vous. En France, on a la notion de divertissement, moins de comédie. Mais j’essaie d’en défendre une autre. Tant que je peux.

Merci Alexandre !

Entretien réalisé en table ronde avec DVDSéries, Generation-strange, Watchtower comics, Reviewer et Brain Damaged.

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Alexandre Astier Comic Con Comic Con 2012 Comic Con 4 Japan Expo 2012 Kaamelott Kaamelott Resistance Simon Astier
L'auteur

Fan d'Internet, programmeur acharné, passionné par le Game design, mordu de SF, adorateur du kitsch et rédacteur à ses heures: je suis un geek et fier de l'être! Mais tout en restant classe, bien sûr.

11 avis

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  1. Philippe le 10 juillet 2012
    Cool ! Si je le croise un jour, je lui dirai : "Hey Alexandre, j'adore ce que tu fais, j'ai téléchargé l'intégral des Kaamelot !!!" :trollface:
  2. Russ le 11 juillet 2012
    Attention, il risque de te défoncer si tu dis ça. :p
  3. Pingback: [Interview] Alexandre Astier, Roi du Comic Con « Espace perso de J@mil 12 juil, 2012

    [...] [Interview] Alexandre Astier, Roi du Comic Con. Évaluez ceci :Share this:J'aime ceci:J'aimeBe the first to like this. [...]

  4. fran le 13 juillet 2012
    J'aime beaucoup Kaamelott et A.A. mais là je le trouve pathétique avec son discours larmoyant du genre "si vous téléchargez vous allez tuer la culture" et autres "on enlève le pain de la bouche des créateurs" quand on roule en Aston Martin V8 ou en Maserati on devrait penser un peu plus aux foyers qui tirent le diable par les 2 bouts tous les mois avant de se plaindre financièrement. Et pour finir je suppose que M6 l'a payé pour diffuser Kaamelott non ? certainement une somme suffisante pour payer la production, les salaires etc non ? donc le reste, la vente des DVD c'est déjà du bonus non ? je veux dire ils ont fait le travail une fois devant la caméra, ils ont étés payés déjà mais c'est pas assez encore...
  5. Aurigabi le 15 juillet 2012
    Certaines séries ne sont financées que parce que les DVD se vendent bien, car elles touchent trop peu de public pour que l'audimat soit suffisant à la télé. Son discours est peut-être un peu fermé sur certains points, mais il a raison pour d'autres : même quand t'as pas une thune, tu voles pas de la bouffe, pourquoi tu volerais de la culture ? Après, le système d'offre légal est clairement à la ramasse (parce qu'il n'y pas que la musique dans la vie), mais je ne suis pas vraiment d'accord quand tu dis que les DVD c'est que du bonus. Déjà, tous ne roulent pas en maserati, et ensuite, quand tu as des investisseurs, ils ne veulent pas juste récupérer la somme exacte qu'ils ont mise. Ils veulent faire du bénéfice. S'ils n'en font pas, la fois d'après, ils n'investiront pas...
  6. Audrey le 15 juillet 2012
    Je pense que le meilleur exemple, proche d'Alexandre Astier, pour prendre conscience des dégâts du piratage sur une série, c'est celui de la série de son frère Simon, "Hero Corp". Après on aime ou on aime pas mais il est clair que si tous les fans de cette série avaient acheté le DVD elle n'en serait pas au point mort où elle est aujourd'hui. Paradoxalement le discours d'Alexandre est plus virulent que celui de Simon (pour rappel, son interview de l'année dernière) mais même s'il fait un peu "bobo" quand il en parle, dans le fond il a totalement raison.
  7. Liam le 17 juillet 2012
    @Aurigabi : Pourquoi on pirate alors qu'on ne vole pas de nourriture. Parce que le piratage n'est pas du vol, c'est de la contrefaçon. Quelle différence ? Quand tu voles de la nourriture, tu la retires à quelqu'un. Je veux dire, si je pique un steak, c'est un steak que quelqu'un d'autre ne pourra pas manger. Ou alors il faut en refabriquer un pour lui, donc élever un autre animal et le tuer. Chaque vol représente un coût, une "perte", pour les fabricants. Quand tu pirates, tu la retires à personne. Tout le monde peut continuer à acheter son DVD de Kaamelott comme avant. Il y a pas un DVD qui vient d'être retiré de la vente et qu'il faut refabriquer pour remplacer celui qui a été volé. Il n'y a pas de "perte" financière. Il y a ce qu'on appelle un "manque à gagner". Autrement dit : entre "ne pas acheter ne pas pirater" et "ne pas acheter mais pirater", financièrement, il n'y a aucune différence pour Alexandre Astier. Il n'a pas plus d'argent à la fin du mois si tu ne le regardes pas du tout, que si tu le regardes en version piratée. Évidemment, Alexandre a raison sur un point : une saison de Kaamelott c'est 5M€. Si tout le monde pirate et que personne n'achète rien, il va y avoir une perte sèche. Mais soyons honnête on est à des années-lumières de ce scénario. Kaamelott, malgré le piratage, ça marche d'enfer. Et dans l'ensemble, le monde de la musique, des séries, du cinéma, se porte plutôt bien quand on pense qu'on est en pleine période de crise, que de plus en plus de gens sont VRAIMENT dans la merde et ont vraiment autre chose à foutre du peu de pognon qu'il leur reste que d'acheter des DVD. Parce que le Alexandre, je serais curieux de savoir ce qu'il entend quand il parle de l'époque où "il avait pas de blé". C'est quoi "avoir pas de blé" pour lui ? Je suis pas sûr qu'on ait la même définition. Aujourd'hui, il y a des tas de gens (des étudiants par exemple) qui vivent avec moins que le RSA. Qui ont même pas l'argent pour s'acheter un ticket de métro pour rentrer chez eux après les cours et ont le choix entre frauder, ou se taper 5 bornes sous la pluie tous les jours pour rentrer chez eux (je ne l'invente pas, je l'ai vu). Alors, des DVD... oui 1 à noël éventuellement, m'enfin... qu'ils piratent le reste du temps, je ne vois pas bien ce que ça retire à Alexandre Astier par rapport à ceux qui ont pas les moyens de rentrer chez eux en métro. Et quand il dit qu'1€ le mp3 c'est pas cher, bordel de Dieu SI c'est cher ! Faut vraiment planer à 10 000 et avoir aucune notion de l'argent pour dire que c'est pas cher. Pour des tas de gens, 1€, il leur reste même pas ça à la fin du mois une fois qu'ils ont dépensé le strict nécessaire pour vivre (et avec 1 mp3 par mois on va pas loin non-plus). J'adore ce que fait Alexandre Astier, je pense sincèrement que ce mec est un artiste bourré de talent doublé d'un sacré bosseur, mais humainement je suis désolé, son côté richard pingre hors des réalités m'exaspère quelque peu. Il me fait penser au gosse pourri-gâté qui refuse de prêter le moindre de ses nombreux jouets avec lesquels il ne joue même pas.
  8. Megabilou le 7 août 2012
    Se faire un petit plaisir de temps à autre et acheter des séries tv en DVD ce n'est pas un gros investissement même pour les moins riches d'entre nous (dont je fait partie). Ce que j'en pense c'est que vous auriez plus de sous pour acheter des DVD si vous dépensiez intelligemment votre fric.
  9. Pingback: [Film(s)] Film(s) Spécial #12 déjà dispo, etc. | Audrey Oeillet 23 août, 2012

    [...] que du côté de GentleGeek, alors si ça vous botte, allez donc lire les interviews d’Alexandre Astier, Katie McGrath, Rafael Albuquerque, Tony S. Daniel ou encore Joe Mad! et plein d’autres [...]

  10. Armand le 26 août 2012
    Liam +1 Il fallait quelqu'un pour le dire. Je suis un grand fan d'Alexandre Astier mais son discours sur le piratage est a l'ouest. Il faudrait qu'il bosse un peu plus son sujet pour en parler. Ah et "Ce que j’en pense c’est que vous auriez plus de sous pour acheter des DVD si vous dépensiez intelligemment votre fric." Ça c'est une antiphrase tu sais, parce que on achète pas de dvd si on veut dépenser intelligemment son fric. On alors faut que tu m'explique ton concept de l'argent.
  11. Valentin le 20 novembre 2012
    Depuis le jour où je me suis fait baiser par un DRM (CD acheté qui ne passe pas sur un sony portable) Je n'ai plus acheté un seul CD. ..Je télécharge comme un porc..Et 99% part à la poubelle...Les conneries, ça se paye.

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