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Cette semaine est sorti le DVD de Bellflower, film plus ou moins passé inaperçu dans notre verte contrée malgré les critiques web et le bruit qu’il a fait aux USA.

L’un des gros kiffs du film

Bellflower, qu’est-ce que c’est ?
C’est l’histoire un peu décalée de deux potes, Woodrow et Aiden, fans de Mad Max 2 qu’ils ont dû voir une bonne centaine de fois. Faute de mieux à faire, ils rêvent d’une apocalypse nucléaire dont ils profiteraient pour se poser en leaders. Ils s’y préparent, d’ailleurs, en se construisant un lance-flamme, une « voiture de l’apocalypse« , et j’en passe. Mais voilà : au beau milieu de ces rêves de paumés arrive une fille pour laquelle Woodrow va tout de suite craquer.

Bellflower, c’est l’histoire de cette jeunesse un peu paumée qui ne se voit pas parmi les autres, c’est l’histoire d’une relation qui chamboule tout, de ses conséquences, et c’est une histoire de survie.

Le travail de l’image est superbe, sale, un poil floue, jaune…

A la lecture du pitch,  quelque chose retient notre attention : si le côté un peu « classique » de la nana avec qui tout change nous ferait presque sourire, la facette « apocalypse », tout ça, elle, nous intrigue un peu. « Mais c’est que ça a l’air drôle, comme film ! », se dit-on en attrapant sa veste pour nous rendre au cinéma (ou, dans le cas présent, aller acheter le DVD). Monumentale erreur.
Enfin, oui et non. Drôle, le film l’est. On rit devant le passe-temps principal des deux potes, encore ados dans leur tête, et qui préfèreraient voir la fin du monde arriver plutôt que de faire leur vraie entrée dans le monde « vrai ». On rit aussi devant la relation plutôt folle que vivent Woodrow et Milly à leurs débuts, lorsqu’en guise de premier rendez-vous, ils quittent la Californie afin de trouver un restaurant ultra miteux au Texas qu’il a aperçu, une fois.

C’est la grande forme.

Mais Bellflower fait partie de ces films qui vont plus loin, qui vous emportent dans un flot d’émotions brutes pour ensuite vous laisser là, plutôt secoué, voire écrabouillé sur votre siège. Et ça, on le comprend dès les premières minutes du film, qui, à travers une sorte de flashforward, nous annoncent que le climax final ne serait pas super jouasse.
On s’identifie tout de suite à ces personnages tous plus mal dans leur peau les uns que les autres, et on les adore, ne serait-ce que parce qu’ils concrétisent de petits rêves (honnêtement, qui n’a jamaisrêvé de se construire son propre lance-flammes ?!). On s’amuse avec eux, comme eux, on se sent parfois mal, gêné. Et comme eux, on se sentira seul, détruit, en miettes.

La Mother Medusa, la voiture de l’apocalypse !

L’esthétique du film est assez magique. Glodell a bricolé sa propre caméra pour le film, pour le grand plaisir de nos yeux. Et ça marche du tonnerre. Elle est toujours un peu jaunie, donnant ainsi à Bellflower Avenue un côté « désert », pas très accueillant. Lors de certaines scènes, le contraste est poussé à son paroxysme, le contrejour utilisé avec brio, faisant passer la Californie pour un désert inhospitalier au possible dont personne ne peut s’échapper. Autant de coups de poings qui nous enfoncent dans notre siège à mesure que Woodrow, lui, s’enfonce tout court.

La musique ne commet aucun faux pas. Assurée en grande partie par l’auteur/compositeur/interprète Jonathan Keevil (pote du réalisteur), elle colle tellement au film que sa seule écoute nous y replonge aussitôt. Babyfin, par exemple, est directement entrée dans le cercle de mes chansons favorites.

La détresse du héros est incroyablement authentique, juste.

En résumé, il me serait impossible d’exprimer mon ressenti avec des mots. Ce film m’a chamboulé, et me chamboulera probablement à chaque visionnage. Grande claque de l’année 2012, je l’ai instantanément rangé dans mes films cultes. Il est indéniable qu’Evan Glodell doit être surveillé de près.

Un critique faisait remarquer que souvent, les magazines et autres sites internet commencent leurs papiers en annonçant les moyens et le budget mis en oeuvre pour la production du film. C’est donc avec ceci que je vais terminer.
Bellflower a été réalisé en trois ans avec un budget de $17.000. Glodell s’est tellement ruiné qu’il devait vivre dans l’aile désaffectée du bâtiment où il travaillait. La « Mother Medusa », la voiture de l’apocalypse des deux héros, fut construite par l’équipe au cours du tournage.
C’est ce coeur, cette passion, cette envie de s’en sortir qui ressortent dans Bellflower.
Ne le manquez pas.

Les flics le croiront jamais, s’il dit qu’il a saigné du nez.

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