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Une semaine après la fin du Paris Games Week cuvée 2012, il est sans doute temps d’en tirer un bilan. Et ce dernier n’est définitivement pas glorieux : files d’attentes atroces, public rude et irrespectueux, ambiance moyenne et manque cruel de contenu enthousiasmant… cette troisième édition du salon s’avère assez difficile à digérer.

Lors de son arrivée en 2010, le Paris Games Week avait tout balayé sur son passage : des stands monstrueux, des shows à l’américaine, une nocturne… orchestré par le SELL, le syndicat des éditeurs de logiciels de loisir, le salon avait vraiment du lourd à offrir. Le message était clair : avec le PGW établi fin octobre, il n’y avait plus de place ni pour le Festival du Jeu Vidéo, ni pour le Micromania Game Show. Les deux salons avaient d’ailleurs mis la clé sous la porte l’année suivante, dévorés par le char d’assaut du SELL.

Trois éditions après, le Paris Games Week est devenu un véritable paradoxe qui fait clairement regretter l’époque du FJV et du MGS. Paradoxe, pourquoi ? Parce que le PGW cuvée 2012, c’est un espace immense… principalement rempli de vide. C’est avant tout le show des gros éditeurs, la mise en avant des blockbusters décérébrés, l’absence des petits éditeurs et de toute proximité. Le Paris Games Week n’a pas grand-chose à offrir, mais s’avère étonnamment commercial. Et racoleur parfois. Bref, tout pour plaire.

N’arrêtez pas votre lecture ici : j’ai quand même quelques trucs sympas à dire sur ce salon… en fin d’article. Mais pour l’instant, allons-y pour les critiques.

Foire d’empoigne

« En 8 ans de salons à travers le monde, je n’ai jamais vu autant d’incivilité. Ce sont de vrais animaux » : le témoignage d’un exposant présent sur l’un des stands du salon, halluciné au bout de 3 jours, résume assez bien la situation. Le Paris Games Week cette année, c’était un peu-beaucoup la jungle : bousculades, injures dans les files d’attente, débuts de bagarres… les festivités commençaient dehors dès l’ouverture : le but pour beaucoup de visiteurs étaient de se ruer dans les chicanes permettant d’accéder à des jeux comme Call of Duty: Black Ops IIjusqu’à 6h30 d’attente pour jouer 7 minutes à ce jeu qui sort aujourd’hui ! Le stand mis en place par Activision a d’ailleurs méchamment souffert de l’impatience des « joueurs » présents dans la file d’attente, et a dû être réparé en urgence un soir du salon.

Imaginez donc l’état dans lequel un mec peut se trouver après avoir fait 6 heures de queue pour jouer 7 minutes à un jeu. 6 heures serré dans une file d’attente avec d’autres personnes, beaucoup d’ados en vacances. Moi je pense que je serais dans un sale état. Et quand on sait, de source proche de cette file d’attente ou d’une autre, que certains « joueurs » exhibaient des canifs en attendant leur tour, on peut se demander comment aucun drame n’a pu se dérouler en 5 jours de salon. Tant mieux ceci dit. Mais quand même.

Mais cette ambiance surchargée sur les stands, les éditeurs ont fait le nécessaire pour la maintenir. Activision le premier, très content du buzz réalisé par son stand Call of Duty, qui n’a pas désempli durant tout le salon. Tant pis pour l’ambiance atroce, et au diable la norme PEGI : le jeu, bien que classé PEGI 18, était jouable par tous le monde et les ados constituaient une très large part de la file d’attente. Même constat chez EA pour Dead Space 3, même chose côté Ubisoft avec Assassin’s Creed III, même topo chez Konami avec Metal Gear Rising: Revengeance. A la question naïve « Mais tout le monde peut essayer le jeu ? » posée le jeudi, jour très fréquenté, à un vigile posté devant le stand de CoD, j’ai eu pour réponse que les mineurs pouvaient entrer accompagnés d’un adulte. C’est une indication personnelle uniquement, mais je n’ai pas vu beaucoup d’adultes. Sinon, l’accès au jeu ne posait en théorie pas de problème à partir de 15 ans. Pour un jeu PEGI 18, rappelons-le.

Du côté de Sony, pas d’indication précise, mais beaucoup d’ados se sont vu refoulés après plusieurs dizaines de minutes de présence dans la file de God of War : Ascension, lui aussi PEGI 18. Seul Nintendo avait clairement, à l’intérieur de son stand, un espace réservé aux jeux PEGI 18 sur Wii U. Deux vigiles à l’entrée surveillaient les visiteurs, et n’hésitaient pas à stopper les plus jeunes. Globalement, le stand de Nintendo était clairement le plus discipliné, grâce à la mise en place d’un système de tickets ouvrant l’accès à l’espace de jeux par tranche de demi-heures. Un exemple dont beaucoup devraient s’inspirer… on peut également spéculer sur le fait que Nintendo ne s’est pas, ou peu, fait voler de matériel : ce n’est pas le cas de la plupart des exposants qui sont rares à ne pas avoir vu consoles, PC ou manettes disparaître durant le salon.

Pour clôturer cette partie, on peut s’amuser (ou pleurer, au choix) du fait que le site du Paris Games Week met bien en avant la norme PEGI et annonçait même la présence de l’organisme PeDaGoJeux pour « pour informer et sensibiliser les parents au jeu vidéo. » Rappelons également qu’en mars dernier, le SELL avait lancé une campagne publicitaire pour sensibiliser les parents face aux normes PEGI. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

 Cherche exclusivité désespérément

En raison de salons toujours tenus en fin d’année – enfin, ce n’est sans doute pas la seule raison – la France a toujours été le parent pauvre en matière de conférences plénières et autres annonces officielles durant ses festivals dédiés aux jeux vidéo. A l’inverse de l’E3, du TGS ou, plus près en Europe, de la Gamescom, ni le Festival du Jeu vidéo ni (encore moins sans doute) le Micromania Game Show n’ont jamais été le théâtre d’annonces. Le Paris Games Week ne déroge pas à la règle : néanmoins, on pourrait imaginer qu’un salon orchestré par le syndicat des éditeurs offre un contenu à la hauteur. Mais même pas : certains titres qui étaient notamment jouables à la Gamescom, comme Tomb Raider, étaient ici uniquement présents sous la forme de trailers et de démonstrations sur scène. Certains éditeurs aux titres attendus début 2013 n’étaient même pas là : 2K Games, par exemple, n’avait pas fait le déplacement, ce qui signifiait pas de Bioshock Infinite. Pas de SEGA – la fermeture des bureaux français n’a sans doute pas aidé – pas de THQ, pas d’Ankama…

De fait, beaucoup de titres présents sur le salon étaient déjà dans les bacs, depuis quelques jours ou quelques semaines. sur le stand de Bethesda, on nous a carrément avoué n’avoir « rien à prouver » puisque Dishonored était déjà disponible depuis plusieurs semaines, tandis que Doom 3 BFG edition l’était, de son côté, depuis quelques jours. Pour les rares titres dignes d’intérêt – on vous en reparle très vite – comme Metal Gear Rising: Revengeance, Sim City ou DMC, tous prévus début 2013, il fallait s’armer de patience et faire entre plusieurs dizaines de minutes et plusieurs heures de queue. Je ne parle volontairement pas de Call of Duty: Black Ops II, désormais disponible, et dont le stand frôlait l’indécence. J’en ai déjà trop parlé, je pense.

Tout ça pour dire qu’il fallait se bagarrer pour trouver un titre intéressant, ainsi que pour espérer y jouer. En moyenne, les animateurs demandaient aux joueurs de quitter les bornes au bout de 7 minutes de jeu, un temps trop court pour être immergé un minimum, frustrante pour la même raison et paraissant beaucoup plus courte dans le feu de l’action (à ne pas sortir du contexte). Néanmoins, il fallait bien faire tourner un maximum sur les bornes pour gérer le flux de visiteurs.

La quantité ne fait pas la qualité

Des bornes et des visiteurs, il y en a eu cette année encore : plus de 1000 stations de jeux étaient présentes, et pas moins de 212 000 personnes ont fait le déplacement sur 4 jours de salon et la soirée d’inauguration du mardi soir qui a accueilli plusieurs milliers de personnes. C’est énorme, mais la quantité n ‘est pas toujours synonyme de qualité, et le Paris Games Week en est la parfaite illustration.

Car les records d’affluence du PGW, battus d’année en année, le sont entre autres pour une raison : le SELL distribue des invitations par centaines, peut-être même par milliers si on met les opérations promotionnelles et les  concours permettant d’en remporter. De fait, le salon accueille énormément de visiteurs qui n’auraient peut-être pas fait le déplacement s’il avait fallu s’acquitter du prix d’entrée, plus ou moins prohibitif selon le jour choisi.

Alors bien sûr, le constat est casse-gueule : il y avait bien évidemment des visiteurs ravis d’avoir pu se rendre gratuitement au salon pour y essayer des jeux et rencontrer des amis. Mais il y en avait d’autres qui ne cachaient pas le fait qu’être entrés sans payer leur permettait de « se lâcher » dans les allées du salon, de faire les malins auprès des babes ou dans les files d’attente… encore que, peut-être que certains visiteurs, très attachés à l’idée de ramener chez eux un tee-shirt quitte à le déchirer à force de tirer dessus dans les traditionnels lancers des stands, avaient payé leurs billets. Ca ne donne néanmoins pas le droit de gâcher la visite d’autres personnes qui ne cherchent qu’à passer un bon moment, et qui n’ont pas envie de se prendre un coup de coude quand un animateur lance un tee shirt même pas beau dans une marée humaine prête à en découdre.

Quoi qu’il en soit, le public du Paris Games Week cuvée 2012 n’était globalement pas très cordial. Le « festival d’incivilité » décrit par l’un des exposants – le mot « incivilité » revenait d’ailleurs souvent dans les échanges avec les animateurs des stands – comprenait insultes, détériorations de stands, agitations dans les files d’attente… quant aux babes elles ne comptaient plus le nombre de mains aux fesses à mi-salon – rappelons-le, babe sur les salons, c’est un job qui n’est pas sans risque.

Quand on distribue les invitations et autres pass gratuits comme des bonbons, on gonfle le nombre de visiteurs (la quantité) mais on en abaisse forcément la qualité : quand on sait que l’entrée du jeudi coûtait 14 euros, seul un public vraiment intéressé et passionné peut potentiellement faire le déplacement et payer la note. Quand c’est gratuit, n’importe qui peut venir traîner ses guêtres dans les mêmes conditions qu’un visiteur payant, mais pas avec les mêmes objectifs de rentabilité.

Ce n’est pas un plaidoyer pour l’arrêt des invitations : c’est surtout la mise en avant d’un système qui gonfle les statistiques du Paris Games Week tout en détériorant son image, qui est très importante : comme le PGW est désormais le seul salon de grande envergure dédié au jeu vidéo en France – et les organisateurs du PGW ont tout fait pour – c’est, hélas, le seul reflet de la population des gamers du pays. Ca fait peur. Et ça fait même mal quand, en tant que joueuse, on essaie de mettre en avant le caractère positif du jeu vidéo, et qu’on se retrouve indirectement associé à tout ça.

Des rencontres communautaires présentes, mais discrètes

Finissons tout de même sur une note positive : le Paris Games Week est également un lieu de choix pour les rencontres communautaires. A l’occasion du salon, un grand nombre d’éditeurs ont organisé des rencontres entre fans investis ou/et blogueurs, avec à la clé rendez-vous, petits déjeuners, interviews, jeux… Playstation, Square Enix ou encore Bioware – nous y étions ! – ont réuni leurs fans dans leur coin… souvent dans des espaces privilégiés et privatisés pour l’occasion. Une façon sans doute de s’écarter du brouhaha du salon en créant une ambiance différente, tournée autour de thématiques précises. Pour les fans concernés, forcément, c’est l’occasion d’être privilégiés quelques heures et de faire de belles rencontres. Mais ces évènements, clairement VIP, sont réservés à un tout petit nombre de visiteurs du salon compte tenu de la masse de monde qui fait le déplacement. Mais vu l’ambiance du reste du Paris Games Week, on comprend aisément pourquoi.

En conclusion 

Il est triste de résumer le côté positif du Paris Games Week à ses rencontres communautaires fermées. Et pourtant, c’est le cas : plus le temps passe, et moins le Paris Games Week ne sert favorablement le média dont il parle. Pire même, cette troisième édition le dessert plus qu’autre chose. Entre les guéguerres de stands – principalement pour les jeux de guéguerre, d’ailleurs – la distribution d’invitations visant à gonfler sa fréquentation, des éditeurs majeurs totalement absents et une dimension commerciale de plus en plus omniprésente, le PGW se montre aussi immature que son public. Il est paradoxal de constater qu’un salon organisé par le principal syndicat des professionnels du secteur ne respecte même pas les préceptes de ce dernier, notamment concernant la norme PEGI.

L’héritage du Festival du Jeu Vidéo est inexistant et, plus que jamais, l’édition 2012 du Paris Games Week avait de quoi rendre nostalgiques les visiteurs du salon qui a tiré sa révérence en 2010, emportant avec lui l’excellent Monde du Jeu. Reste aujourd’hui à savoir si le Paris Games Week entendra, et surtout écoutera les critiques faites à l’encontre de sa politique, et la réorientera en circonstance. Sans ça, le public de qualité qui lui reste pourrait choisir de le bouder, au risque de se priver du seul salon du jeu vidéo de grande envergure sur le territoire français.

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L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

5 avis

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  1. ethan le 15 novembre 2012
    Cette année je ne suis pas allé au PGW. Voyant qu'il tombait en pleine période de vacances scolaires, j'ai pressenti les problèmes et après avoir lu plusieurs reviews dont la tienne sur cet évènement, j'ai bien eu raison de m'abstenir. L'année dernière, j'avais eu la chance d'obtenir une invitation pour la soirée d'inauguration. J'avais pu tester pas mal de jeux sans jamais faire plus de 10m de queue (parfois même pas du tout). C'était vraiment énorme. Aujourd'hui, je suis à 200% d'accord avec tes critiques. Je pense d'ailleurs que le SELL est en train de se tirer une balle dans le pied et que si le PGW ne revient pas un niveau de prestation tel qu'il était à ses débuts, il va finir comme le FDJV. Si les exposants se plaignent de l'organisation et que rien n'est fait, il y a fort à parier que les éditeurs vont rechigner à venir une nouvelle fois. Peut-être pas l'année prochaine mais dans 2 ans par exemple, le SELL risque d'avoir une mauvaise surprise...
  2. Russ le 16 novembre 2012
    Puis au niveau des jeux, il n'y avait vraiment pas grand chose d'intéressant. A quoi bon attendre 6h pour jouer à COD qui sortait 2 semaines plus tard ? L'an dernier il y avait un super stand pour Skyrim, la PS Vita etc. C'était vraiment plus attractif !
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