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En cette semaine d’Halloween, quoi de mieux que de se replonger dans l’anthologie The Theatre Bizarre, sorti en DVD chez Wild Side. Au programme : 6 courts-métrages et un épisode pour faire le lien ! Préparez-vous pour le grand frisson !

Projeté il y a un an de cela, en avant-première à l’étrange festival de Paris, sorti en catimini (3 salles) en France, The Theatre Bizarre est désormais disponible en DVD et Blu-Ray chez Wild Side, éditeur à la réputation solide quant à la qualité de ses produits. L’occasion de faire profiter du public d’une vraie diffusion du film, qui a relancé le genre des films à sketchs horrifiques : outre les V/H/S, ABCs of Death et consorts, un épisode 2 et 3 sont d’ores et déjà en préparation ! L’un deux regroupera même uniquement des réalisateurs de genre français !

Mais avant de nous projeter dans l’avenir, penchons nous sur le premier volet de cette pièce de Molière chelou !

Le film

Inspiré du théâtre Grand Guignol parisien du début du 20e siècle, qui proposait au public des pièces d’horreur sanguinolentes, The Theatre Bizarre est le projet fou initié par David Gregory et une poignée de producteurs Américains et Français. Le principe est simple : à budget égal, planing égal, et liberté créative égale, 7 réalisateurs doivent livrer un segment de 10 à 20 minutes inspiré de Théâtre Grand Guignol.

Au programme de ce Theatre Bizarre donc, 6 segments réalisés par des réalisateurs de genre – certains déjà reconnus (Inutile de présenter Tom Savini ou Richard Stanley ?) – et un segment qui fait office de « lien » pour une exploration de l’imaginaire horrifique.

  • Theatre guignol, de Jeremy Kasten.

C’est à Jeremy Kasten, auteur du remake de Wizard of Gore et organisateur de Spooks shows aux USA, qu’est donc revenu la dure tache de lier chacun des segments de The Theatre Bizarre. Une adolescente pénètre dans un vieux théâtre désaffecté et se trouve confrontée à un automate qui lui présente un spectacle pas comme les autres et s’humanise au fur et à mesure des histoires…

Dès le départ, l’ambiance est prenante, le décors du Théâtre, le son, les marionnettes glauques… Tout dans ce théâtre distille une atmosphère étrange et morbide, et l’émerveillement premier de notre jeune spectatrice laissera place à de nombreuses reprises à des larmes et des rictus de peur face aux histoires qui lui seront contées… Dans le rôle l’automate/présentateur de chaque histoire, l’incontournable Udo Kier, figure indéboulonnable du cinéma de genre, l’une des filmographies les plus denses qui soient, et toujours partant pour des rôles décalés. L’acteur allemand livre ici une très belle prestation, où son jeu donne à l’automate une folie de plus en plus effrayante au fur et à mesure que celui-ci prend forme humaine.

La pauvre jeune fille va rapidement tomber en plein cauchemar…

Prenant place entre chaque segment de réalisation, les scénettes de Theatre guignol maintiennent une ambiance poisseuse et surréaliste tout au long du métrage et remplit sa fonction avec brio en proposant un vibrant hommage inspiré du Theatre grand guignol.

Udo Kier, royal, déploie une telle forme qu’il est aussi Kier pêche !

  • The Mother of Toads, de Richard Stanley.

Le segment Cocorico du film ! Pour illustrer cette histoire inspirée de Lovecraft et de l’ambiance des films de Mario Bava, le réalisateur de  Hardware s’est rendu à Mirepoix, ville du sud de la France connue pour être l’une des sept portes de l’enfer, et ses alentours, pour y tourner The mother of toads (la mère des crapauds).

Un couple en visite à Mirepoix fait la connaissance d’une vieille dame qui prétend posséder chez elle un exemplaire original du Necronomicon. Féru d’ésotérisme, le mari ne peut résister à la curiosité, et va se retrouver dans les griffes de la terrible Mère des Crapauds…

The Theatre Bizarre débute doucement avec cette histoire à la créature inspirée de l’univers de Lovecraft et qui se base sur un ensemble de mythes et rites issus de la région. Sur un rythme tranquille, l’histoire vire peu à peu dans un fantastique baveux, pas des plus effrayants mais pas non plus désagréable. Une jolie entrée en matière, qui de plus nous offre le plaisir de revoir Catriona MacColl, icône du cinéma de genre et connue pour ses rôles chez Lucio Fulci.

La mère des crapauds ? Je n’y croooa pas !

  • I love you, de Buddy Giovinazzo.

Changement de registre pour ce deuxième segment, qui prend place cette fois à Berlin. Une femme, infidèle, annonce à son mari, envahissant et jaloux, qu’elle le quitte.

Ce qui surprend avec I love you, c’est l’extrême froideur de la réalisation de Buddy Giovinazzo. Une froideur et un décors épuré qui a pour seul but de créer un décalage envers la femme : alors que celle-ci raconte les pires horreurs qu’un mari amoureux puisse avoir envie d’entendre à son sujet, la jeune femme reste propre, virginale à l’écran – l’image que son mari continue d’avoir d’elle – alors que lui a plus volontiers l’air sale, repoussant. Et si la situation tourne au drame et se termine dans des effusions de sang, c’est pourtant la violence et la froideur de la discussion préalable du couple qui amuse et surprend le plus.

Jusqu’à ce que la mort les sépare ?

  • Wet dreams, de Tom Savini.

Star incontournable des effets spéciaux, c’est en tant que réalisateur et acteur que Tom Savini s’est attaqué à ce segment consacré – là encore – à l’infidélité. Abordé sous un tout autre angle, celui des rêves érotiques et de la vengeance d’une femme sur son mari infidèle.

Les rêves ne sont pas toujours bons pour la santé…

Le segment débute d’ailleurs par de façon fort agréable avec une splendide créature de « monstre-vagin » offerte par Greg Nicotero à Tom Savini. Outre cela, avec Savini aux commandes, on s’attend toujours plus ou moins à un festival d’effets gores… Et bien on est servi ! Chacun des rêves du couple vire à la charpie, avant un final bien glauque à base d’attributs masculins dans un bocal et d’arrachage de paupières.. Mais surtout avec la vision en boucle du film du mariage ! Quelle horreur !

Le fameux monstre vagin !

Si les deux précédents segments restaient relativement doux et peu marquants, on entre ici dans le vif du sujet ! Et, encore une référence, c’est Debbie Rochon, Scream Queen parmi les plus connues du cinéma de genre, qui tient le rôle de la femme trompée et vengeresse, et qui se montre au sommet de son charme et donne à ses punchline tout son savoir faire : This is my dream, bitch !

Du reblochon ??? NON, DEBBIE ROCHON !

  • The accident, de Douglas Buck.

Le segment le plus surprenant n’est pas toujours celui que l’on attend. Ce ne sont pas toujours l’effroi ou le dégoût qui nous scotchent au fond de notre siège… Sans scène gore, sans élément fantastique ou surnaturel, The Accident se démarque de ses compagnons de route en proposant peut être le film le plus touchant de la sélection.

Et réussir cela quand on est situé en plein milieu. Sans passage sanglant, sans effets spéciaux, The Accident parle pourtant d’un sujet très propre au cinéma d’horreur : la perte de l’innocence. Plutôt que de s’axer sur une violence visuelle, le réalisateur aborde ici une violence psychologique pour un enfant, mais garde un traitement très épuré et simple. Témoins d’un accident de la route et de ses conséquences, une mère réconforte sa fille et abordent le sujet de la mort pour la première fois ensemble. Pudique et délicat, le dialogue entre mère et fille retranscrit parfaitement la tendresse qui lie les deux personnages, sans pour autant évacuer la tragédie de la scène à laquelle elles ont assistée.

Au milieu de métrages volontairement excessifs ou marqués par leur emprunte fantastique, Douglas Buck nous offre un élan de grâce. On s’attendait à une nouvelle douche de sang, on est touché par un moment de sincérité pure.

  • Vision stains, de Karim Hussain.

Pour Vision Stains, Karim Hussain a ouvert l’œil, et le bon !

On change à nouveau de registre avec Vision Stains, de Karim Hussain, dont le Subconscious Cruelty avait de quoi retourner les trippes lors du dernier étrange festival… Vision Stains où comment faire frémir et détourner le regard des plus rompus aux images gores ? Avec des seringues et des yeux bien sur !

Dans Vision Stains, une jeune femme tue des personnes pour récupérer leurs souvenirs à l’aide d’une seringue, et se les injecte dans les yeux. Voix off, questions quasi existentialiste… Pas de doute, on est bien chez Karim Hussain ! Le réalisateur canadien, également chef opérateur reconnu, livre ici un très bon segment où chaque piqure est à même de faire tourner de l’œil… Image, cadrage, ambiance, une réussite !

Mon précieux….

On note qu’outre ce segment, Karim Hussain a également été sollicité comme chef opérateur sur d’autres parties de ce Theatre Bizarre, Mother of Toads et The Accident, ce qui explique aussi les similitudes de styles ! Par ailleurs, le réalisateur de The Accident était lui-même monteur sur ce segment ainsi que sur Sweets et Wet Dreams.

Ça va finir mal, ça crève les yeux !

  • Sweets, de David Gregory.

Le segment Joël Robuchon du film ! Peut être le plus malsain de tous ? Quoi de mieux pour finir cette série ? Un couple adepte des jeux et plaisirs de la nourriture est en train de rompre. L’homme se lamente, pleurniche et mange, la femme semble détachée… Et si quelque chose d’autre se cachait sous cette relation ?

Dernier segment de The Theatre Bizarre, réalisé par celui qui est à l’origine du projet, Sweets termine de belle façon également le film. Univers soigné, tantôt acidulé, tantôt sale, la discussion de notre couple est entrecoupée des flashbacks de leur idylle marquée par les plaisirs de la chair alliés aux sucreries. Le segment se termine dans une orgie de nourriture qui tourne rapidement au gore et au malsain, et se permet même une petite relecture de la Cène !

La belle et le clochard, le remake !

Au final, l’ensemble du film tient debout, et ce qui frappe, c’est la grande homogénéité du tout : si chaque métrage aborde un registre différent et offre aux amateurs de genre plusieurs registres, chacun à bien sa propre identité, mais cela ne nuit pas pour autant à la cohérence et l’atmosphère de l’ensemble, qui se maintient d’un bout à l’autre du film.

Les ruptures de tons entre chaque métrage ne choquent pas, aidées en cela par les scénettes entractes dans le théâtre, qui elles dénotent volontairement mais contribuent à maintenir l’atmosphère irréelle de l’ensemble.

Certaines histoires vous arracheront le cœur !

Bien sur, certains courts métrages convaincront un peu moins que d’autres, ou peuvent laisser le spectateur sur sa faim, mais l’exercice du film à sketches est justement si contraignant (durée de films courte imposée, temps de tournage limité, entre autres) que les réalisateurs s’en tirent chacun dans l’ensemble avec brio. Tout du moins, on note que la qualité des segments augmente crescendo, les deux plus faibles étant proposés dès le début (Mother of Toads, I love you), après, c’est festival.

Il est au passage amusant de noter que la plupart des réalisateurs conçoivent l’horreur à l’aune de la vie de couple. Que ce soit un simple couple qui se retrouve embarqué dans une histoire lovecraftienne (The mother of toads), ou que l’horreur soit directement issue de la vie de ce couple (Wet dreams, I love you, Sweets). Faut-il y voir un message ?

Le DVD

Si dans l’ensemble The Theatre Bizarre est donc un exercice réussi, qu’en est-il de l’édition DVD proposée par Wild Side ?

Techniquement, l’édition est comme souvent chez eux, irréprochable. L’image et le son bénéficie d’un  rendu plus que correct, de très bonne qualité pour ce qui se fait en DVD. Le 16/9e s’adapte parfaitement au 4/3 pour ceux qui, comme moi, prennent encore un malin plaisir à garder leur vieille télé. L’essentiel est donc largement assuré.

De très bonne facture, la qualité de l’image rend parfaitement les intentions des réalisateurs.

Du côté des menus, le DVD nous met directement dans l’ambiance du film avec un menu inspiré du théâtre : des imprimés bordent le haute et le bas de l’écran, tandis qu’au milieu des extraits du film défilent. Les titres sont écrits dans un caractère gothique du plus bel effet, mais pas toujours lisible quand on est assez loin de l’écran.

Côté suppléments, sans être extraordinaire, l’essentiel est la : le commentaire audio permet à chaque équipe de s’exprimer sur son segment. Mais concernant des films à sketchs, l’exercice apparait un peu plus limité que sur un long métrage : compte tenu de la courte durée de chaque commentaire, et de la propension qu’un réalisateur a à partir en digressions sur certains sujets, on apprend certains détails de la production de chaque segment, mais on reste pour ainsi dire très « en surface » de tout ce qui pourrait être dit. Petite déception également : pas de commentaire audio pour le segment The Accident.

On se rattrape donc un peu du côté des 3 making-ofs proposés, puisque The Accident à le droit à une formule assez originale : plutôt que de faire un simple reportage, nous avons ici droit à une sorte de clip, sans commentaire, qui montre l’équipe au travail la réalisation de certains effets, et nous fait aussi comprendre à quel point travailler avec un cerf sur un plateau peut être compliqué. Une formule originale, filmée en noir et banc, qui retient l’attention.

En couleur cette fois-ci, le making-of de Vision Stains utilise le même procédé, et nous permet de voir comment les scènes d’injection dans les yeux ont été fabriquées. On assiste également à une discussion passionnée entre Karim Hussain et Douglas Buck, dont on meure d’envie de connaitre la teneur.

Enfin, le making-of de Mother of Toads reste lui sur un mode classique, en immersion avec l’équipe de tournage, qui témoigne, ou se laisse simplement filmer au travail. On y apprend ainsi plusieurs détails sur les découvertes incessantes de nouveaux objets et lieux de rites en cours de tournage, sur le fait que le réalisateur, Richard Stanley, a fait appel à un ami spécialiste de la magie pour l’accompagner durant le tournage afin que les forces du mal ne leur jouent pas un tour, ou que l’actrice sous le costume de la mère des crapauds était claustrophobe, ce qui explique que beaucoup étaient soucieux de ne pas la laisser seule entre deux prises de nuit. Un procédé classique qui se justifie donc par les détails impossible à saisir autrement.

Complété par une bande annonce, et des galeries photos, on ne peut toutefois s’empêcher de penser que les suppléments sont relativement incomplets : quid des autres making-ofs ? Celui de Sweets ou de Wet Dreams auraient pu être particulièrement intéressants. On aurait également aimé en savoir plus sur les origines du projet, le déroulement de l’ensemble, etc.

The Theatre bizarre bénéficie donc d’un édition de très bonne facture technique, qui pêche simplement par le caractère vite limité de ses suppléments. Faute de place sur le disque ? De l’audience limité du film ? Si la qualité est donc à la hauteur de la réputation de l’éditeur, cela reste donc une édition DVD classique.

Caractéristiques DVD

Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3

Format son : Anglais DTS 5.1 & Dolby digital 2.0, Français Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Français

Durée : 1h48

Caractéristiques Blu-ray

Format image : 2.40 / Résolution film : 1080 24p

Format son : Anglais et Français DTS master audio 5.1

Sous-titres : Français

Durée : 1h53

Liste des suppléments :

  • Commentaire audio de l’équipe du film (sous-titré fr)
  • Making ofs : Vision Stains, The Accident, Mother of Toads
  • Galerie photo
  • Bande annonce
  • Copie numérique du film à télécharger
  • 2 affiches inédites

+ sur le Blu-ray uniquement :

  • Entretien avec Fabrice Lambot (producteur) et Douglas Buck (réalisateur de The Accident) à Cannes 2011 (10 minutes).
  • Entretiens : D. Gregory, R. Stanley, V.Maurette (actrice dans Mother f Toads), B. Giovinazzo, D. Buck, F. Lambot (3 à 5 minutres chacun).

The Theatre Bizarre, réalisé par Richard Stanley, Buddy Giovinazzo, Douglas Buck, Tom Savini, Karim Hussain, David Gregory, et Jeremy Kasten. Disponible en DVD (19,99 euros) et Blu Ray (24,99 euros).

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