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Tourner un remake de Maniac, le grand classique de William Lustig, 32 ans après sa sortie, avec Elijah Wood dans le rôle principal du psychopathe scalpeur de jeunes femmes, le tout en caméra subjective, c’est le pari, plutôt risqué, dans lequel se sont lancés Franck Khalfoun, Alexandre Aja et Thomas Langmann. L’équipe de GentleGeek a assisté à l’avant-première du film, en présence d’Alexandre Aja, Nora Arnezeder et Rob, du groupe Phoenix.

Qui dit remake dit forcément – et malheureusement – comparaison. C’est donc un pari audacieux qu’ont décidé de relever Alexandre Aja (le réalisateur de Haute Tension (2003) et du remake de La Colline a des Yeux (2006)) et Thomas Langmann (oui, on parle bien du producteur d’Astérix et de The Artist) en se lançant dans le remake de Maniac, de William Lustig (1980). Maniac, c’est ce film glauque et poisseux, mettant en scène Joe Spinell dans le rôle de Frank Zito, gros dégueulasse au complexe d’Oedipe pas réglé, qui a pour hobby de scalper des jeunes femmes dans les ruelles sombres de New York pour ensuite accrocher leurs cheveux sur des mannequins dans sa chambre, un film devenu culte pour les amateurs du genre…

A la réalisation de ce remake, Franck Khalfoun, le réalisateur de 2ème sous-sol (2007), et une idée forte pour se démarquer de l’original : l’utilisation de la caméra subjective, pour entrer dans l’esprit malade de Frank Zito, incarné ici par le hobbitesque Elijah Wood, dans un rôle à contre-emploi.

Un début prometteur

Alors que le Maniac original de Lustig n’utilisait la caméra subjective que dans la scène d’ouverture, Franck Khalfoun l’utilise quant à lui pendant tout son film. Le trailer non censuré du film était plutôt alléchant, et la scène d’ouverture fonctionne parfaitement avec ce procédé. On suit Zito, ou plutôt, on est Zito, (dont on ne voit que les yeux dans le reflet du rétroviseur de sa camionnette) qui traque sa victime dans les ruelles glauques du downtown Los Angeles, et la suit jusque dans son immeuble pour une première scène de meurtre assez spectaculaire, qui fait naître de grands espoirs chez le spectateur quant à la suite du film.

L’effet reste efficace tout au long du film pour les scènes de traque et de meurtre, décuplant l’impact de la violence en supprimant toute possibilité de distanciation. Maniac nous livre du gros gore sans concession ni échappatoire. Mais pourtant, cette caméra subjective, censée être l’idée forte du projet, connaît assez vite ses limites et fait finalement basculer le film dans les pièges de ce procédé, forçant la mise en scène à utiliser de grosses ficelles pour nous faire apparaître Frank Zito (on a jamais vu autant de miroirs et de reflets dans un film…). Les effets de caméra deviennent vite fatiguants, ça tremble, ça tangue, et on finit par subir la même migraine que celle dont souffre Zito.

Mais surtout, cette caméra subjective nous prive du talent d’Elijah Wood, dont il ne reste que la petite voix maladive (on a peur pour le doublage français!), le souffle rauque, les mains abîmées… sauf pour quelques plans en caméra objective habilement utilisés pour illustrer sa schizophrénie, comme si le personnage était spectateur de lui-même.

Jolie déco, Frank…

 

Tiré par les cheveux…

Les traumatismes d’enfance et l’explication œdipienne des crimes de Zito sont ici encore plus poussives que dans l’original avec des flashbacks assez inutiles, mettant en scène une mère lubrique et relevant de la psychologie de comptoir, qui viennent transformer Frank Zito en petit Norman Bates pleurnichard.

De plus le physique d’Elijah Wood ne correspond pas du tout à l’aspect de sale type qu’incarnait à la perfection Joe Spinell (c’est tout juste si on n’a pas besoin de prendre une douche après le visionnage du film original). Le regard bleu translucide et le visage d’enfant de Wood rendent cependant plus crédible sa relation naissante avec Anna (Nora Arnezeder, assez juste dans son rôle de photographe Frenchy) mais éloignent le film de la dimension dérangeante et malsaine de l’original pour aller vers une version beaucoup plus propre et lisse. Zito passe ainsi de tueur inquiétant au début du film à petite marionnette malade, sur lequel il aurait fallu braquer la caméra pour que le spectateur puisse ressentir l’empathie voulue par l’équipe du film.

Joe Spinell, Elijah Wood : deux salles, deux ambiances…

 

Se démarquer de l’original

Tout n’est pourtant pas à jeter dans ce remake, loin de là. Maniac a au moins l’intelligence de ne pas recréer toutes les scènes cultes du film de Lustig, comme la partie de cache-cache dans les toilettes ou l’explosion de tête de Tom Savini (responsable des effets spéciaux sur le film de 1980) dans la voiture. Quelques scènes assez intenses se détachent dans ce remake, comme celle d’ouverture ou cet impressionnant plan-séquence qui se termine par un scalp plein cadre avec la caméra quittant sa position subjective pour illustrer la schizophrénie du personnage, ou encore un final assez jouissif, mais qui arrive un peu tard, après la séquence quelque peu superflue de l’accident de voiture.

La bande-son composée par Rob du groupe Phoenix sert bien le film, tantôt avec des rythmes électro qui rappelleront ceux de Drive, ou avec des sons plus kitsch, jusqu’à Goodbye Horses, de Q Lazzarus, clin d’oeil au Silence des Agneaux. Autre clin d’oeil, au film original celui-ci, le reflet de Zito tenant le scalp d’une de ses victimes dans une main et son couteau dans l’autre, qui recrée l’affiche du film de Lustig.

Avoir fait de Zito un restaurateur de mannequins donne par ailleurs un peu plus de background au personnage, et surtout, fournit l’occasion pour de belles images dans sa boutique et son atelier, loin de l’aspect bien craspec de l’original et de la lumière crue de la chambre de Zito, mais cela tient bien la logique de contre-pied prise par l’équipe.

Ca doit faire mal…

 

Ce Maniac là ne cherche pas à jouer sur le même tableau que l’original. Khalfoun et Aja multiplient les idées et les prises de risques pour s’en démarquer. Ce Maniac 2.0 témoigne de la difficulté de l’exercice ingrat du remake de films déclarés cultes, et est peut-être, tout simplement, un bon film gore, si on ne le regarde pas en faisant une constante comparaison du Maniac de Lustig.

Maniac sort en salles le 2 janvier 2013.

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L'auteur

POUET

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