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Abracadabra ! Inconnu encore il y a quelques années dans notre terre du milieu cinématographique, Ben Wheatley faisait une entrée fracassante dans le cercle des réalisateurs à suivre avec un Kill List projeté dans de nombreux festivals et sorti en salle au mois de juillet dernier. Disponible depuis le 5 décembre dernier en DVD, on ne pouvait passer à coté plus longtemps. Abracadabra !

Une nuit sombre, des tueurs à gages, cachés dans les buissons, attendant leur cible. Par sécurité, nous les appellerons Jean-Charles et Childéric. Leur mission ? Ils sont chargés d’exécuter une série de noms figurant sur la fameuse « Kill List » : un prêtre, des raviolis, du PQ, des compotes… MAIS QUEL EST LE CON QUI M’A REFILE SA LISTE DE COURSES ??? Heureusement, en réalisant Kill List, Ben Wheatley, lui, ne s’est pas trompé…

Kill list : un cauchemar à l’anglaise.

Deuxième film de Ben Wheatley après le sympathique Down Terrace aux moyens limités, Kill List passait à la vitesse supérieure grâce à une histoire dense, loin de se livrer au premier coup d’œil pour s’offrir petit à petit au spectateur teigneux qui voudra bien faire l’effort de s’y consacrer.

Car au premier abord, Kill List déroute… Dans sa fin notamment, dont la première vision laisse l’impression d’un film en suspens, que l’on aurait oublié de terminer. Grave erreur. Dès les premières minutes de film, Ben Wheatley parvient à caler son ambiance et instaurer une tension qui ne cessera d’être présente durant tout le film.

Laissé KO par un travail ayant mal tourné à Kiev, Jay, ancien soldat devenu tueur à gages, n’a plus travaillé depuis 8 mois. Les difficultés financières, mais aussi familiales, devenant trop lourdes, il finit par accepter un nouveau travail en compagnie de son binôme de toujours, Gal. Le job semble simple : trois petits noms, trois petites personnes à éliminer. Mais les événements prennent rapidement une autre tournure et Jay laisse peu à peu ses démons reprendre le dessus.

Jay finira-t-il par voir le bout du tunnel ?

Kill List est de ces films dont on ne sait jamais où ils vont nous emmener. Débutant comme un drame, faisant référence aux difficultés rencontrées par les familles, le film évolue peu à peu pour basculer dans le domaine de l’horreur, sans qu’à aucun moment le réalisateur ne perde de vue ses enjeux où ne rompe avec la cohérence de l’ensemble.

Car de la longue première partie du film, exclusivement centré sur Jay, sa famille, et leurs tracas, découle l’instauration d’une ambiance lourde, d’une tension insidieuse, qui explosera à intervalles réguliers, et pour la première lors d’un repas entre amis. Cette première partie n’en demeure pas moins d’une efficacité redoutable : les enjeux sont clairs, posés, les personnages caractérisés sans être caricaturaux, la tension est palpable.

Petit à petit, des détails viennent annoncer une autre route à prendre pour un plan qui paraissait trop simple. Dès le repas, pour commencer, avec le passage d’une invitée dans la salle de bain. Puis au cours de la seconde partie du film, centrée sur l’exécution par Jay et Gal de leur mission, et la très étrange réaction des cibles qui font l’objet d’un contrat ou la rencontre avec leur « employeur »… L’ensemble du film prend peu à peu une dimension horrifique, jusqu’à un dernier quart d’heure où le tensiomètre et l’étrangeté atteignent leur sommet jusqu’à livrer une conclusion qui laissera d’abord quoi…

Jay et Gal ont un secret : en plus d’être tueurs à gages, ils aiment se promener tout nus dans les bois !

En effet, préférant ne pas donner par des lignes de dialogues les clés de son histoire, tous les indices permettant de structurer un sens plus abouti de Kill List sont disséminés au cours du métrage, sans être non plus inaccessible. Un film où le discours très prononcé sur la religion, la « chronique sociale », le questionnement de la violence intrinsèque et de la nature humaine se mêlent derrière une sombre histoire qui a aucun moment ne devient confuse. Ainsi, de nombreuses scènes se répondent, ironiquement, parfois cruellement entre une scène de jeu en famille et le final, où entre une phrase utilisée anodinement mais reprise dans deux contextes différents… Autant de pièces qui font de Kill List un film plus dense et profond, allant au dela de sa simple histoire de tueur à gage pris dans le jeu d’un… (vous n’alliez tout de même pas croire qu’on tout allait spoiler ? :p)

Au contraire, ce qui frappe dans Kill List, c’est l’impact fort qu’il produit à la première vision, laissant le spectateur à ses questions. Un impact d’autant mieux servis par le travail de montage du film, sans oublier l’impeccable prestation des acteurs, notamment le binôme central. Ainsi, bien que se révélant rapidement être des tueurs à gage, l’humanité des deux personnages incarnés par Neil Maskell et Michael Smiley (toujours souriant) est criante, et l’empathie à leur égard fonctionne au mieux, y compris lors des pétages de plomb de l’un d’eux : effrayant, il n’en reste pas moins étrangement familiers…

Pour ce deuxième long métrage, Ben Wheatley réalise donc un bien joli coup qui n’a pas manqué d’être salué à raison en festival. Un très bon film, efficace malgré des moyens limités grâce à un montage astucieux, et un nom qui déjà parmi les fans de genre commence à avoir son écho et ses fans.

Le DVD

Nous avons parlé du film, intéressons nous maintenant au reste du DVD édité par WildSide. Passé un menu sobre et élégant (mais contenant un spoil), lisible et permettant d’aller directement à l’essentiel, la galette propose les traditionnelles VF, VO, et VO avec sous-titre français.

Menu 1 : écran d’accueil.

Menu 2 : le chapitrage

Menu 3 : les bonus.

Deux suppléments sont à se mettre sous la dent. Le premier est un making of exclusif à l’édition française, basé sur le même modèle que ceux proposés sur le DVD de The Theatre Bizarre. A savoir donc : un « making-of musical« , où sur une ambiance de fond, on suite quelques passages de la réalisation du film, du maquillage, etc. Un making of light qui montre qu’avec une seule caméra et un montage bien senti, Ben Wheatley parvient avec juste une caméra et un budget restreint à être plus efficace que certains avec plusieurs millions et 4 objectifs.

Le making-of de Kill List : « pour ce rôle, je me suis donné à sang pour sang ! »

Second bonus, une série d’entretiens avec le réalisateur d’abord, les producteurs ensuite, suivi de deux des acteurs qui permettront d’en apprendre un peu sur la façon dont le film a été conçu, le recrutement des acteurs, etc. Une série d’entretiens dans la norme de ce qui se fait habituellement, ni mauvais, ni supérieurs à ce qui se fait couramment.

Bien sur, la traditionnelle bande annonce est également présente. Communs au DVD et au Blu Ray, les bonus n’apporteront donc que quelques informations sur la teneur du film, le lancement du projet, compte tenu de l’audience encore limitée du film et du cinéaste.

Après ce film noir, mélange de drame social, de thriller et de film d’horreur, Ben Wheatley enchainera avec Touristes, une comédie loufoque et sanglante dont nous vous parlerons bientôt. Un style qui n’est pas parfois sans rappeler un certain Alex de la Iglesia, toute proportion gardée, que nous aurions ici en version anglaise. Toujours est-il qu’avec Kill List, Ben Wheatley s’impose clairement comme un réalisateur à suivre de près que cette sortie DVD permettrait de faire découvrir à un public plus large.

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L'auteur

Consequences will never be the same !

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  1. Pingback: Une date de sortie unique pour ‘A Field in England’ 16 Mai, 2013

    […] aime surprendre ! Sorti d’on ne sait où, le cinéaste a réussi en deux films chocs (Kill List et Touristes) à s’imposer comme un réalisateur à suivre et a se faire une réputation […]

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