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Fringe S05 title

Le 18 janvier dernier, Fringe tirait sa révérence, après cinq saisons et presque autant de sursis. Ne comportant que 13 épisodes, cette  ultime saison était l’occasion pour les créateurs de terminer en beauté, en clôturant toutes les intrigues et en livrant toutes les explications.

Cette cinquième saison continue là où l’épisode 19 de la saison 4 nous avait laissés : dans un futur pas très glamour, rempli de chauves chapeautés et pas hyper chaleureux. Notre vaillant quatuor (oui, Astrid est une héroïne aussi) devra donc, une fois de plus, sauver le monde.

Décider de projeter l’action une vingtaine d’années dans le futur pose un certain nombre de questions : que s’est-il passé pendant ces vingt ans ? Que veulent les Observateurs ? Pourquoi décider d’envahir à cette date précise ? Qu’a fait la fille d’Olivia et Peter pendant tout ce temps ? D’autant que les premiers épisodes soulignent ces blancs, puisqu’on apprend très vite, à grands renforts de plans insistants et de dialogues tendus, qu’il s’est passé des choses entre l’arrivée des premiers envahisseurs et le moment où Walter a décidé de piéger tout le monde dans l’ambre.
On pouvait donc s’attendre à une narration à la Lost (très en vogue en ce moment. Tout comme les enfants ayant presque l’âge de leurs parents…), mais il n’en est rien : l’intégralité de la saison se situe en 2036. Et le problème, c’est qu’en 2036, il ne se passe pas grand chose d’original. Ni grand chose tout court, d’ailleurs.

Garantie sans conservateurs, ni additifs de synthèse

Garantie sans conservateurs, ni additifs de synthèse

Ce futur un peu glauque réunit en effet tous les poncifs du genre, à peu près : des envahisseurs méchants et vaguement cruels,  des résistants vaillants posant quand même au passage la question du « jusqu’où peut-on aller pour détruire l’oppresseur ? », à grands coups d’oeillades larmoyantes (heureusement qu’Anna Torv a l’oeillade sexy), des Loyalistes dont tout le monde se fiche, étant entendu que du moment qu’on couche avec l’ennemi, on est plus vraiment un être humain. Bref, niveau décor, Fringe nous avait habitués à bien mieux, ou du moins, à bien « différent ». Car l’un des défauts majeur de cette saison, c’est bien de ne pas surprendre le spectateur, là où les saisons précédentes prenaient souvent le contre-pied de ce à quoi on s’attendait.

Et dans ce contexte tout à fait attendu, les scénaristes n’ont, de surcroît, pas l’air de s’être mis d’accord sur la direction à prendre. Du coup, ça part un peu dans tous les sens, avec des épisodes qui s’attachent sur des points complètement inutiles, soit parce qu’ils n’apportent absolument rien dans le cadre d’une saison finale, soit parce qu’ils sont traités de façon si superficielle que l’intérêt qu’ils auraient pu avoir disparaît trop vite.

En revanche, les scénaristes se sont bien mis d’accord sur certains thèmes : la culpabilité de Walter (de l’inédit dans Fringe !), les relations père-fils (c’est vrai que la relation Walter-Peter n’a pas déjà DU TOUT été traitée dans tous les sens), la mémoire défaillante de Bishop senior, jusqu’où aller pour sauver sa progéniture… On perd un temps fou sur les Bishop, à resucer du déjà fait (en plus du temps qu’on perd sur déjà sur certains épisodes), et ça dessert TOUS les personnages : Peter et Walter, parce qu’ils donnent l’impression de tourner en rond, et Olivia, parce que du coup, la pauvre biche ne sert à rien pendant une grosse partie de la saison. Bon. « Ne sert à rien », on s’enflamme peut-être un peu, mais elle n’est que l’ombre d’elle-même, sorte de faire valoir aux Bishop. Après avoir été maltraitée dans l’histoire (souvenez-vous : un beau-père violent, des savants qui expérimentent sur elle, un fiancé qu’il faut éliminer, puis un double qui prend sa place jusque dans le lit de Peter, et enfin, DEUX timelines différentes dans la tête), Olivia se retrouve maltraitée PAR l’histoire, et ça, c’est… C’est nul. Cela dit Olivia n’est pas le seul personnage maltraité par l’histoire cette saison, d’autres, pourtant partie intégrante de l’univers depuis la première heure, sont réduits à l’état de simples dei ex machina.

Cette réutilisation ad nauseam de thèmes déjà traités rejaillit partout dans la saison, et, ajoutée aux détours incompréhensibles que prend l’histoire, le charme n’opère plus : plus, ou presque, de Walter drôle car complètement décalé, plus d’Olivia badass, et Peter a juste le temps d’être un parfait boulet. Cela donne des scènes complètement ridicules, ruinant la crédibilité des personnages, c’est fameux.

 

Les femmes de ménage, c'est plus ce que c'était ma bonne dame !

Les femmes de ménage, c’est plus ce que c’était ma bonne dame !

A-t-on au moins les réponses à nos questions ? Oui et non. Certaines réponses sont données, de façon plus ou moins délicates, mais posent au passage d’autres questions (les gens qui se baladent dans le temps, fatalement, ça finit par devenir paradoxal, surtout si on ne nous explique rien), ou effleurent des thèmes et des pans de l’univers qu’il aurait été intéressant d’approfondir, comme le passé de September et ses potes aux prénoms mensuels, comme les évènements qui ont pris place entre l’arrivée des premiers Observateurs en 2015 et l’utilisation de l’ambre par Walter, comme l’histoire des Observateurs qui n’est au final que survolée, les infos étant balancées entre la poire et le fromage.

Enfin, la série s’achève sur un double épisode qui semble vouloir rattraper le temps perdu à amorcer des intrigues non suivies au final : il se passe  beaucoup de choses, trop pour que le spectateur s’investisse réellement, avec un déluge de rebondissements vaguement parachutés, du pathos et du fan service. Le tout pour une fin qui ne tient pas vraiment la route, du moins avec les éléments fournis par la série.

Qu'on se rassure, Walter fera encore quelques trucs crades

Qu’on se rassure, Walter fera encore quelques trucs crades

Il reste quelques épisodes plutôt réussis et qui réunissent les ingrédients qui ont fait le charme de Fringe, comme les épisodes 6 et 9, les acteurs, toujours aussi justes, et quelques walterismes, mais c’est à peu près tout ce qu’on peut saluer dans cette saison, les bonnes idées n’étant jamais suivies : on a vaguement l’impression que les créateurs avaient plein de choses à dire en peu de temps, mais au lieu de choisir quelques trames et de s’y tenir, ils ont essayé de toute faire. Et au final, ça ne prend pas.

Il est difficile de terminer une série, surtout une série comme Fringe qui, à défaut d’avoir un vaste public, a un public investi. Fringe a eu la chance d’avoir 13 épisodes pour se conclure, et l’a gâchée, de façon incompréhensible : quand vous n’avez que 13 épisodes, pourquoi perdre du temps sur des intrigues qui n’ont pas leur place dans un final, alors que tant d’autres auraient eu besoin de ce temps ? Pourquoi amorcer des arcs sur deux, trois épisodes, pour ensuite les clore sans aucune crédibilité, en leur ôtant donc tout intérêt ?
Bref. Cette ultime saison ne remplit pas ses promesses, et sera sans doute une déception pour de nombreux spectateurs.

Images via Fringe

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L'auteur

Fille de Mary Poppins et Xena la Guerrière, aime se promener dans les bois pluvieux. Avec une console. Ou un comics. Avant que les cylons n'arrivent...

1 avis

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  1. Layjin le 7 février 2013
    J'avoue que la saison 5 ma laissé sur ma faim et l'intrigue n'était quasiment plus présent... Serait-ce les rebondissements orchestré à la perfection de Fringe qui nous ont habitué à réfléchir de façon tordue ? Je ne sais pas, mais je suis resté sur ma faim... Bien sûr quelque rebondissement était là (Donald...) mais sans plus, une bonne fin jouant sur les adieu et les sentiments. La saison 5 de Fringe s'est laissé regardée comme un doux adieu à 5 saisons aussi passionnante les unes que les autres qui resteront gravé jusqu'à ma fin comme l'une des série les mieux réussi du monde avec des jeux d'acteurs digne de prix nobel (ou Noble...) , d'ailleurs John Noble est maintenant ma référence en terme d'acteur tant il a brillé par la différence de ses comportements entre Walterego et le vrai Walter. Adieu Fringe, chapeau bas à l'équipe entière. PS : désolé pour les fautes.

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