[Reportage] Tromadance : 3 séances avec Lloyd Kaufman
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Après avoir enthousiasmé les occupants du Nouveau Latina avec une masterclass truculente, le Festival Tromadance n’était pas encore prêt de rendre les armes. Lloyd Kaufman et Panic! Cinéma ont décidé de gâter les spectateurs avec 3 films Tromagiques : deux inédits, et un grand classique ! Autant le dire, la salle en est ressortie Tromatisée. Retour sur une journée pleine de PROUT !

A peine le temps de se remettre de la Masterclass du plus fou de tous les réalisateurs, voila que Lloyd Kaufman, toujours en forme, lançait le programme des projections. Toujours accompagné par Toxie et les Tromettes, c’est avec cette passion toujours perceptible dans la voix , même après 40 ans de carrière, que le réalisateur a présenté son nouveau bébé : Return to Nuke’Em High, en première française !

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Return to Nuke’Em High : The Girl with the Giant Penis

img_returnSorte de reboot/remake de Class of Nuke’Em High, projet sollicité par les fans de Troma eux-même, Return to Nuke’Em High lançait donc le programme des projections. Premier volet d’un dyptique, sur le même mode que Kill Bill, Return to Nuke’Em High reprend donc le même univers qu’Atomic College, à quelques détails près : exit la centrale nucléaire, démolie puis remplacée par une usine de nourriture. Exit Chrissy et Warren, le couple hétéro du premier opus, voici Chrissy et Lauren, couple lesbien qui aurait du voler la vedette à la Palme d’Or cannoise !

Agauche, l'affiche cannoise, à droite, la version Return to Nuke'Em High. Faites votre choix !

A gauche, l’affiche cannoise, à droite, la version Return to Nuke’Em High. Faites votre choix !

Dès les premières secondes du film, le constat s’impose : Kaufman et Troma tiennent toujours la forme ! Charge contre la malbouffe, spoof de shows télé américain, chasse au blogueur contestataire, portraits d’adolescents qui se cherchent, humour débridé, Kaufman livre dans ce nouvel opus une caricature au vitriol de la société, sans jamais perdre de vue l’humour et l’exagération chers aux productions Troma.

Kaufman n’a pas perdu la main depuis PoultrygeistCar quand Tromorganic empoisonne tout le lycée avec ses tacos radioactifs distribués dans les cantines, les conséquences ne se font pas attendre : le génie du lycée explose sur place, et pire : la chorale de l’école, plutôt du genre désaccordée, se transforme en un gang de loubards redoutables qui chante juste ! Face à ce phénomène, Chrissy, la petite nouvelle, et Lauren, la blogueuse, vont s’imposer comme l’un des seuls recours possibles…

Caractérisation outrancière des personnages, jeu exagéré et volontairement poussif des acteurs, bruitages divers, humour potache omniprésent, effets spéciaux trash, le tout enrobé dans une réalisation et un montage clair et fluide : Kaufman n’a pas perdu la main depuis Poultrygeist.  On a vu des budgets supérieurs parfois moins bien faits. Toute la première partie du film plante ainsi le décors avec efficacité et panache, jusqu’à ce que les Craignos viennent mettre leur grain de sel. Mais dites-moi, les craignos, ils ne vous rappellent pas quelque chose ?

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Hum, pardon…

De nombreuses scènes du film sont agrémentées de bruitages de petsUne fois les Craignos entrés en scène, les délires comme seul Troma sait en faire se s’intensifient, avec notamment une séquence avec un canard nommé Kevin qui risque bien de rester en travers de la gorge de notre héroïne. En tout cas, les provocations des Craignos (The Cretins en VO), ne manquent pas de WTF ! Le sommet restant une transformation de pénis qui ferait passer le facehugger d’Alien pour un chaton inoffensif ! Et comme dans beaucoup de productions Troma, de nombreuses scènes du film sont agrémentées de bruitages de pets dès que l’estomac d’un personnage le travaille un peu trop, ou qu’une explosion se produit… Dans la salle, les éclats de rire se multiplient, et c’est avec un regret non dissimulé qu’est accueilli le « To be continued » qui viendra malheureusement mettre un terme au film. La suite au prochain épisode donc.

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Le tournage de la seconde partie serait à présent terminé, et on devrait voir débarquer le volume 2 en 2014. Lloyd Kaufman a d’ailleurs annoncé avoir tourné l’une des scènes lors de sa présence à Cannes – un tournage à l’arrache et sans autorisation, of course – on piaffe déjà d’impatience de connaître la suite des aventures de notre couple mutant : Kevin le canard jouera-t-il un rôle-clé dans le dénouement ? On a hâte !

Tromeo & Juliet : Shakespeare un coup, ça ira mieux !

Un vrai échange entre l’équipe et leurs fans se ressentPassé cette première folie, direction le stand de goodies pour Lloyd afin de dédicacer livres, DVD, Blu-ray, et… à vrai dire tout ce qu’on lui donnait à dédicacer (un manche à balais et une batte de baseball portent désormais sa griffe). De son côté, madame Kaufman discute avec les fans venus acheter des goodies, leur offre des pin’s, plaisante. Bref, un peu de merchandising, mais aussi tellement plus ! Un vrai échange entre l’équipe et leurs fans se ressent : loin de faire des signatures à la chaîne, Lloyd Kaufman prendra toujours le temps d’échanger un mot avec le public et signera pour chacun une dédicace différente, jamais préparée en avance. Et qu’on se le dise, même ceux faisant signer plusieurs objets ont eu un message différent sur chacun d’entre eux !

Mais très vite, les choses sérieuses reprennent pour une nouvelle projection estampillée Troma. Et pas des moindres, puisque le film n’était autre que l’un des meilleurs réalisés par le papa de Toxie : Tromeo & Juliet !

img_tromeoPour l’introduction du film, Panic! Cinéma avait concocté une petite surprise pour Lloyd et le public, puisque James Gunn, réalisateur de Super et scénariste de Tromeo, a adressé un message vidéo depuis le tournage de Guardians of the Galaxy, évoquant avec dérision son expérience de travail avec Lloyd Kaufman. Une vidéo réponse sera élaborée depuis la salle, « en français pour que tu ne puisses pas comprendre » (Lloyd Kaufman) et mettant à contribution les spectateurs ! Le public apprendra d’ailleurs de la bouche de Kaufman que James Gunn a dû réécrire son scénario plusieurs fois car le réalisateur lui-même trouvait qu’il y avait trop d’urine dans le film !

On se demande alors ce à quoi devait ressembler Tromeo & Juliet d’origine, car la version tournée s’est immédiatement imposée comme l’un des films les plus cultes et irrévérencieux de la firme ! Avec le génial Lemmy Kilmister, frontman de Motörhead, en narrateur de l’histoire, Tromeo & Juliet se veut résolument trash et politiquement incorrect. En deux mots : un régal !

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une conclusion en forme de happy-end amoral et outrageusement funRéinterpréter Shakespeare de la sorte, il fallait bien s’appeler Troma pour oser ! Car ces Que et ces Capulets là ne font pas dans la dentelle. Quand Troméo tombe amoureux de Juliet, il ignore ainsi qu’il s’apprête à attiser encore plus les tensions déjà vive entre sa famille les Capulet, en guerre ouverte depuis que Tyronne Capulet a volé la société de films pornographiques de Monty Que. Et entre les scènes de romantisme de supermarché (« Tiens, du pâté« ) ponctuées – là encore – de bruits de pets, les bastons qui dégénèrent en décapitation et autres démembrements, les vannes douteuses et autres situations glauques (les délires possessifs du père sur la sexualité de sa fille, le pop corn, le fantasme du prêtre, etc.), Kaufman et Gunn se sont lâchés ! C’est assurément l’un des meilleurs Troma que le public ait pu voir sur grand écran ! Détournant ainsi le célèbre affrontement des deux familles dans le Manhattan de la fin du 20e siècle, le film ose même une conclusion en forme de happy-end amoral et outrageusement fun !

Un vrai film pop-corn !

Un vrai film pop-corn !

 

Father’s day : le film qui troue l’cul !

Après cette cascade de rires gras et d’outrance assumée, nouveau détour par le stand de goodies pour Lloyd Kaufman, qui continue de prendre le temps de discuter avec tout le monde. Obligé de reprendre plus rapidement le chemin de la salle pour ne pas créer trop de retard, Lloyd Kaufman, prendra toutefois la peine d’effectuer les dernières signatures sur le chemin, avant de rejoindre une dernière fois le public de Panic! Cinéma dans la salle, pour une dernière apparition en compagnie de Toxie et des Tromettes.

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Father’s day est la seule bobine de la soirée à être réalisée non pas par Lloyd Kaufman, mais par Astron-6, une société de production déjà responsable de Manborg. Si le titre de cette production Troma fait fortement écho au Mother’s day produit par la firme il y a plusieurs années, les ressemblances s’arrêtent ici. L’ambiance, cette fois, se veut plus poisseuse et sombre pour cette histoire de violeur de papa. Sur un ton et une image qui ne sont pas sans rappeler le dyptique Grindhouse de Tarantino et Rodriguez (image vieillie numériquement, craquelée), Father’s day relate la quête de deux hommes, Ahab et Twink, décidés à venger la mort et le viol de leurs pères respectifs par un serial killer sodomite sévissant pendant la Fête des Pères : le Fuchman ! Aidé par un jeune prêtre, c’est une véritable descente aux enfers qui les attend…

On vous laisse imaginer la suite...

On vous laisse imaginer la suite…

le film se veut beaucoup plus glauque que ses prédécesseurs et moins bon enfantReprenant les grands traits de l’état d’esprit Troma (personnages mis à l’écart par la société, situations improbables, WTF scénaristique), le film se veut beaucoup plus glauque que ses prédécesseurs et moins bon enfant et pitre dans l’esprit. Cela ne l’empêche pas pour autant de distiller quelques touches nawak, comme la passion du héros solitaire et torturé, Ahab, pour le sirop d’érable qui reviendra à plusieurs reprises dans le film. D’un gore bien plus cradingue que drôle, Father’s Day se concentre donc sur la traque du tueur par nos compères, avant de partir totalement en roue libre dans sa seconde partie ! Car ceux qui pensaient assister à un simple revenge movie façon Grindhouse auront été surpris de la tournure totalement improbable qu’il prendra, avec, c’est le cas de le dire, un final d’enfer !

Dans ce film, Lloyd Kaufman effectue un caméo nawak dont lui seul à le secret !

Dans ce film, Lloyd Kaufman effectue un caméo nawak dont lui seul à le secret !

Un peu plus long à suivre que les deux premiers films, l’ambiance plus lourde et moins fun y étant aussi pour beaucoup, Father’s Day permettait néanmoins de terminer la soirée comme elle avait commencé : en mode nawak, et avec une projection quasi-inédite : le film est en effet sorti directement en DVD en mai dernier, mais il s’agissait la d’une des rares projections sur grand écran.

Une journée dans la peau de Toxie
Les spectateurs l’auront certainement remarqué (subi ? :D), tout au long de la journée, Toxie et les Tromettes accompagnaient Lloyd Kaufman pour ses interventions, et venaient embêter les spectateurs entre deux projos. Et si nous vous disions que deux des membres de GentleGeek s’étaient glissé dans la peau de Toxie ce jour là, ça vous fait quel effet ?

AH C’ETAIT VOUS, BANDE DE GROS LOURDS !

Oui bon, ok, mais à part ça ? C’est que l’équipe a pris des risques pour jouer ce rôle en allant acheter une serpillière et un tutu rose ! Pour commencer, c’est donc El Nioco qui enfila le premier le costume, accompagné pour l’occasion d’une Tromette. Le binôme est ainsi allé saluer à sa façon les spectateurs à l’extérieur du cinéma, avant de venir les embêter à nouveau dans la salle à l’aide de grognements, de serpillière et de batte de baseball. Passé la masterclass, Audrey prendra le relais pour incarner, d’après les mots même de Mme Kaufman, la première Toxie féminine ! Honneur qui sera d’ailleurs salué par Lloyd Kaufman lors d’une présentation. En compagnie de deux nouvelles Tromettes, Toxie aura de nouveau grogné sur les spectateurs du Nouveau Latina aux portes des séances et prodigué des soins capillaires à coup de serpillère. Un grand merci à Panic! Cinéma et Lloyd Kaufman pour nous avoir permis de nous glisser dans la peau de notre héros préféré ! Et aussi, un grand grand merci aux Tromettes pour avoir joué le jeu à nos côtés ! Cette expérience qui aura certainement marqué les deux rédacteurs à vie. On raconte d’ailleurs qu’El Nioco refuse d’enlever son tutu rose depuis ce jour…

Il est minuit passé quand le Festival Tromadance prend fin, et le bilan est sans appel : entre une Masterclass passionante, et des films complètement nawak, la soirée fut simplement Tromagique ! Difficile de retomber sur terre à la sortie de salle (en tout cas, nous, on a encore des étoiles plein les yeux). Une fois de plus, la fine équipe de Panic! Cinéma s’est démenée avec brio pour offrir à ses spectateurs une soirée folle, en compagnie de l’un des réalisateurs les plus sincères et les plus adorables qu’il nous ait été donné de voir, témoignant d’un profond respect pour ses fans. Pour une première Tromadance, l’événement fut donc à la hauteur, et on espère fortement une seconde édition (encore plus folle ?). Merci Monsieur Kaufman, et à l’année prochaine ? :D

Copyright photo de couverture : KORBO pour Panic! Cinéma.

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