[Reportage] Etrange Festival 2013 #12 : dimanche 15 septmbre
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Pour ce dernier jour à l’Etrange Festival (ô tristesse !), le programme est encore chargé : Borgman, d’Alex Van Warmerdam, Rewind This!, un docu sur la VHS, puis la cérémonie de clôture avec le court-métrage d’Adan Jodorowsky, The Voice Thief, et le dernier film de Vincenzo Natali, Haunter… 

Borgman

Premier film de cette journée, Borgman marquait le retour du réalisateur flamand Alex Van Warmerdam (Les habitants) au Festival. De l’aveu même du Président, ce film marquait selon eux le retour en grande forme de Warmerdam (où j’fais un malheur) après quelques films qui n’avaient pas réussis à retenir leur attention en vue d’une présentation ici. Après les conseils avisés de Frédéric Temps sur Why don’t you play in hell et Tore Tanzt, on démarrait donc la séance avec un certain enthousiasme.

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Camiel Borgman, un Hermite vivant sous terre, est poursuivi par un groupe d’individus. Il erre alors dans une banlieue cossue pour réussir à s’inviter dans la vie d’une famille bourgeoise modèle. Mais quelles sont ses réelles intentions ? Et qui est réellement ce Borgman ? Peu à peu, la situation se dérègle à mesure que Borgman prends de la place dans le foyer… Film allégorique, Borgman s’inscrit dans le courant de ce cinéma flamand qui de plus en plus, franchit nos frontières, à l’image du fameux Bullhead, dont on retrouve ici l’un des acteurs (Jeroen Perceval. Si si, je vous assure, c’est pas faux !) dans le rôle du père de famille.

Porté par la très bonne interprétation de son charismatique comédien principal, en vagabond impénétrable et calculateur, choisissant de laisser le spectateur interpréter plutôt que de livrer toutes les clés de son analyse, Borgman se révèle de très bonne facture technique et se laisse suivre agréablement. Le film brasse de nombreux thèmes, entre la satire sociale, le désir interdit, les pulsions, etc. Pour autant, un léger quelque chose manque à l’ensemble, l’intrigue puis la conclusion semblant ne pas aboutir et se finir de façon assez improbable, laissant un goût d’inachevé. On en vient parfois à se dire « tout ça pour ça » ?

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En même temps, Borgman est truffé de références aux tableaux de la Renaissance, où à la Divine Comédie de Dante, il est aussi fort possible qu’il faille au spectateur un certain nombre de clés pour en saisir toute la portée. Une seconde vision plus avertie pourrait ainsi permettre de revoir quelque peu le film à la hausse, sans pour autant que cela suffise à donner tout son sens au film, qui ne semble pas totalement conclure son arc et de réellement décoller.

Rewind This!

On poursuit l’après-midi avec un documentaire de Josh Johnson sur l’avènement de la VHS, intitulé Rewind This! C’est parti pour 1h30 de nostalgie ! Avant la séance on a même droit à une distribution de VHS jetées à la volée à travers la salle pour qui a encore un magnétoscope chez soi…

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Le film s’ouvre sur un collectionneur qui cherche la perle rare en vide-greniers… Et s’ensuit tout un panel de collectionneurs un peu zinzins (comme nous !), de celui qui a aménagé une salle de projection dans son grenier, à celle qui range ses VHS par couleur ou celui qui en a des dizaines dont le titre commence par Dead, Deadly ou Death… Dès les premières minutes du film, on est happé par cette nostalgie qui anime ces fétichistes de la bande magnétique et des jaquettes kitsch.

Le film, assez exhaustif, revient intelligemment sur l’historique de la VHS, qui a marqué une véritable révolution technologique et culturelle, en donnant une nouvelle vie aux films après leur sortie en salles, offrant aux utilisateurs la liberté de voir le film autant de fois qu’on veut et quand on veut, et de revoir à volonté certaines scènes, jusqu’à en user la bande ! Des personnalités comme Frank Henenlotter, Lloyd Kaufman ou encore Cassandra Peterson (aka Elvira) reconnaissent qu’ils doivent beaucoup à la VHS, qui leur a permis d’exister, car l’avènement de la VHS a également permis aux amateurs comme aux pros de réaliser facilement leurs films, mais a aussi facilité la sortie du tout et n’importe quoi !

Hello, Uncle Lloydie !

Hello, Uncle Lloydie !

Rewind This!, s’il est assez classique dans sa forme, avec des interviews, des extraits de films ou des pubs d’époque, n’en demeure pas moins très drôle, surtout lorsque les intervenants nous montrent certaines pépites, comme la cassette de Frankenhooker qui crie « wanna date » comme dans le film quand on appuie dessus. On a droit à du très lourd : une succession de jaquettes folles de navets intergalactiques, des vidéos de gym improbables, une leçon de golf par Leslie Nielsen ou encore à un guide vidéo de Windows 95 présenté par Jennifer Aniston et Matthew Perry, et j’en passe…

Mais Rewind This! n’est pas qu’un documentaire nostalgique jetant un œil attendri vers le passé. Le documentaire élargit sa réflexion sur la question des supports numériques dématérialisés et des changements de modes de consommation du grand public…

La séance de clôture

A 20 heures, la salle 500 est quasiment comble, pour l’annonce du palmarès du festival et le film de clôture. Le Prix Nouveau Genre, en partenariat avec Canal + Cinéma, est attribué à The Major, polar russe de Yury Bykov. Bernard Maltaverne (distributeur français du film via la société Zootrope Films) et Olga Alayrova (productrice du film) ont reçu le prix sur scène au nom du réalisateur.

Pour la première fois, le Prix Nouveau Genre a été récompensé d'un bien étrange trophé !

Pour la première fois, le Prix Nouveau Genre a été récompensé d’un bien étrange trophé !

Le Prix du Public a sans surprise été attribué à l’excellent Why Don’t You Play In Hell de Sono Sion, dont on n’a cessé d’entendre du bien dans les couloirs du festival.
Enfin, le Grand Prix Canal + et le Prix du Public, catégorie Court Métrage, ont tous deux récompensé l’excellent The Voice Thief, premier court métrage d’Adan Jodorowky (fils d’Alejandro Jodorowky, qu’on a d’ailleurs croisé dans les couloirs du festival lors de la projection des courts-métrage en compétition).

Et à la vue de ce The Voice Thief, on comprend que le talent, c’est parfois affaire de famille. Mettant en scène la toujours intrigante Asia Argento et un autre membre du clan Jodorowsky, Cristobal de son prénom, dans les rôles principaux, le court métrage reprends les éléments clés de l’univers du Père : une histoire onirique et mélancolique à la fois, des personnages de marginaux magnifiés (des nains, travestis, éclopés sont à nouveau de la partie), un esthétisme parlant et soigné.

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Prolongement de l’univers d’Alejandro donc, The Voice Thief se révèle néanmoins une œuvre originale et incroyablement poétique, même si cette poésie se traduit dans la souffrance de ses personnages. Ici, une chanteuse lyrique perds sa voix sous les coups de son mari. Ce dernier, réalisant qu’il possède un pouvoir, va alors tout faire pour ramener une nouvelle voix à sa compagne. Sa quête de pardon dans un Paris nocturne lui permettra de s’accepter lui même, de s’affirmer et assouvir certains désirs inavoués.

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La soirée se conclut avec Haunter, le nouveau film de Vincenzo Natali (Cube, Splice), malheureusement pas très inspiré, bien que basé sur un pitch pas si mauvais. Lisa est décédée en 1986 dans des circonstances étranges, aux côtés de sa famille, après qu’ils furent tous piégés dans leur propre maison. Devenue un fantôme, elle va alors tenter de protéger une jeune fille qui vient habiter dans cette même bâtisse et qui risque de subir le même sort…

Oh, une apparition dans un miroir, comme c'est original !

Oh, une apparition dans un miroir, comme c’est original !

Avec un scénario bancal et confus, voire incohérent, Haunter ennuie très vite son spectateur. La même journée, vécue en boucle par la famille de Lisa depuis leur mort donne l’impression que le film tourne en rond. Desservi par une narration molle et prévisible, ainsi que des scènes pompées ici et là et clichés largement éculés, Haunter ne fait jamais peur. Les scènes d’épouvante se limitent ici à quelques jump scares, une planche de ouija dans un grenier, une poignée de porte qui bouge et des ombres de pieds derrière ladite porte… Le casting mou et semble aussi peu convaincant que convaincu. Abigail Breslin (Little Miss Sunshine) interprète son rôle assez platement et Stephen McHattie peine à convaincre en grand méchant du film.

Le grand méchant qui fait trop peur

Le grand méchant qui fait trop peur

Complètement has been, surtout depuis que James Wan a redonné un coup de jeune aux films de maisons hantées avec deux styles différents, dans Insidious et The Conjuring, Haunter sent le déjà-vu (et en mieux, avec Les Autres d’Amenabar notamment) et serait plutôt digne d’un téléfilm du dimanche soir que de la séance de clôture du festival…

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Consequences will never be the same !

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