[Reportage] Etrange Festival 2013 #6 : Mardi 10 septembre
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Après une première partie de festival plutôt intensive, et une journée marquée par le double point d’orgue Why dono’t you play in hell/Found, journée plus calme pour l’équipe de GentleGeek, qui fait tout de même le grand écart géographique entre l’Espagne, l’Angola, et l’espace.

Réalisé par Javier Ruiz Caldera, déjà responsable de la comédie-pastiche Spanish Movie, Ghost Graduation (Promoción Fantasma en VO) est une comédie espagnole délirante dans la veine de Dance of the Dead de Gregg Bishop, ou de la trilogie Cornetto d’Edgar Wright, version espagnole. Modesto, un professeur de littérature solitaire, a un don bien lourd à porter (en plus d’avoir un prénom pourri) : il voit des fantômes… Ce sixième sens lui pourrit la vie et lui a déjà valu de se faire renvoyer de plusieurs lycées. Jusqu’au jour où il arrive dans un nouvel établissement, où ce don pourrait bien, pour une fois lui servir, en aidant cinq fantômes de lycéens morts dans l’incendie du lycée 30 ans auparavant…

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Ghost Graduation, est loin d’être le teen movie un peu crétin comme on pouvait le supposer en voyant son affiche. Comédie fantastique référentielle (avec de multiples clins d’œil à Carrie, Ghostbusters, Breakfast Club, Evil Dead) Ghost Graduation trouve son identité en jonglant avec les codes du genre. Le film n’évite pas les règles et clichés des comédies mainstream, avec des personnages stéréotypés (l’intello, la cagole enceinte à 16 ans, le blouson noir, le quaterback…), des retournements de situation plus ou moins attendus, des secrets révélés, des moments d’émotion et un happy end… Mais malgré tout ça, Javier Ruiz Caldera réussit à construire un film drôle et inspiré, bourré de références à la culture pop, avec un petit côté vintage et nostalgique. Les dialogues sont bien construits, les situations font mouche, avec un petit côté too much pour quelques blagues potaches voire scato… Au casting, on notera la présence dans le rôle de Modesto de Raúl Arévalo, que l’on avait pu voir dans Balada Triste d’Alex de la Iglesia ou dans le dernier Almodovar.

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Servi par une BO revigorante, entre nostalgie et anacrhnosimes (Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler, Surfin’ Bird des Trashmen, Enamorado de la moda juvenil de Radio Futura, ou encore Shakira), le film utilise la musique pour mettre en avant le décalage entre les générations entre les fantômes coincés dans les années 80 et les vivants. Aussi drôle qu’inattendu, ce film marque une petite pause légère bienvenue dans la programmation dense de l’Etrange Festival. On ne peut que souhaiter au film une sortie en salles en France, avant de subir celle du remake américain qui sera produit par Will Smith (qui ne manquera certainement pas d’y caser son rejeton).

Plutôt que de voir cette horreur, on préférera donc se réfugier dans l’espace, même si les images d’Europa Report n’y incitent pas forcément vu la tournure prise par leur mission. Réalisé par le cinéaste Equatorien Sebastian Cordero, parrainé par Guillermo Del Toro qui a produit deux de ses films, Europa Report est un nouvel exemple de found footage, genre qui pullule à foison jusqu’à l’écoeurement et qu ia surtout prouvé sa grande vacuité, à de rares exceptions. Europa Report suit donc une mission spatiale, la mission Europa, au travers des images d’archives filmées par les caméras de leur stations spatiales, pendant que la directrice du projet s’explique devant un comité. Car visiblement, tout ne s’est pas passé comme prévu… Si Europa Report n’évite pas les écueils du found footage, avec notamment des angles de caméras pas toujours pratiques ou qui ne favorisent pas toujours la lisibilité, le film reste néanmoins sympathique à suivre, voir agréable pour tout fan de SF, et disposant de beaux effets visuels compte tenu du budget du film.

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Des scientifiques ayant découvert la présence d’eau sur un satellite de Jupiter, une équipe est envoyée sur place afin d’effectuer des prélèvements. Sur place, l’équipage va être confronté à de drôles de phénomènes inexpliqués qui vont compliquer sa mission. A défaut de faire preuve d’une grande originalité (Abyss n’est jamais loin) dans son sujet – on devine facilement l’origine de la menace, et que tel ou tel personnage connaitra un certain sort selon le contexte – Europa Report est porté par un casting efficace, avec notamment Michael Nyqvist (Millenium) ou Sharlto Copley (District 9). Le film, s’il n’vite pas quelques passages à vide (found footage oblige) Europa Report parvient néanmoins à tenir en haleine en évitant une construction simplement linéaire de son récit, et se révèle prenant dans sa dernière partie, où la tension reste particulièrement bien gérée avant de nous gratifier d’un plan final qui a le mérite d’être bref. Dommage que le réalisateur ne gâche son effet en rajoutant une scène faisant office de conclusion derrière, ces scènes tellement bateau où le discours tenu explique ce que les images avaient déjà dit.

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Pour terminer la journée, direction… l’Indonésie et l’Angola, terres de Black Metal ! Après le très bon Final Member, on avait envie de s’intéresser de plus près à la sélection documentaire de l’Etrange Festival, et c’est sur ce double programme consacré à la musique que notre choix s’est porté. Il faut dire que les sujets étaient prometteurs : d’un côté, A l’Est de l’Enfer, un documentaire de Matthieu Canaguier consacré à la scène Black Metal de Surabaya, en Indonésie. Indonésie, terres aux cultures et croyances multiples, et où la place de la spiritualité est primordiale. De l’autre, Death Metal Angola, un documentaire de Jeremy Xido qui s’intéresse à l’organisation du premier festival de Black Metal par les gérants d’un orphelinat dans un pays ravagé par les guerres. Deux sujets aux forts potentiels donc.

Matthieu Canaguier pour A l'est de l'enfer

Matthieu Canaguier pour A l’est de l’enfer

Présent pour l’occasion, Matthieu Canaguier ne prendra au final même pas la peine de présenter son film, se contentant d’un laconique « je n’ai pas l’habitude de parler des films avant que les gens ne l’aient vu« . Il aurait peut être du… Car la vision d’A l’est de l’enfer soulève une question : le réalisateur avait-il seulement quelque chose à dire ?

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En effet, pendant 45 minutes, le réalisateur se contente de filmer bêtement et séparément des tranches de vie de trois groupes, sans jamais les confronter au contexte culturel, social ou religieux dans lequel ils évoluent, sans aucun commentaire ou questionnement de sa part, sans aucune mise en relation entre le développement de cette musique – pourtant dotée d’un fort propos et d’une forte symbolique – et l’évolution de l’Indonésie, et de sa culture religieuse ou spirituelle, et les changements sociaux qu’elle a connu depuis 10 ans.  Au lieu de ça, on a plutôt l’impression d’avoir à faire à un film de vacances, où un passionné de musique aurait rencontré des musiciens de Black Metal et décider de montrer à quoi ils ressemblent sur scène. A l’est de l’enfer passe donc complètement à côté de son sujet.

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Mieux conçu, Death Metal Angola ne se prive pas au contraire de recontextualiser les choses. En se focalisant sur un orphelinat de la ville de Huambo, le documentaire rappelle à maintes reprises le contexte de guerres successives qu’a connu l’Angola, et ses dégâts considérables : enfants orphelins en raison de la guerre ou abandonnés, souvent maltraités par leurs familles, et aussi désert culturel. Dans ce contexte d’extrême pauvreté et de débrouille, les gérants d’un orphelinat, passionnés de musique rock, décide de rassembler les groupes de la scène black metal locale et de deux autres villes, et proposer le premier festival rock. Et cette fois-ci, le propos résonne : comme l’indique l’un des organisateurs, « pour la première fois dans cette ville, les gens entendront un autre son que celui des bombes qui explosent ». Et Death Metal Angola offre même quelques scènes collector, notamment les réactions de certaines personnes du public, abasourdies et mis en transe par cette musique qu’ils entendent pour la première fois, ou encore le calvaire sans nom que fut l’installation du festival le jour J, qui démarrera avec… 5 heures de retard !

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On regrette néanmoins que le film tombe parfois dans l’écueil inverse d’A l’est de l’enfer : à trop se focaliser sur le contexte, les 2/3 du film se retrouvent consacrés à l’Angola, et on s’intéresse assez peu au final à l’idée reçue que pouvaient avoir les gens de cette musique, était-elle bien perçue avant, comment les organisateurs ont-ils réussi à monter ce festival (comment se sont passés les rendez-vous avec les autorités locales, comment le projet a-t-il été accueilli à l’origine par les officiels ? Ont-ils rencontré des barrages liés au type de musique proposé ?). Si ces questions restent dans l’ensemble sans réponse ou effleurées, Death Metal Angola reste un documentaire sympathique et plus approfondi que son prédécesseur, et un générique de fin absolument génial à base de air guitare.

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Consequences will never be the same !

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