[Reportage] Etrange Festival 2013 #8 : jeudi 12 septembre
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Après un mercredi après-midi fortement chargé en émotions et en bons films, la GentleTeam ne faiblit pas et revient affronter une nouvelle grosse journée au Forum des Images pour cette nouvelle journée de l’Etrange Festival. Au programme : Wasteland, Bad Film, Dr Caligari, et une rencontre avec Jello Biafra pour The Widower… 

 Wasteland

La journée débute donc avec Wasteland, nouvel exemple d’une sélection de polars pas aussi surprenante qu’on ne l’aurait souhaité. Sans être mauvais, la plupart des polars présentés jusque là n’avaient pas non plus de quoi réellement se démarquer de leurs prédécesseurs, plus inspirés. Wasteland n’échappe pas à cette règle avec cette histoire d’interrogatoire en mode flash back et son twist final, empruntant fortement à Usual Suspects dans sa structure et son idée.

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Après un braquage raté ayant plongé un homme dans le coma, Harvey Denton, le principal suspect, est interrogé par la police. Il livre alors sa vision des faits. A première vue, le pitch de Wasteland semble promettre un film classique… Et c’est exactement ce que nous aurons ! L’ensemble de l’intrigue reste léger, relativement prévisible et délivre le happy ending le plus basique qui soit. Aussi, si le film dans son ensemble reste bien conçu, il relève cependant plus d’un sympathique téléfilm que d’une projection qui aurait sa place à l’Etrange.

Bad Film

Après le fantastique Why don’t you play in hell, film déjà culte parmi les festivaliers, Sono Sion revenait au festival à travers une œuvre rare : Bad Film, une œuvre inédite du cinéaste japonais tournée en 1995, mais terminée en 2012 seulement avec des rush de l’époque. De ce fait, Bad Film se retrouve extrêmement daté : l’image au format VHS n’est pas toujours recadrée, et les temps d’enregistrement apparaissent sur le film, lui donnant clairement un côté rétro. Mais l’auteur s’en amuse visiblement, comme en témoignent certains passages de son film où il signale lui même certaines erreurs commises (apparitions de cameraman ou perchistes à l’écran, réaction inattendue d’un policier) pour un long-métrage filmé en mode guerilla avec sa troupe du Tokyo Gagaga.

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Si le film reste très long et se ressent parfois comme tel (les 2h45 paraitront plus longues que celles de Guilty of Romance), et certains passages auraient pu être raccourcis, on retrouve dans ce film les germes du cinéma rageur qui le caractérisait déjà à l’époque. En effet, à travers cette histoire de rivalité entre un gang chinois et un gang japonais, le cinéaste aborde de nombreux thèmes comme les préjugés raciaux, mais aussi sexuels (l’homosexualité, féminine comme masculine, est un élément central du récit), la place des marginaux et laissés pour compte, le renversement d’un ordre établi, le milieu du banditisme… Autant d’éléments que Sono Sion utilise de manière déjà subversive pour l’époque et qui aujourd’hui constituent le ciment de son cinéma de colère. S’il ne s’agit peut être pas la de son meilleur film, certains passages trainant un peu en longueur, Bad Film reste néanmoins une œuvre frondeuse et surtout un document d’archive rare, projeté sur grand écran, que les fans du cinéaste auront ainsi pu découvrir, peut être pour l’unique fois de leur vie.

Dr. Caligari

Présenté dans le cadre de l’hommage à Stephen Sayadian, Dr Caligari est une sorte de suite trollesque du Cabinet du Docteur Caligari (1920) de Robert Wiene. Possédée par une libido exacerbée, Miss Van Houten est envoyée par son impuissant de mari chez le Docteur Caligari, un psychiatre dégénérée menant des expériences sur ses patients à renfort de décharges électriques et d’injections d’hypothalamus…

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Le film de Sayadian ne reprend que quelques éléments du Cabinet du Docteur Caligari, notamment le nom du personnage principal, petite-fille du fameux docteur, l’asile d’aliéné, un personnage nommé Cesare, ou encore les décors exigus et tordus, mais la comparaison s’arrête là. Stephen Sayadian, dont il s’agit du seul à ne pas être réservé aux adultes, nous livre un pastiche inclassable et psychédélique, servi par une direction artistique assez incroyable, avec des décors biscornus, entre zones d’ombres et couleurs criardes et fluos…

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Se rapprochant davantage du théâtre filmé que d’un véritable film, Dr Caligari est une sorte de succession de tableaux vivants, interprétés par des acteurs au jeu mécanique, réglé au millimètre et tout sauf naturel. Illustrant les fantasmes des personnages, certaines scènes sont un concentré de mauvais goût (langue géante, bras qui se transforme en pénis…) et de passages WTF, auxquelson adhère d’emblée, ou qu’on déteste carrément. On regrettera l’absence de sous-titres qui a pu nous faire rater quelques subtilités dans les dialogues de cette parodie du cinéma avant-gardiste.

A la suite de la séance le réalisateur s’est livré, visiblement avec plaisir, aux questions du public, racontant anecdotes de tournage et revenant sur l’accueil reçu par le film à sa sortie en 1989.

The Widower

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Pour conclure cette soirée, un petit coucou à Jello Biafra s’imposait ! Dans le cadre de sa carte blanche, ce dernier présentait en effet The Widower, film de Marcus Rogers dont le synopsis semblait prometteur : un homme ne s’étant pas remis du décès de sa femme, reste hanté par son souvenir et se révèle incapable de se séparer de son cadavre, l’emmenant en sortie, etc. Mais une voisine curieuse va venir enrayer cette idylle posthume…

Jello Biafra, dans sa plus belle chemise orange, pour présenter sa carte blanche

Jello Biafra, dans sa plus belle chemise orange, pour présenter sa carte blanche

Annoncé comme un mélange de David Lynch et de John Waters, le film se révèle malheureusement loin de cela : entre la qualité d’image pas terrible pour un film de la fin des années 90, le jeu plus que moyen des acteurs, se voulant faussement décalé et absurde, l’humour tombant très souvent à plat, et une réalisation qui ne vaut pas mieux qu’une série B, The Widower est bien long à suivre et peu captivant. Même l’apparition de Biafra, pourtant ravi de jouer le diable, se révèle très anecdotique. Pas grand chose à sauver donc de cette séance, dont même le court métrage qui le précédait « I love you… I’m the porn queen » (dans lequel figurait également Biafra) tournait un peu à vide.

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POUET

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