[Critique Blu-ray] Ghost Bastards, de Michael Tiddes
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When there’s something straaange, in the neighborhooood, who do you call ? Ghost B… Aaaaaah, ça y’est, j’ai compris !!! En effet, difficile de ne pas débusquer l’évidente référence que dissimule ce Ghost Bastards écrit par Marlon Wayans, sorti hier en DVD et Blu-ray. Un titre pour le territoire français qui a le mérite de donner le ton : on sera dans le pastiche et le détournement référentiel, une marque de fabrique pour les frères Wayans, initiateurs des Scary Movie. Mais la formule fait-elle encore recette aujourd’hui ?

Ghost Bastards, de Michael Tiddes
Malcom et Kisha viennent d’emménager dans la maison de leurs rêves. Mais leur bonheur est de courte durée : ils s’aperçoivent rapidement qu’un démon habite leur nouvelle demeure. Quand le démon prend possession du corps de sa femme, Malcom, déterminé à sauver sa vie sexuelle, fait appel à un prêtre, à un médium et à une équipe de chasseurs de fantômes pour l’aider…

affiche_GhostbastardsA l’heure où les rois de la comédie américaine se nomment Judd Apatow et Will Ferrell, ayant remis sur le devant de la scène un humour ultra-potache et régressif, mais jamais dénué d’un certain regard sur notre société ; à l’heure où les sympathiques délires de Jason Suidekis ou Melissa McCarthy n’ont pas encore pris l’ampleur qu’ils peuvent avoir aux states, sortir Ghost Bastards relèverait presque d’un pari audacieux.

Il faut dire que cela fait longtemps que l’effet de « surprise » des premiers Scary Movie est passé depuis longtemps, et que le paysage de la comédie américaine a entre temps beaucoup évolué, faisant et défaisant ses idoles par vagues successives : oublié le Frat-Pack, Vaughn et Wilson naviguent dans des comédies gentilles et sympathiques, tandis que Ben Stiller et Will Ferrell s’émancipent chaque jour un peu plus.

En solo pour l’occasion, Marlon Wayans avait donc fort à faire pour livrer une comédie capable de s’imposer et de marquer le coup. Et pour se démarquer, le cadet des frères Wayans a donc choisi d’appliquer la recette qu’il connait bien, le film parodique, à la vague actuelle de films d’exorcismes et de Found footage.

le film s’adresse ainsi clairement à un public jeune, nourri de cette vague de filmsEn convoquant ainsi les Paranormal Activity, L’exorcisme d’Emily Rose, Devil Inside et consorts, le film s’adresse ainsi clairement à un public jeune, nourri de cette vague de films, une « génération youtube » comme la qualifie Marlon Wayans lui-même dans le making-of du film. C’est ainsi que Ghost Bastards nous emmène dans le quotidien de Malcolm et Kisha, un couple qui emménage ensemble pour la première fois. Sauf que Kisha amène avec elle un esprit malin bien décidé à semer le trouble entre les deux tourtereaux… et accessoirement prendre un peu de bon temps. Dans tous les sens du terme. Tous les sens.

Ciel, mon mari !

Ciel, mon mari !

 

le film absorbe les mêmes défauts que la saga dont il adopte le conceptFace à la multitude de références évoquées, on se dit qu’il y a là matière à proposer de sacrés détournements. A condition de trouver l’inspiration. Et le premier souci de Ghost Bastards, c’est bien l’inspiration. En reprenant tout d’abord un procédé identique à l’une des sagas les moins inspirées qui soit : Paranormal Activity. Multipliant les points de vue via des caméras de surveillance et un caméscope personnel – au passage un peu trop imposant pour faire crédible – le film absorbe les mêmes défauts que la saga dont il adopte le concept.

Très limité en mise en scène en raison de ce côté found footage, le film souffre donc également d’un rythme et d’un découpage assez haché qui rend l’ensemble un peu décousu. Là où les ainés du film parodique (Hot Shots, Y’a-t-il un flic…, etc.) savaient réintégrer l’ensemble de leurs références dans une histoire globale à la trame continue, Ghost Bastards s’apparente plus à un enchaînement de scénettes, un zapping de tranches de vie quotidienne où les événements partent un peu plus en vrille à chaque fois. Un choix qui vous satisfera ou non, suivant que vous soyez à la base aficionados du found footage ou non, mais qui s’applique assez mal à la comédie. Dans un genre cinématographique qui favorise la surprise, le rebondissement, appuie ses effets comiques par une mise en scène dynamique, le manque de relief de l’ensemble dessert d’une manière générale la touche humoristique souhaitée.

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on doit malheureusement souligner le peu d’inventivité de la plupart des situationsUne touche humoristique qui d’ailleurs peinera à faire mouche la plupart du temps pour peu qu’on ne soit pas adepte de l’humour caractéristique des Wayans. Difficile en effet si on n’est pas réceptif à cet univers d’adhérer aux saillies humoristiques à base de blagues grivoises ou scato assez lourdes ou accumulant les clichés, et qui ne s’est pas beaucoup renouvelé non plus. De même, on doit malheureusement souligner le peu d’inventivité de la plupart des situations proposées, soit déjà vues (le personnage qui ne réalise pas que des choses terribles se passent derrière lui car il écoute de la musique), soit reprenant simplement les scènes marquantes des films références sans en exploiter le potentiel ou en anéantissant les effets par des chutes peu inspirées. Dans un même domaine, les scènes référentielles (et notamment celles avec la possession d’un des acteurs) du film « C’est la fin » s’avéraient beaucoup plus réussies.

Tout n’est pas non plus à jeter dans ce Ghost Bastards : l’interprétation de Marlon Wayans (qui a montré qu’il savait être comédien dans Requiem for a dream), ou de Nick Swardson s’avèrent plutôt convaincantes dans leur registre, tant les deux semblent s’amuser dans leur rôle. De même, certaines scènes prêteront malgré tout à sourire, à l’image de ce café matinal où le fantôme aura bien du mal à avoir le dessus sur notre couple ou les apparitions d’une femme de ménage à la double vie trépidante (au passage, la seule utilisation un peu inventive de la caméra de surveillance), ou enfin d’un fantôme adepte de la fumette.

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Du côté du disque, l’édition signée Wild Side reste parfaitement conforme au standard de qualité proposé par l’éditeur pour chacun de ses films. Rien à redire donc au niveau de la qualité d’image, qui ressort parfaitement à l’écran, ainsi que sur les pistes audio parfaitement synchro. Le film propose d’ailleurs une VF et une VOST. Au niveau des bonus, outre quelques affiches parodiques, c’est un making-of de 18 minutes qui vient compléter la vision du film. Plus axé promo que ‘envers du décors’, on y apprend ce qui a motivé l’écriture de ce film avant de voir chaque comédien s’exprimer sur son personnage, reprenant chacun un passage clé qui lui est propre.

En conclusion
En se contentant de décalquer un humour gras et parfois poussif et d’y coller des références horrifiques actuelles, Ghost Bastards reste une simple comédie de plus, dans la droite lignée des Scary Movie et de l’humour Wayans, mais plombée par le procédé du Found Footage et une décalcomanie de scènes cultes que l’humour ne parvient pas à transcender. Si le film ne déplaira probablement pas aux inconditionnels, il apparait surtout que le film loupe le coche en se contentant de copier-coller une recette pré-conçue au détriment d’une inventivité de situation ou d’un renouvellement de l’humour, qui risque aujourd’hui d’avoir du mal à faire mouche face à la prolifération des comédies US.

Ghost Bastards, de Michael Tiddes. Avec Marlon Wayans, Essence Atkins, David Koechner, Cedric the Entertainer, Nick Swardson. Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 23 octobre.

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