[Critique] Snowpiercer, le Transperceneige de Bong Joon Ho
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Mesdames et messieurs, bienvenue à bord de ce train Transperceneige à destination des salles de cinéma. Notre train va bientôt partir, la durée de notre voyage sera de 2h05 environ, sans les pubs. Veuillez attacher vos ceintures et bien restés collés à votre siège. Nous vous rappelons que vos téléphones portables doivent être éteints pendant tout le trajet et que le machouillage intempestif de pop-corn est vivement déconseillé sous peine d’exécution en place publique. Votre commandant de bord Bong Joon Ho et toute l’équipe de GentleGeek vous souhaitent un agréable voyage.

img_snowpiercer12031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

A l’heure où les remake et adaptations pullulent, savoir celle du Transperceneige entre les mains d’un cinéaste tel que Bong Joon Ho avait de quoi rassurer un peu. Il faut dire que le réalisateur reste sur un enchainement de trois films quasi sans faute, Memories of Murder, The Host, et Mother, avec lesquels le cinéaste Coréen à montrer son savoir faire faire tout en élégance dans sa réalisation et souvent doux-amer dans le ton, malgré la violence qu’il dépeint.

Pour son premier film international, mais produit par Park Chan Wook, le réalisateur s’attaque donc ici à l’adaptation de la bande dessinée culte de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, ce dernier ayant été d’ailleurs impliqué dans la conception du film. Là où de nombreuses adaptations ont pu se révéler loin de tenir toutes leurs promesses, le Transperceneige, que Bong Joon Ho a découvert totalement par hasard en franchissant la porte d’un magasin de manga, allait-il dérailler à son tour ?

Quand on arrive en viiille, tout l'monde change de trottoiiiir

Quand on arrive en viiille, tout l’monde change de trottoiiiir

Un film sur de bons rails

pendant deux heures, Bong Joon Ho va vous embarquer avec lui à l’intérieur du Transperceneige, au cœur de cette révolution qui gronde en queue de train.S’il y avait de quoi avoir confiance dans ce projet, les craintes commenceront à se faire sentir peu avant la sortie du film, quand les frères Weinstein – fidèles à leur réputation de garçons bouchers – annoncèrent que le film devrait subir des coupes pour être plus « compréhensible » auprès d’un certain pulic. Une crainte rapidement évaporée par les distributeurs français du film : cette mesure ne concerne que les pays anglophones (pour lesquels Weinstein Company détient les droits de distribution). Malheureusement pour eux donc, mais heureusement pour nous, puisque c’est bel et bien à la version conforme au travail du réalisateur que nous avons droit.

Ce point éclairé, le doute n’est pourtant pas totalement dissipé à l’ouverture du film. Mais passé une voix off posant le contexte et une intro en CGI qui auraient pu être mieux travaillés, le film démarre alors petit à petit pour ne cesser de prendre de l’ampleur et ne plus vous lâcher qu’à la toute fin. Car pendant deux heures, Bong Joon Ho va vous embarquer avec lui à l’intérieur du Transperceneige, au cœur de cette révolution qui gronde en queue de train.

C'est lui qui a volé l'orange du marchand !

C’est lui qui a volé l’orange du marchand !

Bong Joon Ho ne va pas se contenter de filmer un trainDifficile en effet de ne pas remarquer le travail tout en mouvement de Bong joon Ho derrière la caméra. Dans un espace confiné et restreint, le réalisateur parvient tantôt à jouer sur cette notion de confinement, tantôt à donner au contraire une impression d’espace et de liberté, avec une caméra toujours en mouvement. Avec sa réalisation aérée, ludique, dansant au milieu des protagonistes, Bong Joon Ho ne va pas se contenter de filmer un train, le réalisateur utilise cet élément pour livrer de véritable moments de bravoure : notamment lors d’un affrontement entre rebelles et milices, dont le passage sous un tunnel va considérablement changer la donne. Une scène absolument hallucinante. Autre élément, une fusillade fenêtre à fenêtre, deux wagons se faisant face lors d’un virage particulièrement accentué.

L'un des moments forts du film, une longue séquence qui multi^lie les idées scénaristiques et visuelles

L’un des moments forts du film, une longue séquence qui multi^lie les idées scénaristiques et visuelles

Un train-train pas quotidien

Une construction progressive chamboulée par une rupture de ton totale dans sa dernière partie.Filmé de manière très calme, Snowpiercer évolue de manière régulière, s’épargnant la frénésie clipesque des blockbusters, sans pour autant perdre en intensité lors de scènes d’actions. Une construction progressive chamboulée par une rupture de ton totale dans sa dernière partie. Abandonnant l’action en cours de route, Bong Joon Ho s’arrête pour offrir tout une phase de dialogue entre deux protagonistes. Un dialogue clé où toute l’ambigüité morale du film se révèle, et qui vient renverser l’ensemble des certitudes acquises jusqu’ici par le spectateur. Si le spectacle visuel proposé décrivait un univers pessimiste, les mots seuls vont se révéler extrêmement violents et cruels. un final où il sera impossible de trancher entre optimisme happy-endesque ou pessimismeRégulièrement, le réalisateur Coréen n’hésite ainsi pas à bousculer le spectateur, passant de scènes intenses à des temps calmes, voire improbables (sushi time !), n’hésitant pas à sacrifier tel ou tel personnage important, où livrant un final où il sera impossible de trancher entre optimisme happy-endesque ou pessimisme. Un pied de nez aux blockbusters donc, pour un film qui s’avère tout aussi accessible pourtant.

Une rupture de ton qui donne aussi sa force au propos fortement politisé du film : à mi-chemin entre critique sociale, critique des régimes totalitaires – y compris sous les apparats du garant de la liberté – l‘adaptation de la bande dessinée montre un propos toujours actuel malgré ses 30 ans d’âge, et dont la transposition à une époque plus moderne n’a pas du être la tâche la plus compliquée.

Alors que les acteurs asiatiques ont souvent du mal à percer à l'international, espérons que ce film donne à Song Kang Ho la reconnaissance qu'il mérite.

Alors que les acteurs asiatiques ont souvent du mal à percer à l’international, espérons que ce film donne à Song Kang Ho la reconnaissance qu’il mérite.

Chris Evans épouse parfaitement les traits de son personnages et délivre une prestation sobreCôté acteurs, si on pouvait craindre que Chris Evans soit relativement fade dans le rôle principal, toute crainte s’envole très rapidement : l’acteur épouse parfaitement les traits de son personnages et délivre une prestation sobre, toute en retenue et en nuance, mais parvient également à laisser entrevoir toute la violence contenue dans son personnage et son passé monstrueux lors de la scène de combat du tunnel. De même pour l’ensemble des rôles principaux, de Jamie Bell (qui multiplie les choix de carrière intéressants) à Ed Harris (aucun lien avec le pain de mie), toujours remarquable, et John Hurt. Mais ce sont surtout Tilda Swinton, avec son personnage de monstre comique tout en surjeu volontaire, et Song Kang Ho, acteur fétiche du réalisateur dont la seule présence en imposerait sans problèmes aux grands noms qui lui font face – qui se démarquent par leur charisme, et apportent en plus une touche humoristique propre aux films du réalisateur Coréen.

Et on salue une nouvelle fois la prestation de Fleur Pellerin,à nouveau à l'affiche d'un gros film. L'actrice de l'année 2013 ?

Et on salue une nouvelle fois la prestation de Fleur Pellerin,à nouveau à l’affiche d’un gros film. L’actrice de l’année 2013 ?

Servi par ce casting 4 étoiles, Snowpiercer se révèle une œuvre immense, un film intelligent et d’une qualité technique forte, mais qui reste ludique et accessible : un discours qui fourmille d’idées, de sous-texte, oui, mais un discours toujours clair et limpide. Délivrer un message dense par l’image et par le texte, sans que cela ne passe dans la surenchère d’analyse : voila la marque d’un spectacle de qualité ! Assurément l’un des grands films de cette année.

Snowpiercer : terminus parmi les plus grands films de l’année !
Une semaine après Gravity, c’est bien l’une des autres grandes claques cinématographiques qui vient de nous arriver en pleine poire. Lancé à toute berzingue, ce Snowpiercer là a quelque chose de différent. A cent lieux des blockbusters habituels, ce film toujours accessible à quelque chose de racé, d’élégant dans sa réalisation, et parvient à prendre de la hauteur, délivrant un propos ambigu et à forte charge politique sans jamais perdre en clarté, et un final marquant par son côté faussement optimiste. Soutenu par un casting en béton armé, Snowpiercer, le Transperceneige possède de nombreux atouts pour suivre les rails du succès, malheureusement pas acquis face au mastodonte Thor 2 notamment. L’autre grand film de cette fin d’année mérite amplement tout votre soutien !

Snowpiercer, le Transperceneige. Un film de Bong Joon Ho, avec Chris Evans, Jamie Bell, Tilda Swinton, Song Kang Ho, Ed Harris, John Hurt, Octavia Spencer. Adapté de la Bande dessinée Le Transperceneige, de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Sortie le 30 octobre 2013.

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Consequences will never be the same !

4 avis

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  1. Grenur le 30 octobre 2013
    Ah. Bah me voila convaincu.
  2. Krayt le 5 novembre 2013
    Moi aussi cet article m'a bien donné envie , demain soir je sais quoi faire
  3. Russ le 6 novembre 2013
    Ah bah si y a Fleur Pellerin !
  4. tangi le 6 novembre 2013
    Fleur est vraiment partout depuis sont cosplay remarqué à la Japan Expo 2013 :)

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