[Reportage] Paris Games Week 2013 : On prend les mêmes et on recommence ?
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Échaudée par une édition 2012 qu’on pourrait sans problème qualifier de catastrophique, on était en droit de se demander comment la Paris Games Week allait réagir pour redorer son image. La réponse n’a pas tardé à venir Porte de Versailles la semaine dernière : le SELL n’a non seulement pas fait grand-chose pour rectifier le tir, mais a en plus continué à creuser la mauvaise réputation du salon. 

Après avoir sévèrement dégusté l’année dernière pour ramener de quoi écrire une poignée d’articles, l’équipe de GentleGeek avait pris les devants, cette année, pour rapporter un peu de contenu de la Paris Games Week 2013 sans jouer les suicidaires : tentative (plus ou moins réussie) de tester les titres qui nous tenaient à coeur lors de la « soirée presse », et rendez-vous fixés le mercredi seulement. Objectif : ne pas rester trop longtemps dans la Bouche de l’Enfer. Sur ce dernier point, mission accomplie. Pour le reste, on reviendra… ou pas !

Une soirée presse qui n’en est pas une

Il faut savoir que le salon est ouvert à la presse à partir du mardi après-midi, mais que, pour les « petits sites », les hostilités festivités débutaient le même jour à 19h. On pourrait croire qu’à partir de cette heure, les blogueurs et autres rédacteurs de fansites auraient enchaîné les bornes de jeux pour abreuver leur site d’actu. Que nenni : déjà, pour entrer, il fallait braver une foule de centaines de personnes ni organisée, ni gérée à l’extérieur. Un troupeau de bovins aurait eu plus de classe. En attendant dehors pour entrer, on remarque rapidement une file de personnes qui est, elle, bloquée par des barrières… à ce moment-là, on ne tilte pas tout de suite, mais il s’agit des « joueurs » qui attendent déjà d’entrer le lendemain pour réclamer une copie gratuite de Call of Duty: Ghosts.

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Il fallait arriver de bonne heure pour essayer Watch Dogs.

 

A l’intérieur, on enchaîne certains tests de jeux : Dark Souls 2, The Elder Scrolls Online et Bayonetta 2 sont les titres sur lesquels on parvient assez rapidement à mettre nos paluches. La soirée commence plutôt bien et on se décide à tenter d’autres titres, comme Watch Dogs. Nous abandonnons assez vite puisqu’on nous apprend qu’il y a 1h30 d’attente pour espérer y jouer quelques minutes ! En réalité, le salon est déjà blindé : des centaines d’accréditations et d’invitations ont été distribuées. A l’entrée, devant la foule, une attachée de presse proposait même des invitations à ceux qui n’en avaient pas : « Je ne comprends pas ce qu’on a fait mais on n’a pas tout distribué, il nous en restait une tonne » explique-t-elle a un inconnu chanceux à qui elle en offre une. La malheureusement aura dû, par la suite, se taper le dérouler du CV (intéressant) du type, visiblement venu là sans invitation.

Bref, tout ça pour dire que la soirée presse n’en était, une nouvelle fois, pas une… ce qui amène à un second problème : la privatisation des stands. Concrètement, comme tout le monde semble être convié à la soirée de lancement du salon, les grands stands organisent des soirées de lancement dans la soirée de lancement en ne proposant l’accès à leurs bornes que sur listing. T’es pas sur la liste ? Dommage pour toi, petit blogueur qui n’a, de base, accès à aucune présentation presse : tu ne rentreras pas plus ce soir. Si, du côté de GentleGeek, nous avons la chance d’avoir quelques accès, ce n’est pas le cas de tout le monde, et beaucoup ont dû se cantonner au minimum syndical. Les PS4 et une grande partie des Xbox One n’étaient pas accessibles sans invitation ce soir-là.

La distribution de la honte

Est-il nécessaire de parler, encore une fois, de l’affaire Activision cuvée 2013 ? Après les critiques survenues en 2012 face au laxisme de l’éditeur, qui laissait de jeunes ados faire la queue jusqu’à 7h pour jouer une poignée de minutes à Call of Duty dans un climat clairement craignos, on aurait pu espérer une accalmie cette année. Encore une fois, c’était bien naïf : non seulement l’éditeur est revenu avec un stand CoD énorme, mais avait promis aux 500 premiers arrivants sur son stand le mercredi matin une édition collector offerte de son nouveau titre. Une opération qui a eu lieu sans problème aux Etats-Unis, mais, qui, quelques jours avant la PGW, s’est très mal déroulée dans un salon de jeu à Milan, en Italie, où Activision avait dû fermer son stand à moitié détruit par une foule en furie.

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A 23h le mardi soir, devant le Hall 3…

 

Malgré des mesures prises par la Paris Games Week, visiblement totalement flippée – les 500 premiers « joueurs » étaient conviés à se regrouper devant l’entrée du salon et plus sur le stand d’Activision, notamment – ce qui devait arriver est arrivé et la nuit de mardi à mercredi fut très agitée : des centaines de personnes sont venus grossir les rangs de ceux qui patientaient depuis le mardi soir pour réclamer leur dû, alors que, sur sa page Facebook, la PGW indiquait la veille que les 500 « joueurs » éligibles à la récompense avaient déjà été atteints. Au programme : des barrières détruites, des vitres brisées, des vigiles échaudés… police et pompiers étaient sur place le mercredi matin pour tenter de sauver les meubles.

Il n’y a pas grand-chose à dire qu’il n’ait pas été écrit ou dit un bon millier de fois suite à ces événements : concept stupide qui pousse tout un tas de jeunes idiots à faire absolument n’importe quoi pour un jeu vidéo de guerre qui, s’il a (peut-être) un message à faire passer, ne le fait pas du tout passer à travers un public qui se montre à peine civilisé. On peut critiquer le troupeau de boeufs – et encore une fois c ‘est une insulte aux bovins – à l’origine de cette émeute pathétique, mais il faut aussi souligner que si les gens se montrent aussi peu civiques, c’est parce qu’on les y autorise. On peut donc dire merci au SELL, qui organise la Paris Games Week, ainsi qu’à Activision pour ce magnifique spectacle, qui a fait les choux gras de la presse spécialisée et généraliste et qui permet d’assimiler un peu plus les joueurs de jeux vidéo à des animaux – et rappelons d’ailleurs au passage que le président du SELL n’est autre que David Neichel, qui est – roulements de tambour – le directeur Général d’Activision Blizzard France.

« Tout ça, c’est pour faire gonfler les chiffres« 

A 12h le mercredi matin, l’entrée du salon, relativement déserte compte tenu des événements survenus quelques heures plus tôt, donnait l’impression qu’une véritable tempête était passée par là : détritus, flyers déchirés, canettes de Coca Zéro jonchaient le sol où des débris de barrières traînaient encore çà et là. A l’intérieur, c’était encore pire : si le service de nettoyage chargé de vider les poubelles semblait efficace,  difficile d’ignorer les cochonneries jetées par terre par les visiteurs. Là encore, le partenariat avec Coca Zéro, combiné à l’attitude honteuse des visiteurs, a fait son office.

A l’entrée, les agents de sécurité sont tendus, et les échanges avec certains visiteurs sont à fleur de peau : le ton monte avec un père de famille qui n’a pas imprimé ses billets, certain que le code-barre peut être scanné depuis son téléphone. Un vigile essaie, en vain. « Mais comment je fais, moi ? Je n’ai pas d’imprimante ! » Plus loin, un homme hurle après des gamins qui sont visiblement partis en vadrouille sans lui : il faut dire que se séparer dans cette foule compacte où les appels mobiles ne passent même pas est déjà périlleux pour les adultes, alors pour les enfants… d’ailleurs, la meilleure solution pour les parents était sans doute de se rendre dans l’Espace Junior, zone nettement plus calme et praticable du salon où Disney Infinity et Skylanders se menaient une guerre ouverte à coup de stand très bien mis en scène. D’autres acteurs du jeu destiné aux plus jeunes étaient présents dans ce hall séparé du reste, ce qui s’est avéré être la seule vraie bonne idée du salon.

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Une distribution de goodies plutôt bon enfant sur le stand de Skylanders.

 

De retour du côté bondé du Paris Games Week, la réalité revient au galop et l’heure et demie d’attente de la veille pour espérer essayer Watch Dogs apparaîtrait presque acceptable, quand la plupart des grands titres affichent une attente pouvant atteindre 3h, voire plus ! Mêmes les jeux sortis depuis plusieurs semaines, comme FIFA 14, n’échappent pas à cette règle qui semble désormais immuable dans le salon.

Désormais convaincus qu’on ne touchera pas une seule borne de jeu de la journée, nous entamons une petite discussion avec l’un des responsables d’un stand d’éditeur. Ce dernier a déjà l’air à bout après moins d’une journée d’ouverture du salon. Lorsqu’on lui demande si le SELL a conscience du caractère impraticable de l’événement, il sourit face à notre question naïve : « Bien sûr. Tout ça, c’est pour faire gonfler les chiffres des entrées et rendre les photos plus impressionnantes. Ca fait parler ! » Oui, ça fait parler, mais pas forcément en bien. L’émeute sauce CoD du matin avait déjà fait les choux gras du Web et, à part faire des photos des files d’attente bondées et des allées couvertes de détritus, difficile de trouver un moyen efficace de couvrir le salon avec un angle intéressant.

Où sont les goodies ?

Nombreux sont les visiteurs qui sont découragés par les files d’attentes. Certains persistent : Arnaud, un visiteur de 27 ans croisé au hasard à la sortie du stand Elder Scroll Online, nous explique avoir attendu 2h pour tester le titre. « C’était soit ça, soit je rentrais chez moi sans avoir testé aucun jeu » nous explique-t-il. Arnaud était venu l’année dernière :  » J’avais détesté l’ambiance. J’avais payé ma place et joué 5 ou 10 minutes à 2 jeux. Cette année, j’ai eu une invitation, je suis revenu pour voir si ça c’était amélioré. » Pour lui, si l’ambiance était un peu meilleure – il est arrivé après les événements du matin – il n’y a cependant pas de quoi se sentir à l’aise dans le salon pour y rester plus d’une journée. Nostalgique du Festival du Jeu Vidéo, Arnaud regrette notamment les allées praticables et les distributions de goodies sur les stands.

Il est vrai que la pratique n’est plus aussi répandue qu’il y a encore trois ans, et qu’elle a même quasiment disparue. Si on peut suspecter la crise d’être passée par là et d’avoir entraîné la réduction du budget tee-shirts et autres gadgets prisés par les joueurs, il ne faut pas écarter la possibilité que certains stands préfèrent désormais éviter ce type de pratique.

Une théorie notamment validée par un témoignage du présentateur Marcus, qui dénonçait le mercredi soir sur sa page Facebook une ambiance atroce au sein du salon :

« Plus tard dans la journée sur le stand de JeuxActu les mêmes crétins ont failli gâcher le show de Cyprien Gaming en se bousculant comme des abrutis, en escaladant les pylones du stand au risque de le faire s’écrouler, en se faufilant jusque dans les moindres recoins sans respect pour rien ni personne, en volant des manettes Playstation et tout ce qui pouvait leur tomber sous la main, et, cerise sur le gâteau, en insultant ma Boulet Team qui n’y était pour rien.
Devant tant de bêtise on a préféré annuler le gouter prévu à 16h pour éviter une nouvelle émeute… Lancer des bonbons et des goodies dans cette foule aurait été trop risqué pour la sécurité des autres visiteurs.
« 

L’animateur a néanmoins affirmé dans des messages publiés les jours suivants que l’ambiance sur le salon s’était améliorée : en toute honnêteté, nous n’étions pas là pour le voir, ayant préféré vaquer à d’autres occupations et écouler le retard d’articles accumulé sur GG en fin de semaine. Les retours que nous avons eu pour les journées suivantes sont cependant globalement tous les mêmes : meilleure ambiance que l’année dernière – mais il faut dire que le service de sécurité avait été particulièrement renforcé – mais bien trop de monde pour réellement profiter de ce que le salon avait à offrir.

Pas mieux, pas pire ?

La Paris Games Week, victime de son succès sur tous les points ? Peut-être… mais on ne peut pas nier que le SELL, le syndicat des éditeurs de logiciels de loisir qui organise le salon, ne fait pas grand-chose pour améliorer la situation : sans l’événement très malsain du mercredi matin, peut-être qu’aucun véritable bad buzz n’aurait entaché l’événement. Peut-être… mais en attendant, c’est ce que beaucoup retiendront.

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Tester The Elder Scrolls Online, la récompense de près de 2h30 d’attente.

 

Quant au contenu pur et dur, il y a également à redire : en se déroulant à peine deux mois avant les fêtes de fin d’année, la Paris Games Week est plus une vitrine d’achat qu’un lieu où l’innovation et l’exclusivité font rage. Certes, l’édition 2013 était l’occasion de découvrir les nouvelles consoles, mais le nombre de boutiques vendant produits dérivés – pas toujours sous licence – et jeux vidéo – dont certains, en précommande, n’avaient même pas encore de date de sortie – était plus élevé que l’année dernière. Payer pour venir dans un salon de jeu vidéo, ne pas pouvoir toucher une manette à moins de patienter des heures durant, mais être largement invité à acheter les jeux présentés, c’est ça, au final, la Paris Games Week. Et c’est bien dommage.

On aurait pu croire que l’édition 2012 de la Paris Games Week était une erreur de parcours que le SELL aurait voulu rectifier à tout prix pour redorer l’image du salon : au final, la cuvée 2013 a mis en avant le fait que le buzz à tout prix – bon ou mauvais – et la dimension commerciale de l’événement primaient avant le bien-être du public, l’accessibilité aux bornes et l’ambiance bonne enfant – ambiance qui n ‘était cependant pas pire que l’année dernière, au final, mais ce n’est pas nécessairement un compliment. Difficile, à ce stade, d’imaginer que le salon pourra rectifier le tir l’année prochaine tant la tendance s’avère forte, affirmée et même revendiquée, et ce ne sont pas les 245 000 visiteurs annoncés par la PGW qui vont encourager les organisateurs à changer de direction.

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L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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