[Reportage] PIFFF 2013 #3 : la couleur des sang-timents
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En festival, les jours se suivent mais ne se ressemblent jamais ! Pour cette nouvelle journée au PIFFF, fini l’amoncellement de cadavres, place au contraire à des films qui, s’ils continuent de verser dans la violence, donnent aussi la part belle aux sentiments. Car sur GentleGeek, on aime les films d’horreur, mais derrière chaque rédacteur se cache un petit cœur qui bat. Et oui, on a aussi nos fêlures. De la à dire qu’on est fêlés…

Animals

C’est presque devenu un incontournable du genre : tout festival de ciné fantastique y va de sa découverte espagnole ! Il faut dire que les ibériques, depuis quelques années, dominent quasi-sans partage le cinéma de genre européen. Après l’excellent The Body, grand prix mérité de la précédente édition mais toujours inédit chez nous, c’est Animals, premier long-métrage destiné au cinéma de Marçal Forés, qui prend la relève.

Non, je ne suis pas un Pedobear !

Non, je ne suis pas un Pedobear !

Film sensible et à fleur de peau, Animals suit Pol, un adolescent lunaire qui continue d’entretenir une forte amitié avec son ourson en peluche, doué de parole. Mais la vie suit son cours, et l’arrivée d’un nouveau garçon dans l’école va obliger Pol à se confronter au monde actuel et se chercher. Usant d’un ton flottant, Animals est et restera centré sur le monde de Pol, enfant incompris dont les difficultés relationnelles avec son frère n’auront de cesse de compliquer les choses. Pour autant, Marçal Forés nous évite le stéréotype du jeune timide asocial et coincé : certes, Pol est lunaire et adopte un comportement parfois étrange, mais Pol a quelques amis, peu, il est vrai, et se révèle même plutôt attirant pour certains représentants de la gente féminine. Idem avec l’ourson, dont la fonction symbolique et les apparitions sont ici parfaitement maîtrisées, évitant un énième cliché d’alter ego possessif ou sombrant dans la violence inutile. Car dans cette exploration des sentiments nouveaux éprouvés par Pol, le réalisateur ne perd jamais de vue que le plus violent reste la façon dont Pol ressent les ruptures et changements qui s’opèrent dans son univers. La violence physique ne fait qu’une brève apparition, pour installer une nouvelle image via les cicatrices, et les effets gore sont absents. Ce malaise des sentiments est parfaitement retranscrit par le jeune Oriol Pla, mais aussi par la réalisation flottante et le soin apporté à son esthétique par Marçal Forés. Illustrant la douleur du passage à l’âge adulte, la peur d’être blessé, Animals surprend par son ton cruel, amer, mais froid, détaché, à l’image d’un Pol qui reste neutre, statique dans un monde en mouvement. Si quelques passages du film tombent un peu à plat, notamment son instant « Columbine style », Animals reste un premier coup de cœur, un film sensible, intelligent, beau, et sans trop de clichés, bien qu’un peu classique à la fin. Une ode à l’adolescence, un peu comme l’était Donnie Darko avec qui le film partage de nombreux points communs, mais ici dans un style totalement différent. Nul doute que ce film touchant saura percer le cœur des spectateurs. Décidément, l’Espagne confirme encore sa pépinière de talents.

Opération diabolique

Deuxième jour, deuxième séance culte ! Explorant les classiques du cinéma fantastique dans leur diversité, c’est un retour en 1966 qu’effectuaient les spectateurs avec Opération Diabolique (Seconds, en VO), de John Frankenheimmer, et un changement de registre radical ! Dans ce film a mi-chemin entre le polar, le fantastique et la science-fiction, et le drame, un banquier las reçoit un mystérieux coup de fil d’un ami qu’il croyait mort. Répondant à sa demande d’aide, il se retrouve embarqué malgré lui dans une sombre affaire où une nouvelle vie lui est offerte.

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Fausto Fasulo avait prévenu en début de séance : préparez-vous à prendre une claque. Au final, quelque chose de fort se dégage en effet du film. Questionnements sur l’identité, le libre arbitre, la nature humaine, la science et ses limites, Opération Diabolique aborde de nombreux thèmes propres à son époque. Pour autant, Opération Diabolique ne ressemble à aucun autre film de son époque. Dans cette course à la seconde chance où un homme perd progressivement le contrôle des aspects les plus basiques de sa vie, la confrontation avec une réalité passée aura des conséquences irréversibles pour notre homme. A moins que l’engrenage n’ait été enclenché bien avant ? Bénéficiant d’une image noir et blanc d’un très beau rendu sur grand écran, Opération Diabolique a été conçu par une équipe de choc : outre Frankenheimer à la réalisation, signalons Saul Bass au générique et Jerry Goldsmith à la musique. Tout ce beau monde s’attache ainsi à faire d’Opération Diabolique une lente descente aux enfers, mais pas l’enfer que nous aurions imaginé : un meilleur des mondes beaucoup plus contemporain et sans technologie avancée. Jusque dans son final glaçant, le film de Frankenheimer dégage quelque chose, un sentiment indescriptible mais marque de fabrique des films qui ont compté malgré leur relatif oubli aujourd’hui. Une belle découverte sur grand écran.

All Cheerleaders Die

Après Les Sorcières de Zugarramurdi, d’Alex de la Iglesia en ouverture, le PIFFF proposait en ce jeudi soir un nouveau film de sorcières (mais en compétition cette fois), avec All Cheerleaders Die, de Lucky McKee (May, The Woman) et Chris Sivertson (The Lost, I Know Who Killed Me). Ce film n’est autre que l’adaptation d’un court-métrage réalisé par les deux bonhommes au début des années 2000, alors que ceux-ci étaient encore étudiants.

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Passé l’introduction en found footage assez drôle et noire, qui tape bien sur les clichés des pompom girls et la caricature des lycées américains, All Cheerleaders Die sombre dans le teenmovie faussement grinçant et transgressif, au lieu de poursuivre dans cette voie ironique. Les plus belles cheerleaders du lycée sont donc mortes dans un accident de voiture à cause des beaux gosses de l’équipe de foot, et reviennent sous la forme de vampires-zombies grâce à une lycéenne-outcast-sorcière, amoureuse transie d’une des cheerleaders… Ce mélange des genres tourne vite au fourre-tout : au lieu du film ironique et brocardant l’Amérique sexiste et misogyne promis, on se retrouve face à un film hésitant entre le teen movie, le film de sorcières, et celui de zombies/vampires, la comédie et le slasher, mais surtout face à un film faussement sociologique et féministe. S’il reste cependant relativement drôle, All Cheerleaders Die peine à trouver une vraie direction, balbutie trop longtemps et ne décolle jamais avant de se conclure par un « part 1 » qui n’augure pas grand-chose de bon…

Byzantium

Dernier film de la soirée : le très attendu Byzantium, de Neil Jordan ! Près de 20 ans après Entretien avec un Vampire, et en pleine période où le vampire est plutôt malmené par Twilight et consorts, le réalisateur irlandais s’essaie à nouveau au film de vampires, et une nouvelle fois, avec brio !

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Cette fois, l’histoire suite deux jeunes filles, prétendument sœurs, qui vivent cacher pour cacher un terrible secret, qu’elles portent depuis deux siècles… Coursées par une confrérie secrète qui n’admet pas les femmes dans leurs rangs, les deux vampires sont contraintes à faire profil bas et à se cacher dans une petite ville côtière irlandaise.
Comme un pendant féminin à Entretien avec un vampire, ici c’est par son journal intime (dont elle déchire les pages sitôt écrites) et par une rédaction qu’Eleanor (Saoirse Ronan) raconte son histoire. Le film est avant tout porté par son duo d’actrices, deux personnages aux caractères opposés, avec Gemma Aterton en mère maquerelle protectrice et surtout Saoirse Ronan en adolescente introvertie. Pour l’une, sa condition de vampire est une revanche sur la vie qui ne l’a pas gâtée, pour l’autre, un véritable dont elle ne peut se débarrasser ni même parler. Malgré quelques scènes gores, Neil Jordan revisite le mythe du vampirisme, pour lui donner une approche plus introspective sur la question de la condition de ces créatures marginales et hors du temps. Ici les vampires n’ont pas de canines acérées, ne craignent pas la lumière du jour et se reflètent dans les miroirs. La créature innommable sur une île au large des côtes irlandaises et ses cascades de sang semblent tirées de l’univers lovecraftien. L’approche esthétique du film, très travaillée, oscille entre des scènes d’époque, assez classiques, et des passages plus modernes, dans une Irlande actuelle un rien glauque. Les transitions d’une époque à l’autre sont fluides, et la conception du temps non linéaire dynamise le récit, bien que celui-ci connaisse quelques longueurs.
Avec Byzantium, Neil Jordan parvient à offrir un film original sur un sujet qui ne l’est plus et qui redonne un peu de sa superbe à la figure du vampire, bien malmenée ces derniers temps…

 

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Consequences will never be the same !

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