[Critique] La Belle et la Bête, de Christophe Gans
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Après les adaptations des Rivières Pourpres et de Silent Hill, Christophe « Le Pacte des Loups » Gans se lance dans une nouvelle adaptation, cette fois d’un conte bien connu du folklore : La Belle et la Bête, avec Vincent Cassel et Léa Seydoux. Retour sur une aventure poilue.

Le principal inconvénient quand on se trouve face à une telle adaptation, c’est qu’avant une originalité à couper le souffle, on cherche une fidélité à l’histoire originelle. En ce sens, le film de Gans ne détonne pas avec nos attentes : pas de révolution dans le genre en vue. A titre de comparaison, Blanche-Neige et le Chasseur présentait cet aspect original retentissant, avec cette Jeanne D’Arc revisitée à la sauce Kirsten Stewart – et vu le résultat plus que mitigé, ce n’est finalement pas un mal que Gans ne se positionne pas ainsi.

Vous reprendrez bien un peu de Seydoux ?

Vous reprendrez bien un peu de Seydoux ?

Pendant deux heures, on suit les aventures de Belle, campée par Léa Seydoux – oui, vous savez, l’actrice qui est actuellement sur tous les fronts depuis qu’elle a décroché une sorte de Palme D’Or -, qui a courageusement décidé de se laisser séquestrer par un prince transformé en bête à la pilosité rédhibitoire pour toute aventure amoureuse. Vincent Cassel, donc. Première surprise. Léa Seydoux, qui n’a finalement brillé que par son effacement dans la Vie d’Adèle, et n’a été, dans ses autres rôles, que relativement intéressante, possède le jeu le plus vivant et le plus intéressant du film. Son alchimie avec Vincent Cassel fonctionne très bien. Mais dès que l’on sort de la thématique du couple féérique, c’est terminé. Même André Dussollier, pourtant habitué à des prestations brillantes, livre ici un rôle assez décevant, sans doute desservi par des dialogues déclamés avec très peu de conviction ou au contraire un jeu trop démonstratif, quasi théâtral. Les répliques en elles-mêmes souffrent du carcan du conte et d’une écriture d’un autre temps, en dépit de l’adaptation.

Le foisonnement esbaudissant, point fort du film

Le foisonnement esbaudissant, point fort du film

Si l’histoire en soi est traitée de manière très conventionnelle, il y a quelques trouvailles, notamment dans le design de certaines créatures, qui saura ravir tous les publics : autant les créatures les plus titanesques feront plaisir aux plus grands, qui auront une vague évocation de Shadow of the Collosus – si, si -, autant les petites bestioles qui peuplent le domaine de la Bête feront rire les plus jeunes – ou les grands enfants comme moi -. On en arrive à l’un des points forts du film : la photographie et les effets spéciaux. La première est magistrale, brillante, et l’inspiration picturale de Gans en devient évidente : on a vraiment l’impression d’être face à une suite de tableaux baroques, tout en effusion florale et en détails chatoyants. Les seconds sont inégaux, très convaincants dans l’ensemble des plans larges, beaucoup moins quand il s’agit de les voir de près. Gans est friand de plans larges qui tapent à l’œil, et dégagent une esthétique qui n’est pas sans rappeler Silent Hill – de nombreux clins d’œil sont dissimulés dans le film, sauras-tu les retrouver ? – et pourtant, en dépit de cette richesse de détails, l’impression qui se dégage est une stérilité étonnante. Une magnifique enveloppe vide. On mettra cela sur le compte du festival des écrans verts et bleus qui ont constitué le décor de la grande majorité du film. C’est comme Avatar : beau mais vide – rangez ces pierres, s’il vous plaît.

Un Vincent Cassel au poil (IL LE FALLAIT)

Un Vincent Cassel au poil (IL LE FALLAIT)

Globalement, Christophe Gans livre un divertissement AAA qui se laisse regarder, fidèle au conte, servi par un duo d’acteurs très attachant et crédible, sans réelle âme, accompagné d’une musique épique. Plus important, La Belle et la Bête est un conte qui s’adresse à tous, sans exception, ce qui en fait un film sympathoche à aller voir en famille, très beau et qui remplit consciencieusement son contrat, même si l’on peut déplorer quelques longueurs. En revanche, si vous cherchez un film audacieux et bien rempli, passez votre chemin. C’est dommage, parce que Gans a un tas de choses intéressantes à dire, notamment sur le focus sur le personnage féminin, seulement effleuré dans le film.

Sortie le 12 février au cinéma.

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