[Critique] L’Etrange couleur des larmes de ton corps
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Quatre ans après Amer, le duo Hélène Cattet/Bruno Forzani revient avec L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps, et pousse ses expérimentations néo-giallesques dans leurs derniers retranchements… 

En rentrant de voyage, un homme s’aperçoit que sa femme a disparu. L’appartement est pourtant fermé à clé de l’intérieur. Il commence donc à enquêter sur les conditions étranges de sa disparition. L’a-t-elle quitté ? Est-elle morte ? Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, les dédales de son appartement et de son immeuble deviennent une sorte de gouffre d’où toute sortie paraît exclue…

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Voila pour le pitch derrière ce titre et cette affiche si poétiques et intrigants. Mais le scénario de L’Etrange couleur des larmes de ton corps n’est que le prétexte pour donner libre cours aux expérimentations d’Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Quelque part entre Argento et Lynch, dans les décors magnifiques d’un immeuble art nouveau, on suit le personnage masculin dans une quête, une odyssée où chaque élément a un double sens. Les récits et les différents niveaux de temporalité et de réalité se superposent et perdent le spectateur. Si dans Amer, les repères narratifs étaient encore là pour que le spectateur puisse se raccrocher au réel, ici ils sont totalement explosés et pulvérises au profit d’un travail incroyablement soigné sur l’image et le son.

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Car la force de L’Etrange couleur des larmes de ton corps, c’est d’être une expérience sensorielle comme on en vit rarement au cinéma. Oppressant, le film pousse le spectateur dans ses derniers retranchements. Des tons bleus, rouges et verts, des gros plans, de la forme des blessures et de leur signification, se dégagent une certaine sensualité, une poésie macabre. Avec une BO qui à elle seule est un véritable hommage au giallo des 70’s, le travail sur le son est l’élément le plus remarquable du film, et frappe le spectateur du début à la fin, jusqu’au malaise et à l’overdose de bruits de cuir, de lames, de respirations et de soupirs de femme…

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Bluffant par l’image, oppressant par le son, L’Etrange couleur des larmes de ton corps a un véritable impact sensoriel et physique sur le spectateur. Mais la force du film est aussi sa faiblesse. Là où certains seront subjugués par la prouesse artistique de l’œuvre, d’autres n’y verront qu’un pur exercice de style arty un peu vain. Loin de faire l’unanimité, L’Etrange couleur des larmes de ton corps n’en demeure pas moins une prise de risque et une vraie proposition de cinéma, un voyage sensoriel qui ne laissera aucun spectateur insensible, dans le bon comme le mauvais sens du terme.

L’Etrange couleur des larmes de ton corps, d’Hélène Cattet et Bruno Forzani, sortie le 12 mars 2014.

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POUET

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