[Critique] Mister Babadook
Share

Petite sensation des festivals, notamment à Sundance et Gerardmer (où il a raflé pas moins de quatre prix), Mister Babadook, le premier long-métrage de Jennifer Kent, sort enfin dans les salles françaises, l’occasion de vérifier si l’on tient là un des films d’horreur de l’année ou juste un succès de festival à la réputation usurpée… 

Amelia ne s’est jamais remise de la mort de son mari dans un accident de voiture, alors que celui-ci la conduisait à la maternité pour accoucher. Six ans plus tard, elle ne parvient pas à aimer son fils Samuel, qu’elle tient pour responsable de la mort de son mari. Samuel, enfant hyperactif et assez tête-à-claques, il faut l’avouer, est la proie de cauchemars qui prennent une tournure démesurée. Le responsable : le Babadook, un monstre sorti d’un livre en relief au contenu menaçant, arrivé on ne sait comment dans leur maison. La créature qui hante les nuits de l’enfant semble de plus en réelle, et Amelia commence elle aussi à sentir sa présence…

babadook2

Jennifer Kent nous livre un film d’horreur à l’ancienne, dans la veine de The ConjuringTrès classique dans sa forme, ce premier film de Jennifer Kent renoue avec le cinéma d’horreur à l’ancienne, et rappelle en cela The Conjuring de James Wan. Tout est là, ou presque : l’exposition, l’incursion du fantastique dans la réalité, la déconstruction de la cellule familiale, déjà en crise, le quasi huis-clos dans cette grande maison ancienne… Le Babadook, sorte de boogeyman issu d’influences diverses, avec des griffes à la Freddy Krueger, une gestuelle à la Nosferatu de Munau et à la voix semblable à celle du fantôme dans The Grudge de Takashi Shimizu, n’est pas aussi effrayant que le livre duquel il est issu, véritablement flippant. Car si le look du Babadook aurait pu être un peu plus travaillé – la bestiole est, comme dans The Conjuring, plus flippante quand elle n’est pas montrée au final – le livre quant à lui est un petit bijou malsain qui va terrifier les protagonistes.

Babadook1

Si la forme est très classique, le fond l’est moins, avec des thèmes et des personnages profonds La mise en scène est maîtrisée, les décors et la photographie soignés, et les effets sont réussis, ne sombrant pas dans la facilité du jump scare de base. Tout cela nous ramène encore une fois à ces effets classiques, mais toujours efficaces, du cinéma d’horreur traditionnel : porte qui s’ouvre toute seule, objet maudit qui réapparait de manière inexplicable dans la maison, coups frappés à la porte, etc., le tout accompagné d’un très bon travail sur le son du film.

Si la construction de Mister Babadook et ses effets sont très classiques (et ce n’est pas une critique, loin de là !), le fond et le traitement des thèmes, eux, le sont moins. Mister Babadook fait plus que simplement revisiter les peurs enfantines du monstre sous le lit ou dans le placard. En amenant le personnage de la mère dans les apparitions du Babdook, Jennifer Kent nous laisse toujours dans l’interrogation : le Babadook existe-t-il vraiment, ou sommes-nous juste en train de regarder une mère s’enfoncer dans la folie, dans une sorte de Shining au féminin ?

babadook3

La conclusion, volontairement ouverte, laisse libre-court à l’interprétation de chacunLoin d’être des clichés ambulants, les personnages sont bien écrits, et Jennifer Kent les a dotés d’une véritable profondeur. La dimension dramatique du film est portée à bout de bras par un duo d’acteurs au top, servi par l’impressionnante performance d’Essie Davis, qui se métamorphose tout au long du film, et de Noah Wiseman, remarquable pour son jeune âge. L’absence de père, la dépression, le deuil et l’absence de deuil, l’isolement, la folie et le désir d’infanticide sont autant de thèmes traités avec brio par Jennifer Kent, sans jamais sombrer dans le pathos ou le cliché. Seul regret : la conclusion, un peu trop ouverte, qui risque de perdre pas mal de spectateurs au passage mais qui pourra donner à d’autres de l’occasion de faire de multiples interprétations et relectures du film…

Verdict
Film d’épouvante à l’ancienne de très bonne facture, Mister Babadook est autant un film d’horreur qu’un drame humain et familial, qui, s’il ne s’épargne pas quelques défauts, reste un des meilleurs films du genre sortis cette année, et une preuve que les films de monstres et de croque-mitaines peuvent encore agréablement surprendre.

Mister Babadook, de Jennifer Kent, sortie le 30/07/2014.

Share
boogeyman Essie Davis Jennnifer Kent Mister Babadook monstres Noah Wiseman The Babadook
L'auteur

POUET

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire.