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En 2011, un petit gars sorti de nulle part avait dynamité les écrans avec The Raid, un film d’art martial brut de décoffrage, au postulat simple mais efficace, violent et spectaculaire. 3 ans plus tard, c’est cette fois-ci attendu au tournant que Gareth Evans revient avec The Raid 2, qui sort en salle mercredi 23 juillet. Un film qui, en plus de surclasser largement son aîné, impose Gareth Evans comme un réalisateur à suivre.

img_raid21Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama, jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission : Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de « Yuda », un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d’Uco, le fils d’un magnat du crime indonésien – son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime.

Si vous pensiez que The Raid avait mis la barre très haut, si vous attendez de pied ferme ce nouvel opus, fébrile de savoir si Gareth Evans va confirmer ou se prendre les pieds dans son propre piège, on vous rassure tout de suite : The Raid 2, Berandal ne surpasse pas le premier opus, non, il l’EXPLOSE A COUP DE MACHETTE dans tous les sens !

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The Raid 2 ne surpasse pas le premier opus, il l’EXPLOSE A COUP DE MACHETTEMettant en scène un policier incorruptible et spécialiste des arts martiaux coincé dans un immeuble infesté de malfrats, The Raid premier du nom s’était montré particulièrement efficace, en dépit d’une certaine répétitivité sur la fin, en raison de ses scènes d’actions brutales et spectaculaires, et du découpage et du rythme insufflé par Gareth Evans dans le film, pourtant cloitré à un seul lieu. Dès lors, le piège était facile de ressortir un même concept avec des changements de marge et resservir un The Raid bis.

img_raid29Mais le piège est facilement évité par le réalisateur Gallois : avant même The Raid, Evans murissait déjà un projet de film – intitulé Berandal – dans lequel un bad guy sombrait dans l’ultra violence. Mais trop couteux à réaliser, Gareth Evans n’avait pas pu obtenir le financement nécessaire pour le tourner, étant alors un total inconnu. Mais le succès de The Raid a rapidement changé la donne, et voila le réalisateur qui décide de réécrire son scénario pour en faire une suite digne de ce nom à son premier film. Une idée qui – en plus de montrer que Evans avait déjà des idées de malade plein la caboche avant de connaitre le succès – assure à The Raid 2 une partie de sa réussite : le film conserve ses fondamentaux (et notamment le Pencak Silat comme art martial premier) sans jamais se répéter.

Je tue un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…

Ceux que la violence du premier opus avait rebuté ne risquent certainement pas d’apprécier The Raid 2, tant le film pousse encore plus loin les chorégraphies démentielles et la barbarie du premier à un niveau bien supérieur. On va garder les superlatifs pour plus tard, on en aura besoin…

Prenant directement la suite de The Raid, The Raid 2 débute près de deux heures après les événements du premier film et plonge Rama dans un déluge d’actions et d’hémoglobine. Envoyé en prison pour infiltrer la mafia et démanteler l’organisation, le jeune flic Rama va en effet peu à peu tomber dans une spirale d’ultraviolence pour pouvoir survivre…

Quand il s'agit de tuer, Rama ne fait pas les choses à demi...

Quand il s’agit de tuer, Rama ne fait pas les choses à demi…

le film enchaîne sans cesse les moments de bravoureSi l’intrigue se veut légèrement plus dense et complexe que le premier épisode, le constat reste simple : passé la mise en place de l’intrigue, à base de guerre des gangs, de corruption, d’alliances et de trahisons, le film enchaîne sans cesse les moments de bravoure. Entre une fight dans les toilettes de la prison en guise d’ouverture, une séquence d’anthologie dans la cour de la prison, un clodo qui dézingue tout à cop de pied ou de machette, etc. : chaque nouvelle scène d’action est l’occasion soit de mettre la barre plus haute que la précédente, ou d’offrir un nouveau registre au film. A chaque fois que l’on pense avoir atteint un pic dans les scènes d’actions concoctées par Evans, la suivante vient tout remettre en question et explore de nouveaux horizons.

Car la où les combats de The Raid 1 devenaient un peu « communs » sur la fin du film, The Raid 2 multiplie les mises en situation, les trouvailles et autres idées fulgurantes à chaque baston. On a ainsi jamais le sentiment d’assister deux fois au même combat, et c’est à un réel crescendo dans la violence auquel nous assistons, avec une mention spéciale pour la fameuse Hammer Girl, dont les deux seules scènes du film marqueront les esprits à coup sur.

Retenez bien ce visage...

Retenez bien ce visage…

The Raid 2 a bien tous les arguments pour être une nouvelle référence du cinéma d’actionDans ce déferlement de violence, au bodycount impressionnant, Rama va devoir lutter pour ne pas renoncer à ses principes et sa morale, tout en assurant sa survie. Car qu’on se le dise : The Raid 2 est hargneux, brutal, les chorégraphies sont superbes, effrénées, maîtrisées tout en donnant une réelle impression d’assister à un combat craspec et parfois spontané. Par ses chorégraphies millimétrées, ses combats dantesques, et sa force de frappe, The Raid 2 a bien tous les arguments pour être une nouvelle référence du cinéma d’action/arts martiaux. Pour autant, le déferlement d’action et d’hémoglobine ne sont pas les seuls arguments du film.

The Raid 2 : le film d’action total ?

The Raid 2 a beau enchaîner les moments de bravoures, l’exercice aurait pu être vain si derrière, Gareth Evans n’effectuait pas un travail de réalisation et de découpage optimal pour maintenir une cohérence d’ensemble et insuffler le rythme nécessaire à son histoire.

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Car il en faut, du talent, pour tenir les gens en haleine pendant 2h30 en ayant le sentiment que seules 1h30 se sont écoulées. Si le film n’évite pas quelques longueurs par moment, l’ensemble reste quand même hyper digeste : Evans alterne savamment les plans furieux et rageurs des combats, avec des temps plus calmes nécessaires à l’avancement de l’intrigue. Et quand bien même certaines scènes de dialogues peuvent sembler couper le rythme, quelle classe, mine de rien, quand de simples phrasés parviennent à instaurer le nuage noir et la tension qui exploseront lors de la prochaine scène de fight.

GentleMafia, flinguez avec classe

GentleMafia, flinguez avec classe

La réalisation du Gallois décolle littéralement sur ce deuxième opusComme si, non content d’être lui aussi sorti de l’immeuble où les murs limitait sa capacité d’expression, Gareth Evans s’était senti poussé des ailes à l’air libre. La réalisation du Gallois décolle littéralement sur ce deuxième opus : entre les plans de dessus, le découpage frénétique mais jamais saccadé, toujours lisible, des scènes de combats, la caméra d’Evans met subliment en valeur les chorégraphies martiales élaborées pour le film, et n’oublie pas non plus de ménager des effets intimistes lors des temps plus calmes. On retiendra notamment le plan séquence illustrant la bataille dans la cours de prison, une baston d’anthologie où près d’une cinquantaine de figurants se mettent sur la tronche, sans qu’à aucun moment la confusion ne l’emporte !

un film cadré, lisible, mais toujours dynamique, rapide et percutant.A l’heure ou les Expendables et autres actioners se résument parfois à de la bouillie sur grand écran, ça fait du bien aussi d’avoir un film cadré, lisible, mais toujours dynamique, rapide et percutant. Gareth Evans ne se contente ainsi pas de filmer des scènes de combat, mais insuffle une réelle vie à son film, et témoigne d’un grand potentiel de réalisateur d’action.

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l’intégralité des principaux personnages, premiers et seconds rôles, présents à l’écran sont fouillésUn potentiel qui se retrouve d’ailleurs également dans l’écriture des personnages : si l’intrigue, malgré son côté alambiqué de surface, reste simple, l’intégralité des principaux personnages, premiers et seconds rôles, présents à l’écran sont fouillés, recherchés. Qu’il s’agisse de Rama, tiraillé entre son identité de truand temporaire et de flic/père de famille intègre, du bad guy emblématique Béjo, qui transpire la classe et la froideur, ou des émotions contradictoires d’Uco, fils d’un parrain local partagé entre loyauté et ambition dévorante, où même de la Hammer Girl, dont l’absence d’information lui donne une aura certaine, tous marqueront l’écran soit de leur charisme, soit de leur prouesse martiale, parfois des deux.

Prakoso, autre visage à retenir...

Prakoso, autre visage à retenir…

Le summum est atteint avec Prakoso, sorte de SDF au charisme monstre, qui après avoir massacré un groupe de personnes rien qu’avec ses orteils dans un autre combat marquant, est présenté comme un simple père de famille, soucieux de ses enfants et gendre idéal s’il n’avait pas sombré dans le grand banditisme. Ainsi, l’ensemble des personnages sont présentés de manières extrêmement humaine, chacun avec leurs caractéristiques, de manière très réaliste, sans pour autant s’éparpiller de trop dans son intrigue.

En conclusion : une tuerie immanquable !
The Raid 2 n’aurait pu être qu’une resucée mercantile surfant sur le succès du premier épisode. Au lieu de ça, Gareth Evans livre un film total, abouti dans sa forme, et démentiel dans son exécution. Un déluge de cascade, d’action et d’hémoglobine qui décolleront la rétine et feronot passer au spectateur 2h30 absolument jouissives. Mais le film se veut aussi soigné dans la réalisation de ses moments phares de baston que dans ses temps calmes et son écriture. Autant de facteurs qui confèrent à The Raid 2 un statut indéniable de pierre angulaire du cinéma d’action contemporain, qui marquera certainement les esprits lors de son passage en salle par son jusqu’auboutisme, tant dans l’accomplissement de ses scènes d’actions que dans sa conception globale. En deux mots : UNE TUERIE.

The Raid 2, de Gareth Evans, avec Iko Uwais, Julie Estelle, Yayan Ruhian, Arifin Putra, Cecep Arif Rahman, Alex Abbad. Interdit aux moins de 16 ans. Sortie le 23 juillet 2014

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