[Critique] A Girl Walks Home Alone At Night (Etrange Festival 2014)
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Pour son premier long métrage, la réalisatrice d’origine iranienne Ana Lily Amirpour adapte son court-métrage du même nom réalisé en 2011 et revisite le mythe du vampire. Produit par SpectreVision, la société de production d’Elijah Wood, A Girl Walks Home Alone At Night, est une des curiosités qui a retenu l’attention de GentleGeek à l’Etrange Festival.

Dans une ville fantôme iranienne, Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, une femme vampire erre la nuit, à la recherche d’une proie…

Ayant vécu en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis, la réalisatrice d’origine iranienne Ana Lily Amirpour injecte dans son premier long-métrage un large spectre d’influences, allant du western spaghetti aux films de David Lynch, en passant par les comics de Frank Miller, en passant par l’expressionnisme allemand. Tourné aux Etats-Unis, dans une ville supposée être iranienne, et dans un somptueux noir et blanc, avec une photographie et une esthétique soignées, A Girl Walks Home Alone At Night n’est pas qu’une simple histoire de vampire.

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Le film, comme son titre l’indique, retrace les errances nocturnes d’une jeune femme seule, vêtue d’une longue cape noire, silhouette fantomatique dans les rues désertes d’une ville glauque qui semble peuplée uniquement de dealers, de prostituées et de quelques gamins qui traînent. En quête de proies, la vampire ne frappe pas au hasard, s’érigeant en quelque sorte en justicière nocturne. Mais A Girl Walks Home Alone At Night dépasse vite le cadre du simple film de vampire, avec la rencontre entre la vampire et un jeune homme sous l’emprise de son père toxico. Ana Lily Amirpour réussit un brillant mélange des genres, entre le thriller, la romance et le fantastique.

Le rythme lent et contemplatif du film illustre la solitude des deux personnages, celle de la vampire, isolée du monde de par sa condition, et celle du jeune homme qu’elle rencontre, coincé dans ses obligations familiales. Il y a peu de dialogues entre les personnages, tout se dit dans les regards, les gestes et les silences. Le film est servi par un casting solide, avec Sheila Vand dans le rôle-titre, hypnotique et un Arash Mandi, aux airs de James Dean iranien.

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Le rythme lent, rappelant le Morse de Tomas Alfredson, n’empêche cependant pas Ana Lily Amirpour de faire passer un message dans son film, avec un sous-texte politique et une réflexion sur la condition de la femme en Iran, avec des rôles de femmes fortes, et un parallèle entre la cape de la vampire et la burqa. Sans s’engouffrer pour autant dans un discours politique et féministe, la réalisatrice laisse la part belle à la suggestion, à l’inconnu, au mystère, et à l’interprétation plutôt qu’au discours militant.

A Girl Walks Home Alone At Night représente donc un parti pris audacieux, une vraie proposition de cinéma. Il s’agit d’un film unique et inclassable, un véritable film étrange, un conte noir envoûtant et fascinant, exactemnt le genre de film que l’on attend de découvrir grâce à l’Etrange Festival.

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L'auteur

POUET

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