[Critique] It Follows (Etrange Festival 2014)
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Choisi un peu par hasard dans notre liste comptant près d’une quarantaine de films lors des 10 jours de l’Etrange Festival, It Follows s’avère être une excellente surprise, d’autant plus qu’on n’attendait pas grand-chose de ce film en compétition…

Pour Jay, 19 ans, l’arrivée de l’automne annonçait une saison d’école, de garçons et de weekends au bord du lac. Mais après une expérience sexuelle apparemment anodine, elle se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Face à cette malédiction, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire aux horreurs qui ne semblent jamais loin derrière…

Pour son second long-métrage, David Robert Mitchell, à qui l’on doit également The Myth of the American Sleepover, signe un drame horrifique très réussi, au carrefour d’influences diverses, allant de Gus Van Sant à David Lynch en passant par John Carpenter ou Jacques Tourneur.

Après avoir couché avec son copain, Jay se retrouve suivie par d’étranges apparitions (d’où le titre), et ce « it », cette chose qui la poursuit pour la tuer, peut prendre n’importe quelle apparence, et ne peut être vue que par elle. Entre le zombie et le fantôme japonais, cette chose avance en marchant, lentement, inexorablement. Le seul moyen de s’en débarrasser et de « refiler » la malédiction à quelqu’un d’autre, de la même manière que par celle où on l’a attrapée. Mais attention, si la chose réussit à tuer sa proie, elle remonte la chaîne de personne en personne…

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David Robert Mitchell prend le temps de poser l’ambiance et l’atmosphère, dans une banlieue pavillonnaire un peu défraîchie et monotone, avec ses rues désertes et sa quasi-absence d’adultes. Mais ce rythme lent, à l’image de celui de la malédiction qui poursuit les adolescents en marchant, n’empêche pas de beaux moments de tension.

It Follows fonctionne sur la peur et la paranoïa (justifiées) des personnages, puisque le moindre passant deviennent une potentielle menace… En découlent quelques scènes bien senties (la scène d’intro, celle de la plage, celle de la piscine) et de bonnes idées, avec des travelings et des plans circulaires, avec ces personnages flous au second plan, qui deviennent angoissants… L’empathie pour les personnages fonctionne assez bien, le film étant servi par u casting jeune mais solide. La BO électro anxiogène et l’utilisation des basses viennent renforcer le côté flippant du film.

Mais It Follows joue également sur plusieurs tableaux et, s’il rend hommage aux maîtres du genre, Carpenter en tête, ne se limite pas au cadre formel du simple film d’épouvante. David Robert Mitchell ne sombre pas non plus dans le teen movie ni dans le fun régressif et jubilatoire. Le réalisateur livre aussi une jolie chronique sur les tourments et amours adolescents, le passage à l’âge adulte et l’adieu à l’enfance. On notera aussi la mise en scène soignée, les cadrages et même quelques plans presque poétiques, qui témoignent du sens des images et du talent de filmeur du réalisateur.

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Enfin, si certains verront dans la malédiction qui touche Jay une métaphore du Sida, des MST et une forme de puritanisme et de conservatisme prônant l’abstinence des ados et jeunes adultes, on préfèrera y trouver une référence au thème de nombre de slashers des années 80, qui trucidaient les ados fornicateurs, ou encore un reflet de la culpabilité des ados, la malédiction prenant souvent la forme de corps dénudés et sales, si ce n’est celles des parents de ces derniers (Œdipe, bonsoir !).

It Follows est donc une des très bonnes surprises de cet Etrange Festival 2014, un drame horrifique doublé d’une chronique adolescente sur le sexe et le passage à l’âge adulte, en même temps qu’une déclaration d’amour au genre, qui fait de David Robert Mitchell un réalisateur… à suivre !

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L'auteur

POUET

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