[PIFFF 2014] Night Call, de Dan Gilroy
Share

Mercredi 20 novembre à 22 heures, c’est devant une salle bien remplie que le PIFFF a présenté Night Call, de Dan Gilroy, un des rares films du festival à bénéficier d’une sortie en salles (le 26 novembre prochain). Pour sa première réalisation, le scénariste de The Fall, Chasers ou encore Jason Bourne : l’Héritage, met en scène un Jake Gyllenhaal hallucinant en sociopathe manipulateur, dans un pamphlet sur les médias et leurs dérives sensationnalistes.

Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

Avec son étiquette « par les producteurs de Drive », Night Call semble jouer sur la même imagerie, avec sa voiture parcourant Los Angeles de nuit et son titre français, Night Call (alors que le titre original, Night Crawler, sied bien mieux au film), rappelant un titre de la BO du film de Nicolas Winding Refn. Mais la filiation avec le film du Danois s’arrête là.

Jake Gyllenhaal plays an unscrupulous news cameraman in the thriller Nightcrawler

Pour son premier film, Dan Gilroy, met en scène un personnage principal aux antipodes de celui joué par Ryan Gosling dans Drive. Jake Gyllenhaal (Louis Bloom) est magistral dans son rôle de sociopathe s’improvisant journaliste reporter d’images après avoir observé des chasseurs de scoop autour d’un accident de la route. Le loser pathétique aux traits émaciés (l’acteur a perdu une dizaine de kilos pour le film) se révèle en fait un personnage froid, calculateur, manipulateur, et surtout prêt à tout pour réussir. Traquant les accidents de la route, les meurtres et les incendies, le petit escroc va devenir un des reporters les plus en vue de LA, allant jusqu’à saboter ses concurrents ou mettre en scène lui-même les faits.

Certes le propos n’est pas forcément novateur mais, pour une fois, il est loin d’être manichéen. Dan Gilroy expose le monde pourri de la télévision américaine, et plus précisément celui des chaînes locales diffusant en boucle des images de drames du quotidien (accidents de la route, meurtres, incendies, etc…). Dans cet environnement empreint de voyeurisme et de cynisme, et dépourvu de toute éthique, Lou va très vite être dans son élément.

602

Détournant les qualités du self-made man, Dan Gilroy nous offre un personnage ambivalent, sous des apparences de loser attachant qui s’avère être froid, manipulateur et sadique, à la manière de Patrick Bateman d’American Psycho, sauf que ni le personnage, ni le film, ne sombrent dans la folie furieuse du film de Mary Harron.

Face à Jake Gyllenhaal, le reste du casting ne démérite pas. Mention spéciale à Rene Russo en directrice d’antenne à peine moins cinglée qui Lou et à Riz Ahmed, l’assistant de Lou et (timide) figure d’opposition à Lou et à sa folie.

Servi par une très bonne BO qui ne vient pas alourdir les temps forts du film, un montage dynamique, une mise en scène immersive et une photographie aux couleurs saisissantes, qui met toujours en valeur la ville, de nuit, en valeur, Night Call s’avère être une vraie réussite. Tout au long de ses presque 2 heures, le film reste prenant, haletant, hypnotique, avec des personnages, des dialogues remarquablement bien écrits et quelques scènes très bien senties.

nightcrawler-russo-2

Critique du monde des médias et de ses dérives, de la soif de reconnaissance et du rêve américain, sans jamais être pour autant moralisateur ni complaisant, Dan Gilroy laisse son personnage évoluer, et son public fasciné par une véritable ordure. Jake Gyllenhaal, véritablement habité, livre une performance de haut vol, qui a elle seule vaut le détour, car elle place le film dans les bonnes surprises de cette fin d’année.

Night Call, de Dan Gilroy, vu au PIFFF 2014, sortie en salles le 26/11/2014

Share
Dan Gilroy Jake Gyllenhaal Night Call Nightcrawler
L'auteur

POUET

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire.