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David Cage est ce qu’il est, il n’empêche que depuis la sortie d’Omikron, Quantic Dream est devenue le fournisseur officiel d’excuse pour le mal de poignet, avec ses QTE frénétiques et son gameplay minimaliste. 10 ans après sa sortie, Fahrenheit (Indigo Prophecy en anglais) est l’objet d’une remasterisation, sur PC et mobiles, pour une somme modique. Doit-on ou pas (ré)investir dans le jeu, et surtout dans un tube d’hémoclar ?  

Les petits cachottiers de chez Quantic. Alors qu’on pensait à une annonce imminente d’un portage JV du joli court-métrage Kara, voilà qu’une vieille rumeur ressurgit : une nouvelle version de Fahrenheit, d’après un mystérieux site promo sorti de nulle part, « a chilling feeling » (qui pointe désormais sur le site officiel du jeu). Une fuite Amazon plus tard listant une version HD Remastered disponible à la vente, la bête est  lâchée : New York sous la neige, take two.

Synopsis
Lucas Kane est un type comme les autres. Une vie rangée, un peu merdique sur le plan personnel, mais quand même. Sauf que du jour au lendemain, il se retrouve avec du sang sur les mains, meurtrier d’un homme qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, et reprend conscience alors que le cadavre se vide de son sang. C’est le début de la chasse à l’homme, menée par deux flics, Tyler et Carla, avec en fond, une mystérieuse vague de froid s’abattant sur New York. D’un côté, vous incarnerez Lucas, dont la confusion n’a d’égale que sa volonté de découvrir la vérité, puis les deux flics lancés à ses trousses, dans une astucieuse construction quasi théâtrale.

On sait plus ou moins à quoi on s’embarque quand on joue à un jeu Quantic. Des dédales narratifs, des destins croisés, des conséquences de choix sur le jeu, parfois dramatiques. Mais Fahrenheit, avec le recul accumulé des années et des différents jeux sortis, est clairement une sorte de brouillon de Heavy Rain et Beyond : Two Souls.Mais Fahrenheit, avec le recul accumulé des années et des différents jeux sortis, est clairement une sorte de brouillon de Heavy Rain et Beyond : Two Souls. Un brouillon étrange, taillé dans la pierre des blockbusters. Autant dans le casting – on retrouve les stars du doublage de l’époque pour la version française, entre Keanu Reeves et Angelina Jolie –, que dans la bande-originale – rien de moins que le compositeur de la musique de Twin Peaks. Et dans ses ambitions : mêler différentes influences, définitivement ancrées dans le temps. Et les inspirations sont très peu subtiles : ici Twin Peaks, son ambiance et sa musique, là Matrix, ses scènes d’actions invraisemblables, l’écran splitté indéniablement inspiré de 24. Un personnage directement tiré de l’univers d’Hannibal Lecter et une séquence digne du Silence des Agneaux. Un soupçon d’X-Files, lorsque Tyler et Carla s’échangent des coups de téléphone pour finir par se demander de faxer des informations. Très vite, et grâce au jugement a posteriori que l’on peut avoir des jeux de Quantic Dream, on se rend compte que Fahrenheit n’est plus tant un chef d’œuvre vieillissant qu’à un patchwork prédictif des morceaux un peu délirants de David Cage : les twists paranormaux, le moment où la romance arrive comme la perruque de Lady Gaga sur la soupe, et la spiritualité que l’on retrouve dans le chapitre le plus ennuyant de Beyond : Two Souls. C’est aussi ça qui a son charme, dans Fahrenheit : le côté lecture a posteriori du jeu. Et Quantic Dream l’a très bien compris, et fait de son jeu remasterisé un repaire d’autocitation assumée, à commencer par la belle pochette de vinyle aux couleurs de Beyond : Two Souls. Les dialogues, parfois niais au possible, engluent Fahrenheit dans son époque, en dépit de ces clins d’œil. La narration à suspens fonctionne toujours très bien, même si certains détails paraissent aujourd’hui assez superflus. Et clairement, les monologues intérieurs en plein milieu de l’action pour signifier que Lucas est fan de Shakespeare ont été has beenés depuis le roi boîteux Remember Me. Indéniablement, le jeu a vieilli, même si l’expérience narrative de Fahrenheit est toujours aussi sympathique à parcourir.

 

 

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L’intégrale des tubes d’Ellen Page en vinyle et sur Spotify

 

Parlons maintenant du gameplay, et donc de la raison principale pour laquelle on achètera ou non le jeu. Si le lifiting des textures ne vient pas révolutionner le jeu – d’ailleurs vous pourrez vous faire votre propre idée en switchant entre la HD et la SD – mais reste très honnête , le gameplay gagne clairement en lisibilité : les QTE brouillonnes qui ont pu vous faire vous arracher les cheveux sont désormais beaucoup plus faciles à aborder, grâce à une extension physique. Les boutons à enfoncer dans le bon ordre occupent une plus grande partie d’écran, et s’affichent clairement, dans de belles couleurs criardes. Et révolution majeure, elles sont beaucoup plus indulgentes, permettant une progression dans l’histoire beaucoup plus souple. Des indications qui n’étaient pas présentes dans le jeu originel, notamment dans la mission du hangar, sont désormais clairement affichées sur la minimap. Et franchement, un peu d’éclaircissement ne fait pas de mal. Bienvenue en 2015, où la frustration dans l’expérience de jeu doit être minimalisée.

Etrange conséquence du gain de lisibilité et de souplesse : si les QTE prennent désormais plus de place, elles font obstacle à la compréhension des actions qui se passent en arrière-plan. Le regard fixé sur les gros boutons, et s’en est terminé de l’admiration des performances physiques de nos héros. C’est un peu dommage, d’autant qu’elles étaient plutôt bien travaillées, même si les références aux combats de Matrix sont désormais bien lourdes. Et chez Quantic Dream, clarification ne rime pas avec simplification : ainsi, les QTE sont toujours longues comme des jours sans pain, injustifiées et pénibles, surtout lorsqu’il s’agit de remplir la barre d’efforts physiques, parfois bien plus présente que nécessaire, alors que des QTE simples auraient été amplement suffisantes. Et que ce soit sur clavier comme à la manette, elles restent un défi pour les novices.

 

A l'ancienne

A l’ancienne

C'est quand même un peu mieux

C’est quand même un peu mieux

 

En soi, ce qui a principalement changé, mis à part un gameplay plus souple, c’est le recul que le joueur peut avoir entre 2005 et 2015 : Fahrenheit fait partie de ces blockbusters malades, nés des fantasmes de grands enfants avec beaucoup de pognon, brouillons annonciateurs des œuvres à venir, plus sages, plus mesurées, et plus perfectionnées.Fahrenheit fait partie de ces blockbusters malades, brouillons annonciateurs des oeuvres à venir Comme bien des œuvres ambitieuses, films, séries ou jeux vidéo, il commence bien, est prenant, fascinant, puis part complètement en couilles à un moment un peu indéterminé. Mais un moment plutôt judicieux, puisque trop tard pour ne pas décrocher du jeu, et chercher le dénouement à l’histoire, et trop tôt pour ne pas l’excuser. Des personnages un peu has been et désuets, mais outés du temps par un gameplay un peu plus moderne. Il faut prendre Fahrenheit comme un vieil ami qui aurait changé tout en conservant ses habitudes familières, mais que l’on retrouve avec plaisir, avec beaucoup d’indulgence, et sans le brusquer. Bon. Je reprendrai bien un peu d’hémoclar moi.

 

YOLO

YOLO CHUIS CACHAY

Fahrenheit : Indigo Prophecy Remastered
Editeur : Quantic Dream
Sortie : 30 janvier 2015
Plateformes : PC, Linux, Mac, iOS, prochainement sur Android

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