[Review] Howard the Duck #1 (vol. 3, 2015) – Marvel Comics
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Quarante deux ans après sa première apparition dans Adventure into Fear #19 (décembre 1973), le canard le plus badass de l’univers Marvel revient dans une nouvelle série rien qu’à lui. Scénarisé par Chip Zdarsky et dessiné par Joe Quinones, le premier numéro est sorti le 11 mars.

Synopsis: Tout droit sorti de… de la scène post-générique à la… la fin d’un… film populaire… Howard the Duck (vous pouvez toujours rêver pour que je traduise par « Howard le Canard », c’est niet) est de retour ! Rejoignez le détective privé de l’univers Marvel dans des enquêtes bizarres que seul un canard parlant peut résoudre (Solveig tu roxes du poney !). Laissez Chip « Sex Criminals » Zdarsky (un auteur plus connu en tant qu’artiste) et Joe Quinoes vous guider à travers son nouveau monde où il affronte la Chatte Noire et de mystérieuses forces venues de l’espace ! Waugh !

Personnage à part dans l’univers Marvel, Howard the Duck apparaît en 1973 sous la plume (de canard, donc) du génial Steve Gerber et de Val Mayerik. Débarqué accidentellement sur la Terre 616 (la Terre de l’univers Marvel) depuis la dimension parallèle de Duckworld, un monde où nos amis les palmipèdes ont clairement mieux réussi que chez nous, Howard se retrouve coincé et obligé de vivre parmi les humains. Et c’est pas facile d’être un canard dans un monde peuplé de singes sans poils qui parlent. Surtout un canard dépressif, cynique, malchanceux et grand fumeur de cigare.

À la manière de Dave Sim avec Cérébus, Gerber entraine Howard dans des aventures résolument absurdes, profitant du décalage entre le personnage et son monde d’adoption pour donner un ton satirique et décalé à la série tout en jouant allègrement avec les genres, de la fantasy au polar en passant par le récit métaphysique et la parodie. Cette première série d’Howard the Duck, débutée en 1976, est un rapide succès critique mais marque également l’histoire des comic-books en constituant l’un des premiers cas médiatisés de conflit entre Marvel et ses auteurs à propos des droits des créateurs sur leurs personnages. En 1978, Steve Gerber est débarqué sans ménagement et la série continue jusqu’au milieu des années 80 sous la plume de différents scénaristes (C’est notamment Bill Mantlo, le papa de Rocket Raccoon, qui introduira le monde de Duckworld, dont Howard est supposément issu, au grand dam de Gerber).

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Howard the Duck #22 (1978) Le canard retrouve Man-Thing pour des aventures galactiques absurdes.

La deuxième (mini) série consacrée au canard accro au tabac, publiée en 2001 sous le label MAX (la version explicit content du catalogue Marvel), permet à Steve Gerber de reprendre la main sur son personnage d’aller encore plus loin dans le développement des thématiques qui lui tiennent à cœur. Iconoclaste et sans concession, la seconde bouture des aventures d’Howard parodie encore allègrement les comics, offre une critique au vitriol de références de la pop culture et dénonce franchement le fondamentalisme religieux tout en gardant l’esprit de la comédie satirique absurde propre à la série.

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Howard the Duck #1 (2001) version MAX, avec des couvertures de Glenn Fabry. C’était aut’ chose.

En 2015, que reste-t-il d’Howard the Duck ? J’avais franchement été très agréablement surpris de voir apparaître le personnage dans la scène post-générique des Gardiens de la Galaxie. Bourrés de clins d’œil et de références parfois pointues à l’attention des lecteurs de comics, le film de James Gunn, dont les distributeurs n’attendaient pas vraiment le succès, était un vrai travail de fan et le caméo d’Howard apparaissait comme un bel hommage au personnage de Gerber (décédé en 2008). Évidemment, ça ne pouvait pas s’arrêter là. Par un heureux hasard de calendrier éditorial (hem), les mois suivant la sortie du film ont vu apparaître un certain nombre de séries connexes très aléatoires d’un point de vue qualitatif: Guardians of the Galaxy, Rocket Raccoon, Gamorra, Legendary Star-Lord, Guardians of the Galaxy Team-up. Une série régulière Groot est même prévue à partir du mois de juillet (j’ai comme un doot sur la qualité des dialogues d’ailleurs *badum tsss*).

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« That’s gross, man »

Au milieu de cette déferlante, une nouvelle série Howard the Duck. Pourquoi pas. Le premier problème, dès la lecture du synopsis officiel, c’est que le lien est clairement établi par Marvel entre le film des Gardiens de la Galaxie (« un film populaire », tu m’étonnes) et le personnage. Ça part mal, on sent venir à toutes berzingues la série opportuniste parachutée pour surfer sur le tsunami commercial de produits dérivés du blockbuster estival. Après tout, comme Rocket Raccoon a réussi à séduire le public massivement, pourquoi ne pas ressortir de la naphtaline tout le reste de la ménagerie que l’éditeur conserve dans ses cartons ? En plus il apparaît à la fin du film celui-là, alors autant en profiter. Mais ne soyons pas mauvaise langue gratuitement et voyons ce que Marvel nous a pondu (hohoho) avec ce canard aux œufs d’or (hahaha).

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Howard the Duck #1 (2015) Un palmipède palmi nous. (Notez le subtil Groot en pot planqué derrière le titre)

Passons rapidement sur les détails désormais incontournables (mais toujours aussi désagréables) d’une publication Marvel : le rapport qualité/prix (3,99$ pour un fascicule imprimé sur du très mauvais papier, avec une pub toute les trois pages pour seulement une trentaine de pages) est franchement mauvais, surtout par rapport à ce qu’offre la concurrence. Ça n’empêche pas l’éditeur de proposer, (énième) numéro 1 oblige, pas moins de sept couvertures différentes dont l’intérêt, il faut le dire, est franchement limité pour certaines d’entre elles.

La série est classée T+ (Teens and up), soit un contenu approprié aux « ados » de 13 ans et plus. C’est mal barré si on s’attendait à retrouver l’orientation mature de la mini série de 2001, mais assez cohérent finalement si le but est d’attirer au maximum les jeunes fans nouvellement acquis à la cause de notre canard. Le style de dessin de Joe Quinones, léger et cartoony, se prête plutôt bien à cette nouvelle ligne directrice et il est dans l’ensemble loin d’être désagréable. Ceci dit, c’est parfois un peu trop épuré et le décor en pâtit régulièrement au profit de fonds simplement colorisés qui donnent une vague impression de vide. La colorisation de Rico Renzi, d’ailleurs, accentue cet aspect cartoon avec une palette pastel résolument flashy parfois un peu agressive pour l’œil, surtout quand il s’agit de meubler toute une case, voire toute une page, avec des aplats fluo (la page où Howard et Tara s’entrainent est en particulier bien douloureuse à regarder tant les couleurs écrasent le dessin).

Dans cette nouvelle bouture d’Howard the Duck, nous sommes censés comprendre – sans qu’on nous l’explique vraiment (sinon par l’en tête de la couverture) – qu’Howard n’est plus complètement paumé dans le monde des hommes, mais qu’il a fini par s’y faire. Exit au passage Cleveland, la ville dans laquelle il avait majoritairement subi ses précédentes aventures : voilà notre canard bombardé détective privé à New York (sans qu’on sache pourquoi, d’ailleurs), ce qui l’amène nécessairement à être confronté à un paquet de super-héros bien plus populaires (et plus bankable) que lui. Soyons clair : le fait qu’Howard soit devenu un privé n’a strictement aucun intérêt dans l’intrigue principale, sinon pour justifier une phase de présentation/caractérisation des personnages longue et poussive qui dure pratiquement tout au long de ce premier épisode. La scène d’ouverture présente une chasse à l’extraterrestre pliée en une page. Howard étant un véritable aimant à emmerdes, il paraît clair d’entrée de jeu qu’il sera la prochaine cible du mystérieux chasseur à peine esquissé dans cette introduction expéditive. Ce qui nous amène à Howard, version détective privé, qu’on découvre d’entrée de jeu en taule, en train de se faire gueuler dessus par un clodo. Le comique de situation et l’humour vaguement sarcastique seront vraisemblablement le fil rouge de cette troisième série, à commencer par un déluge de blagues aussi subtiles qu’originales (ou pas) sur le fait qu’Howard est un CANARD. No shit, Sherlock ? On aurait pu avoir un doute si la série s’appelait Howard la loutre, mais là, il me semble que la nature d’oiseau aquatique du héros laisse assez peu d’incertitude au regard de la classification de Buffon. Non ? Alors un peu de pédagogie s’impose.

Un de ces animaux n’est pas un canard. Saurez-vous trouver lequel ? (Vous avez une minute)

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Ayé, vous avez trouvé?

Cela étant dit, revenons à notre palmipède. En tant que privé, Howard manque cruellement de crédibilité (mais encore une fois on s’en fiche, ça n’a aucun intérêt dans l’intrigue) ce qui, encore une fois, laisse la porte ouverte à un certain nombre de blagues plus ou moins efficaces. Son nouveau métier l’amène à partager le même immeuble que le cabinet d’avocat de She-Hulk, ce qui pourrait servir à quelques intrigues ultérieures si la série dépasse les six numéros avant de se faire discrètement annuler par l’éditeur. Beverly, la compagne humaine d’Howard dans les deux premières séries, a disparu pour laisser place à une nouvelle venue : Tara. Sortie de taule en même temps qu’Howard, Tara vit dans le quartier, connait les ficelles de la rue, est tatouée, porte un blouson en cuir clouté et n’a strictement aucun charisme. La scène où Howard l’engage pour être sa nouvelle sidekick est d’ailleurs proprement ridicule et on y croit pas une seule seconde (« T’es engagée, y’a pas d’argent ! » « Ok, d’accord ! Bon, c’est quoi l’étape suivante ? » … Sérieusement ?). Mais c’est pas bien grave puisque elle non plus n’a aucun intérêt dans l’intrigue principale de ce premier arc.

La première enquête d’Howard et Tara consiste à récupérer un collier volé par Felicia Hardy, a.k.a Black Cat à un autre personnage totalement creux. Déguisés en livreurs de pizza (sigh), les deux héros vont donc tenter d’aller récupérer l’objet dans l’antre de la féline cleptomane et, là encore, l’humour ras-du-sol prend le pas sur l’action (« Les canards ont une vue deux fois supérieure à celle des singes sans poils, alors crois moi, il y a une pièce secrète là derrière ! » Dafuq ?). À partir de là, vous pouvez oublier l’enquête. Évidemment, Félicia Hardy débarque et elle n’est pas contente. Howard et Tara arrivent à s’enfuir grâce à un Deus ex machina que même le scénario ne prend pas la peine d’expliquer (« Qu’est ce que c’était que ça ? » « On s’en fiche ! » Merci, mais nous on aurait bien voulu sav… en fait non, on s’en tape aussi, continuez.).

Le chasseur entraperçu au début de l’épisode débarque en force pour enlever Howard, en tant que seul et unique canard parlant de l’Univers. Et dis donc, le chasseur en fait c’est un collecteur qui roule pour… le Collectionneur. Oh ? Le même que dans les Gardiens de la Galaxie, le film ? Ben ouais. C’est fou. Quelle coïncidence FRAPPANTE. Le scénariste aurait voulu faire un appel de pied racoleur aux nouveaux fans qu’il aurait pas fait mieux (oh, wait). ET C’EST PAS FINI parce que le cliffhanger de cet épisode, que je ne spoilerai pas par égard pour les victimes innocentes qui n’ont pas encore lu ce livre, est un chef d’œuvre de twist commercial totalement parachuté. Et je n’ai malheureusement aucun doute quant à la réussite de l’entreprise.

Spiderman pleure la "disparition" d'Howard: une scène aussi gênante que ridicule.

Spiderman pleure la « disparition » d’Howard: une scène aussi gênante que ridicule.

Cela étant, heureusement que Steve Gerber n’est plus là pour voir ce que Marvel a fait de son personnage. Si cette nouvelle série présente (quand même) quelques qualités qu’on espère voir se développer avec le temps (SI elle en a le temps), elle a totalement perdu de vue la substantifique moelle de la version originelle. Politiquement correcte (Howard n’a même plus le droit de fumer le cigare, putain, si y’avait UN attribut du personnage à ne pas lui retirer c’était bien celui là!), vaguement drôle mais vraiment pas méchante et surtout totalement mainstream, je ne donne pas cher des plumes de la série dans les prochains mois. Et ce n’est peut être pas plus mal, parce que je me suis déjà vraiment ennuyé en lisant seulement le premier épisode. Couac.

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