[Critique] Sous-sols (Etrange festival 2015)
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Si l’émission Strip-Tease avait donné un film, cela aurait probablement été Sous-Sols. Réaliste mais décalé, le nouveau documentaire de l’Autrichien Ulrich Seidl, présenté lors de l’Etrange Festival 2015, sort en salle le 30 septembre et nous offre une plongée dans les caves pas tout à fait communes de gens tout à fait communs.

Synopsis : C’est un film qui parle des gens et des caves, et de ce que les gens font dans leurs caves. C’est un film sur les obsessions. C’est un film sur une fanfare et les airs d’opéra, sur les meubles qui coûtent cher et les blagues désuètes, sur la sexualité et les salles de tir, sur la santé et le nazisme, sur les fouets et les poupées.

Montre-moi ta cave, je te dirai qui tu es

« Il ya quelques années, comme vous le savez, je me suis rendu compte que les Autrichiens aimaient beaucoup leurs caves. » C’est en évoquant clairement l’affaire Natascha Kampush, cette jeune Autrichienne séquestrée de 10 à 18 ans dans une cave aménagée par son kidnappeur à son propre domicile, qu’Ulrich Seidl avait présenté son travail au public.

Car l’idée derrière ce Sous-Sols, est bien de dévoiler la « part d’ombre » propre à tout individu, et qui s’exprimerait dans les caves. Un film dans lequel chacun pourra se reconnaitre ou s’interroger, puisqu’il met à jour le jardin secret d’invididus en apparence bien sous tout rapport. Qu’il s’agisse de notre voisin, de nos amis, voire de nous-même, la cave serait ce lieu fantasmé que l’on aménage en fonction de ses envies ou passions les plus secrètes, et que seul un cercle restreint de personne est amené à découvrir. Un symbole psychologique fort dont ne serons amenés à voir des matérialisations concrètes.

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Seidl nous propose ainsi d’en suivre quelques unes. Bien évidemment, les portraits proposés tout au long du documentaire sont loin d’être les plus banals : on y retrouve ainsi l’indétrônable nostalgique du 3e Reich, dont la cave est entièrement constituée de portraits du Führer, de drapeaux nazis, mannequins en uniformes, vaisselle d’époque et même une collection de 33 tours de musique militaire sur laquelle le propriétaire se plait à jouer du trombone. Evoquant sa peinture du Führer, l’homme raconte ainsi qu’il s’agissait de son cadeau de mariage, offert par des amis, et qu’il était tellement excité en le déballant qu’il n’avait qu’une envie : rentrer chez lui pour l’afficher tout de suite dans sa cave.

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Les soirées de Jean-Mi fon toujours Führer !

Autre figure incontournable : les SM et autres dominas, présentés ici sous plusieurs formes. Du couple composé d’un dominant et d’un dominé, dont nous assisterons à une partie des « sanctions » à base de poids attachés au penis et autres jeux de sangles, en passant par le dojo personnel d’un adepte des prostitués ou une femme membre d’une association de lutte contre les violence aux femmes adepte du SM, le film plonge quelque peu dans le voyeurisme en ne nous épargnant que peu de détails.

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La cave se rebiffe

Filmé de manière froide et sans aucune mise en contexte ou commentaire, Seidl laisse le spectateur seul en tête à tête avec les protagonistes pendant toute la durée du film, au risque, parfois, de générer un rire un peu moqueur et malsain là où la volonté est au contraire de n’émettre aucun jugement et de laisser le public faire sa propre mise en abîme vis-à-vis de ses propres désirs, admis ou non.

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Mais le documentaire, excellent au demeurant, réussi malgré ce point son pari : sa galerie de personnages et de situations variées offre forcément un point d’accroche au spectateur pour se connecter au récit et réfléchir sur ses propres pulsions ou fantasmes, entre l’homme qui a aménagé son hangar en stand de tir et se rêve agent secret/chanteur, les fantasmes et pulsions sexuelles que nous évoquions plus haut, ou même cette sexagénaire collectionneuse de poupées bébé ultra réalistes qui évoque de manière sous-jacente le désir de maternité ou son impossibilité. Sous-sols remue, prend aux tripes et amène à réfléchir sur nos propres envies, et ce qui relève du fantasme, du désir inassouvi ou de la névrose dans notre quotidien, et en parallèle offre un regard décalé et déluré sur les caves Autrichiennes.

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Plus généralement, Sous-Sols dresse un constat global et à froid de la société de nos jours, une société d’apparence où tout le monde se veut un voisin ou un ami sans histoire et où la suspicion « d’anormalité » n’est pas tolérable. Où quand la peur d’être jugé et rejeté – même si on ne fait de mal à personne – le simple goût de la transgression ou parfois une idéologie ou des actions contraires à la loi ou aux mœurs conduisent à investir leur Sous-Sol, à l’abri des regards, pour soit relacher la pression et vivre leurs envies, soit se constituer un refuge, une échappatoire dans un monde auquel on ne se sent plus appartenir.

Sous-Sols, de Ulrich Seidl. Sortie en France le 30 septembre.

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