[Test PS4] Dragon Quest Heroes : le crépuscule de l’arbre du monde
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Dragon Quest (Dragon Warriors aux Etats-Unis) est une saga de RPG aussi populaire que Final Fantasy au Japon qui aura bientôt 30 ans : le premier volet est sorti en mai 1986 et aura su forger, au fil du temps, un univers cohérent et riche en personnages mémorables. Mais contrairement à la série créé Squaresoft, celle d’Enix n’a jamais vraiment passionné les foules en occident et la sortie de Dragon Quest Heroes en Europe est un signal plutôt fort de la part de Square-Enix pour jauger la pertinence de sa licence au-delà du territoire nippon. Mais est-ce vraiment le meilleur titre du genre pour tester le public européen vis-à-vis de Dragon Quest?

Synopsis
Lorsqu’une obscure onde de choc frappe la ville d’Arbera, les monstres qui vivaient jusqu’alors en harmonie aux côtés des humains sont soudainement pris d’une rage destructrice. Dans la peau de Lucéus ou d’Aurora, vous incarnez le héros (ou l’héroïne) de l’histoire. Au cours de votre aventure, une sélection de personnages familiers tirés des opus précédents de DRAGON QUEST, tels qu’Alina, Bianca et Yangus, viendront se joindre à vous pour rétablir l’ordre dans le royaume et apaiser les hordes de monstres déchaînés.

Fan service deluxe

Disponible aussi sur Playstation 3 au Japon, seule la version Playstation 4 est disponible chez nous. Ceci étant, l’intégralité des DLC auxquels les japonais ont eu droit sont directement disponibles sur la galette. Un bonus appréciable, surtout pour celles et ceux qui sont familiers avec l’univers imaginé par Yuji Horii.

Et bim.

Ce dernier détail est important car pour apprécier à sa juste valeur le titre, il va falloir être un minimum fan pour être sensible et comprendre l’intérêt de ce cross-over entre les protagonistes des différents Dragon Quest. Cela permet de comprendre, entre autre, à qui font allusion Nera et Bianca de Dragon Quest V quand il est question d’amour et de mariage, de deviner que Kyril et Alina reconnaîtront sans problème Maya puisqu’ils viennent tous 3 de Dragon Quest IV, contrairement à Terry de Dragon Quest VI qui n’est pas fichu de reconnaître sa propre sœur mais qui est toujours en quête de plus de pouvoir. Du septième volet, on aura l’occasion de faire équipe avec Jessica et Yangus qui retrouvent aussi leur doubleurs d’origines en japonais.

Le doublage, disponible aussi en anglais, est de très bonne facture et on apprécie d’avoir le possibilité de choisir parmi les 2 langues. Square-Enix a également pris soin de traduire les textes en français et seules quelques coquilles pourront perturber les plus exigeants.

La réalisation fait honneur à l’hommage rendu à la saga illustrée par Akira Toriyama et le passage à la 3D des personnages respecte scrupuleusement les artworks du maître. On prend ainsi beaucoup de plaisir à voir ces derniers se mouvoir, les animations étant tout autant soignées, même si on aurait apprécié un peu plus de rigueur sur les expressions faciales qui restent, somme toute, assez sommaire, même lors des cinématiques pré-rendues.
Côté musique, on retrouve des thèmes des différents opus en version orchestrale, certains titres rappelant fortement les albums « symphonic suite » du compositeur attitré de la saga : Kōichi Sugiyama

Dynasty Warriors: kids edition

Côté gameplay, les amateurs de « Musou » retrouveront la patte de Koei dans le système de jeu. Seulement ici, vous aurez beaucoup moins de liberté et, forcément, beaucoup moins de personnages de jouable. Chaque héros dispose de son propre style de combat et de ses propres armes et il est possible de former une équipe de 4 personnages en incluant le héros ou l’héroïne. Côté équipement, vous aurez donc juste à vous soucier de mettre à jour l’arme pour l’attaque et l’orbe de protection pour la défense. Il est possible d’ajouter 2 accessoires à chacun d’entre eux également qui pourront soit améliorer les caractéristiques ou ajouter des effets supplémentaires.

Tout est simplifié à l’extrême pour que les joueurs se contentent essentiellement de dépenser leur argent pour s’améliorer, l’ensemble des activités de préparation étant centralisé dans un seul et même endroit. Il est également possible de remporter des médailles en accomplissant certains défis ou en éliminant un certain nombre d’ennemies que l’on pourra ensuite échanger contre des objets plus rares ou impossible à acheter.

Au cœur de la bataille, on se retrouve sur des maps à objectifs similaires à un Dynasty Warriors et les actions possibles sont on ne peut plus simple : un bouton pour les attaques simples, un autre pour les attaques « chargées », une touche pour sauter, une autre pour contrôler un autre personnage de l’équipe. Différents combos sont possibles mais on en fait très vite le tour, malgré l’accès à 4 compétences spéciales qui consommeront du mana grâce à la gâchette droite. On dispose également d’une super attaque en remplissant une jauge qui augmente au fur et à mesure que le compteur de « hits » progresse. Appelé « Tension », elle s’active en deux temps avec la touche rond : appuyez une fois pour obtenir une aura spéciale augmentant la plupart de vos caractéristiques et qui vous permet de ne pas consommer de mana pour vos sorts, puis une seconde fois pour lancer votre attaque ultime avant que votre jauge ne se vide. Les moins acrobates des doigts pourront activer un mode de gameplay simplifié qui permet de ne pas trop se soucier des enchaînements et de réaliser de jolies phases tout en s’amusant.

Les dialogues sont parfois inspirés.

Les dialogues sont parfois inspirés.

 

Le seul élément qui change concrètement par rapport à Dynasty Warriors, c’est la possibilité d’invoquer des monstres pour tenir des positions ou vous aider dans vos assauts. Aléatoirement, on peut obtenir des pièces spéciales en éliminant des monstres sur le champs de bataille, elles sont stockés durant la partie en court et peuvent être utilisés à n’importe quel moment à l’endroit où se situe le personnage que l’on contrôle. On dispose d’un certain nombre d’emplacements que l’on pourra augmenter via des quêtes et plus le monstre est puissant, plus il prend de place. Certains vous assisteront jusqu’à ce que mort s’en suive tandis que d’autres apportent une aide ponctuelle avant de disparaître. Cette nouveauté ajoute un peu de stratégie sans forcément faire travailler outre mesure votre matière grise : la majeure partie du temps, on se contente de placer un maximum d’alliés sur une position à défendre pour aller s’occuper d’une autre à l’opposé.

On ne s’attardera pas trop sur le scénario qui reprends des éléments clés de Dragon Quest, le tout dans une ambiance bon enfant, même si le charme de Maya a de quoi soulever quelques petites questions sur le public à qui le jeu s’adresse, notamment au regard de certains plans de caméra pas forcément très subtils. Mis à part ce détail, le titre semble clairement destiné aux plus jeunes et il faut bien comprendre que même en étant un fan adulte de la série, Dragon Quest Heroes ne semble s’adresser à aucun moment aux plus vieux dans sa  construction.

Un jeu coincé dans le passé

Malgré une réalisation exemplaire et la joie de trouver un titre qui fonctionne directement « out of the box », difficile d’avoir un avis totalement positif sur le titre qui cumule des défauts qui le rendent encore plus hermétique à ce que l’on attend d’un jeu vidéo de nos jours. Toute sa conception repose sur des mécaniques qui ont fait leurs preuves, mais qui se contente d’ici d’être appliqués à la lettre, rendant certaines actions anodines pénibles : ainsi, créer de nouveaux objets ou choisir ses quêtes est une véritable épreuve de patience car non seulement il vous faudra sélectionner chaque élément un à un, mais il faudra en plus supporter le même blabla du npc en question autant de fois que nécessaire. A se demander si les développeurs ont estimé que l’ergonomie des menus devait rester « old school » aussi (c’est à dire : chiant).

On peut aussi critiquer assez ouvertement une IA pas forcément très très réactive et au comportement totalement aléatoire, sur la phase en particulier ci-dessous, c’est assez flagrant et sur Playstation 3 comme sur Playstation 4, ça fait un peu tâche, le type de jeu n’excusant pas ce genre de problème.

Par ailleurs, le titre reste construit sur des bases très japonaises en terme de game design. Le jeu s’adressant aux plus jeunes, il y a peu de place pour l’originalité, même le système de points de compétences à placer n’offre pas particulièrement de liberté et reste très classique. La progression est donc très linéaire et ce sentiment ne nous quitte pas du début à la fin, malgré la possibilité de participer à des quêtes annexes qui proposent grosso modo de… refaire les missions précédentes.

On ressent également que le jeu a été pensé pour la Playstation 3 avec toutes les limitations que cela implique. Si les aires de jeu sont relativement grandes, on se dit que cela aurait pu l’être encore plus ou que le nombre d’ennemis affiché aurait pu être encore plus élevé. Graphiquement, il manque vraiment de vie et d’interactivité avec les décors. A titre d’exemple, les séquences de sauvetage ou de défense ne créent jamais l’illusion que l’on se trouve dans l’urgence de protéger des habitants sans défense et offre plutôt le sentiment de se battre dans des décors mortellement vide, l’absence de mise en scène dynamique et en temps réel renforçant cette impression.

Un brun et une blonde.

Un brun et une blonde.

 

Dynasty Warriors est un titre qui, déjà, ne demande pas forcément de faire fonctionner les neurones à pleins régime : Dragon Quest Heroes étant une version encore plus simplifiée du genre, le gameplay présente peu d’intérêt dans les phases d’action car on se retrouve très rapidement amené à spamer les mêmes sorts et à se contenter d’un seul combo efficace. La seule stratégie viable étant, finalement, de s’assurer de remplir la barre de tension des personnages avant de les déclencher pour faire un maximum de dégâts ou pour s’assurer d’achever un boss un peu récalcitrant : c’est le cas, par exemple, pour parvenir à vaincre Psaro (Dragon Quest IV).  Cela gâche un peu la recherche de stratégie viable pour parvenir à ses fins et révèle un certain manque de profondeur dans les situations possibles que le jeu pourrait proposer.

On utilise finalement peu l’esquive et le système de ciblage n’aide pas non plus à rendre cette action plus pratique. Des jeux comme Bayonetta ou Devil May Cry nous ont pourtant prouvé qu’une action bordélique et un bon système de ciblage + d’esquive n’est pas impossible. La répétitivité de l’action devient rapidement flagrante et l’ennui peut s’installer assez rapidement au bout de quelques heures de jeu.

L’histoire ne sauve pas vraiment le titre non plus : si on apprécie d’avoir un scénario cohérent qui justifie la présence des protagonistes des différents Dragon Quest, il faut s’attendre à une histoire particulièrement niaise qui ne surprendra peut-être pas les fans, mais qui aura du mal à convaincre les néophytes. Le titre ne s’adressant pas particulièrement à un public mature, on pourra toutefois noter que le casting ne manque pas de personnalité et de charme.

Victory.

Victory.

 

Pour finir d’enfoncer le clou, on ne peut s’empêcher, au fil de sa progression, de ne pas justement ressentir de quelconques évolutions et de se retrouver face à un système de point qui semble présent juste pour apporter la « touche RPG jap » au titre sans vraiment avoir plus d’incidence que cela. Les différents effets sont tellement négligeables en terme d’efficacité qu’on se retrouve assez rapidement amené à se concentrer sur la puissance pure sans jamais mettre à profit les différents états et éléments disponibles. Un gros déséquilibre se fait donc assez rapidement ressentir entre les différents héros jouables et certains d’entre eux, comme Bianca ou Terry, ne semblent souffrir d’aucun défaut entre rapidité, puissance et efficacité.

Dragon Quest Heroes est difficilement recommandable à moins de connaître un minimum la saga, et même dans ce cas, on ne peut que déplorer l’approche très scolaire du titre de Square Enix, qui ne prend finalement aucun risque et se contente d’être un bon jeu dans un décor qui peine à créer l’illusion d’un monde vivant et dans lequel on a envie de s’impliquer. Ce n’est sans aucun doute pas la meilleure façon de découvrir cet univers et si le jeu est loin d’être bâclé, il lui manque clairement de punch et de mises en scène pour donner un vrai souffle épique à ce qui se présentait comme un cross-over mémorable pour fêter dignement l’existence d’une série vieille de près de 30 ans.

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Dragon Quest Heroes génocide Koei Musou Square Enix
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