On a testé la Nintendo Switch, une console pas si folle
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La présentation par Nintendo de sa nouvelle console, la Switch, a été suivie d’une journée de présentation au Grand Palais, à Paris. Nous avons pu nous y rendre pour essayer quelques-uns des jeux qui seront disponibles à la sortie le 3 mars prochain, mais également prendre en main les fameux Joy-con et la version portable de cette nouvelle plateforme. Et on a été moyennement convaincus.

A mi-chemin entre une console de salon et une console portable, la Switch est étonnante. L’objet est joli, on ne va pas se mentir. Il est curieux, aussi. Capable de passer d’une console de salon, reliée à un téléviseur via une connectique HDMI, à une console portable grâce à un écran type tablette que l’on connecte aux Joy-con – les petites manettes de la console – la Switch est une plateforme qui se veut hybride. Après, avec une autonomie comprise entre 2h30 et 5h, vous n’irez tout de même pas bien loin avec, mais vous pourrez continuer votre partie de Zelda dans votre chambre, dans le jardin, ou bien aux toilettes #troplaclasse.

 Nintendo Switch

Les Joy-con, impressionnantes et frustrantes

Le premier truc qui surprend, c’est la manette que les démonstrateurs vous mettent entre les mains. Elles se nomment Joy-con. Au nombre de 2 – mais parfois, une seule suffit – elle se tiennent dans chaque main et rappellent les nunchucks de la Wii. Très très précises – le retour haptique est franchement impressionnant – elles permettent de jouer à des jeux de simulation comme Arms, qui propose à deux joueurs de se boxer de façon originale, mais elles se partagent également entre deux joueurs pour jouer à Mario Kart 8 Deluxe, ou encore pour s’affronter en duel dans les mini-jeux de 1 2 Switch. Enfin, quand vous voulez utiliser votre console en vadrouille, vous clipsez une petite manette de chaque côté de la tablette et vous obtenez une console portable de la taille de la tablette de la Wii U.

Parce qu’elles font office de manette, de nunchuck et de contrôleurs de tablette, les Joy-con sont réellement impressionnantes. Mais elles sont également frustrantes quand on a des mains d’adultes. En un mot comme en cent, elles sont minuscules, et ça rend la prise en main difficile dans bien des situations. Même pas besoin d’avoir de grosses mains ou de gros doigts pour éprouver des difficultés à en servir. Par ailleurs, il y a vraiment des boutons partout et il faudra un apprentissage évident pour arriver à maîtriser tout ça sans se tromper.

Gros potentiel multijoueur

La plupart des jeux que nous avons pu essayer se jouaient à 2, qu’il s’agissent de 1 2 Switch qui propose 6 concepts de duels, de Mario Kart 8 Deluxe – jouable jusqu’à 8 en local et 12 en ligne – ou encore Splatoon 2. Dans le cas de 1 2 Switch, on est clairement dans une optique de mini-jeux – surprenant d’ailleurs que Nintendo n’offre pas le titre avec sa console, tant son intérêt est dérisoire – et pour le reste, on est dans une approche relativement classique du multijoueur console, si ce n’est qu’il est possible de jouer soit à la manette sur sa télé, soit via l’écran portable de la console. Ainsi, si 8 possesseurs de Switch apportent leur matos avec eux chez un ami par exemple, ils peuvent jouer tous les 8 en local, mais sur leur propre écran personnel.

Là, on voit l’un des évidents potentiels de la Switch. Pour l’avoir testé avec Mario Kart, c’est très amusant et on bénéficie d’une meilleure visibilité sur un petit écran de 6,2 pouces entre nos mains que sur un écran splité de télévision – qui, de toute façon, se limite dans ce cas à 4 joueurs. L’écran, équipé des Joy-con de chaque côté, pèse son poids, mais ça reste raisonnable si l’on est confortablement installé. Splatoon 2 suit exactement la même démarche de son côté : il est bien évidemment possible, dans les deux cas, de jouer en même temps sur un téléviseur.

Des performances variables

Graphiquement, les jeux de Switch présentés par Nintendo lors de cette journée ne s’éloignaient pas vraiment de ceux de Wii U… y compris The Legend of Zelda : Breath of the Wild, que nous avions pu essayer en 2016 sur Wii U, et dont nous avions donc un point de comparaison réaliste. Le jeu est graphiquement beau, mais la démo de Switch s’avère bien similaire à celle de Wii U, même si un comparatif réalisé par IGN met en avant des différences de couleur et un crénelage, déjà subtil sur Wii U, encore moins présent sur Switch. Mais en jeu, ce n’est pas flagrant. La vraie différence vient de la définition : 1080p sur Switch, 720p sur Wii U. Par contre, le jeu souffre encore de baisses de framerate vraiment surprenantes, notamment lors des combats.

On peut néanmoins s’attendre à des améliorations d’autres types. Mario Kart 8 Deluxe, qui est comme son nom l’indique une ressortie de Mario Kart 8 de Wii U – avec les arènes en plus et quelques personnages ajoutés – tourne en 1080p et 60 FPS sur une télé, et en 720p et 60 FPS sur la tablette. C’est fluide et pour un jeu de course, c’est très chouette. Mais pour ce qui est des graphismes, encore une fois les changements sont subtils. Néanmoins le jeu à le mérite d’apporter quelques nouveautés en terme de contenus, mais on y reviendra un peu plus bas.

Tout ça pour dire qu’en termes de performance, le gap entre la Wii U et la Switch ne s’annonce pas dingue. Aucun jeu proposé ici n’offre une quelconque claque graphique, y compris le Zelda qui ne fait pas dans le réalisme et donc peut s’offrir d’évidents raccourcis en terme de direction artistique pour jouer avec les limites déjà palpables de la console. Il faut dire qu’avec une puce Tegra, la Switch ne pourra clairement pas rivaliser avec la PS4 ou la Xbox One, qui restent au-dessus en termes de performances.

Un line-up de sortie franchement triste

Mais on aura pu pardonner bien des choses à la Switch si on s’était pris de grosses claques dans la figure au niveau des jeux présentés. Pour être totalement honnête, ce n’est absolument pas le cas : en dehors de The Legend of Zelda : Breath of the Wild, qui s’avère prometteur en épousant le modèle aujourd’hui très à la mode de l’open world, absolument rien de ce qu’on a pu essayer ne faisait souffler un vent nouveau.

Nintendo ressert une soupe qu’on connait déjà : 1 2 Switch est une suite de mini-jeux à la Wii Sports qui amusera les joueurs en soirée, en particulier via le concept qui permet de jouer à deux sans même avoir à regarder l’écran. Mais au bout de 10 minutes à s’amuser à traire une vache avec ses potes, on aura rapidement envie d’autre chose. Arms rappelle la boxe de Wii Sports, c’est encore une fois rigolo mais vite lassant, en plus de faire rapidement transpirer.

Splatoon 2 est fun mais en se limitant à de nouvelles arènes et quelques nouvelles armes, le jeu ressemble plus à une mise à niveau de Splatoon que d’une réelle avancée dans la franchise. Mario Kart 8 Deluxe est une resucée de Mario Kart 8, avec quelques nouveaux personnages et des arènes qui, avouons-le, manquaient honteusement à sa version Wii U. SnipperClips, un jeu coopératif où l’on joue des bouts de papier qui doivent réaliser des défis en se découpant l’un-l’autre, est l’un des seuls titres qui nous a fait un peu cogiter. Mais c’est un mini-jeu qu’on s’attend à trouver en téléchargement via la console, rien de plus.

Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est qu’on ne cite pour le moment que des jeux de Nintendo, qui sont donc censé être vraiment destinés à la Switch. Ca laisse imaginer la pauvreté du catalogue pour les mois à venir. Sentiment confirmé par les jeux des éditeurs tiers : qu’il s’agisse d’Ubisoft, de Sega, de Capcom ou encore d’Activision, tous se contentent d’annoncer des jeux qui sont déjà sortis sur PS4 ou Xbox One, pour certains depuis un moment. La palme revient sur ce point à Ubisoft, qui a annoncé Rayman Legends sur Switch, alors que le jeu était déjà dans le line-up de lancement de la Wii U… mais on peut également citer Capcom qui nous sort un Ultra Street Fighter II (LOL) ou encore Bethesda qui a officialisé l’arrivée de Skyrim sur la Switch… Skyrim, jeu initialement sorti en 2011, quand même.

Alors oui, pour éviter de faire les mauvaises langues, il faut citer Xenoblade Chronicles 2 et Super Mario Odyssey parmi les titres annoncés mais non encore montrés par Nintendo. Mais tout de même, le catalogue n’a rien de dingue, et pour peu qu’on possède déjà une console de la génération actuelle, tout le contenu d’éditeurs tiers sent le réchauffé. 

Une console qui va devoir se battre

On ne va pas considérer la Switch en totale disgrâce puisqu’elle affiche des graphismes qu’on peut considérer dans les normes actuelles et propose quelque chose de nouveau avec son aspect portable. Pour autant, il n’y a pas de quoi sauter au plafond, et il est assez difficile de parler de révolution, alors que Nvidia a déjà tâté le terrain avec Shield, en se limitant néanmoins au streaming. Mais avec l’autonomie de la Switch, on est sur quelque chose de pratique à la maison, mais pas vraiment à l’extérieur. D’autant qui ne faut pas avoir peur pour jouer en public sur un tel dispositif, la version portable de la Switch n’étant pas vraiment discrète.

Mais autant on peut parfaitement s’imaginer en train de jouer à Zelda dans le métro, autant pour le reste il y a de quoi être vraiment dubitatif. On a le sentiment que cette console hydride transforme les avantages d’un côté en inconvénients de l’autre : on joue à Mario Kart en 1080p et 60 fps, mais sur des manettes d’une taille ridicule et inconfortable. Les Joy-con ont un retour haptique absolument impressionnant, mais il n’est utilisé que pour des jeux à l’intérêt dérisoire… et quand on veut exploiter le réel potentiel de la console, à savoir le multijoueur local avec chacun son écran, il faut que tous les joueurs disposent de leur propre console. Pour une console qui prône la liberté, les contraintes sont nombreuses.

L’ultime point noir est le prix de lancement, fixé aux environs de 330 euros. Un tarif plus élevé que ceux de la PS4 ou de la Xbox One, pour des performances qui, si elles doivent encore être jugées en détails, ne s’annoncent clairement pas supérieures.

Pour tenter de se faire une place sur le marché, la Switch va donc devoir prouver qu’elle vaut son prix et que ses innovations technologiques vont clairement servir à autre chose qu’à nous faire traire une vache. Dans l’immédiat, la console pourra plaire aux habitués de Nintendo, ceux qui s’éclataient sur la Wii ou la Wii U et aiment les licences du constructeur. Les autres devraient largement patienter avant d’envisager son achat.

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L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

1 avis

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  1. Polo le 16 janvier 2017
    Pas mieux. Très bon papier.

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