[Test PS4] Need for Speed Payback
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La série Need For Speed et ses trois-cents-mille épisodes a connu des hauts, et des bas, et des hauts, et des bas : certains épisodes sont amusants, jolis, nerveux, d’autres sont des bouses sans nom juste bonnes à ramasser un peu d’argent pour le compte d’EA.
Les différents trailers pour ce nouveau Payback étaient prometteurs, et vu le précédent volet sorti en 2015, sobrement intitulé Need For Speed, qui était tout ce qu’on attend d’un jeu de courses avec du tuning et des drifts et des vinyles à coller sur la carrosserie (à savoir, 0% cerveau, 100% fun), il y avait de quoi être optimistes.
Malheureusement, notre optimisme a été sévèrement douché.

Synopsis

Tyler Morgan et ses potes Mac et Jess, à défaut d’avoir inventé le fil à couper le beurre, mènent une vie de bohèmes motorisés à Fortune Valley (un ersatz de Las Vegas et ses environs) : courses poursuites avec la police, drifts des enfers infernaux filmés et postés sur les réseaux sociaux, courses clandestines… Bref, la routine.
Mais *gasp* tout bascule le jour où un vol de voiture tourne mal : doublés par leur contact Lina, notre trio se retrouve en bien fâcheuse posture, et, coincé entre le marteau et l’enclume, ou, plus précisément, entre la police et le type qu’il a tenté de voler, Morgan est obligé d’accepter « une proposition qu’il ne peut pas refuser ».
Six mois plus tard, avide de vengeance (#cliché), le trio se reforme pour faire tomber Lina et son employeur, La Maison, groupe mafieux ayant la main mise sur Fortune Valley.

Comme vous pouvez le constater à la lecture du pitch, cette fois encore, ce n’est clairement pas pour l’histoire qu’on va se glisser derrière le volant.
Nous allons d’ailleurs rapidement passer sur le scénario : c’est, comme d’habitude dans la série,  une enfilade de clichés, et ça fait à peu près autant sens qu’un épisode de Fast and Furious : non, on ne fait pas tomber un groupe mafieux en faisant des drifts en ville ou des courses de dragsters sur des ponts d’autoroute x).
Si ce collier de stéréotypes n’est pas problématique en soi (on parle de Need For Speed, pas de la dernière Palme d’Or), les personnages, en revanche, sont franchement ratés. Morgan est un loser pas très sympathique au final, une petite frappe qui se prend pour l’Al Capone du volant, et les deux autres membres du trio sont tellement peu fouillés qu’on éprouve guère que de l’indifférence.
Les personnages du dernier opus étaient des stéréotypes sur pattes dans un scénario ridicule, mais au moins ils étaient attachants.

Pour bien nous rappeler qu’on est à Las Vegas, on peut parier avant les courses. Lol.

 

Mais ce n’est clairement pas le principal problème du jeu, et ça permet même une entrée en matière musclée, servie par une mise en scène punchy, bien que déjà vue.
Malheureusement, le soufflé retombe dès la première heure de jeu.

Le jeu souffre tout d’abord d’un gros problème d’IA, et nous ressort les intelligences artificielles trollesques et ridicules des jeux de course. Vous savez, ces gens sur qui vous avez trente secondes d’avance et qui vous rattrapent en sortant de nulle part à trois mètres de la ligne d’arrivée ? Ces IA qui prennent des épingles à cheveux à 100km/h en restant collées à l’asphalte quand votre voiture part dans le décor à 30km/h ? Ces gens qui ne prennent jamais de mur, jamais de circulation ? Et puis qui d’un coup s’arrêtent parfois au milieu d’une course et ne bougent plus jusqu’à ce que vous ayez franchi la ligne d’arrivée ? 

Aurigab is in da place

 

De plus, le jeu a tendance à favoriser l’IA dans les contacts : les adversaires vous rentrent dedans, vous sortez de route. Mais quand vous leur rentrez dedans, vous sortez de la route aussi, pendant qu’eux tortillent à peine de l’arrière quelques mètres avant de repartir.
L’IA est ridiculement mal dosée, et le jeu confond défi et frustration.

Et TOUT le jeu est comme ça. 
La physique par exemple, n’est pas du tout cohérente : parfois votre virage va passer, parfois, le même virage, avec la même voiture, dans les mêmes conditions, vous vaudra une sortie de route spectaculaire. 

C’toi l’aberration là, ho !

 

De même pour les collisions : vous montez sur un trottoir à 120 km/h et il ne se passera rien. Ou bien vous allez décoller et faire quatre tonneaux. 
On dirait que le jeu effectue des lancers de dés en douce pour décider des conséquences de chacune de vos actions.

De même pour le système de remise sur piste : quand vous sortez de la route, le jeu vous remet dessus. Jusque là, on est dans du classique. Ce qui l’est moins en revanche, ce sont les choix qu’effectue le jeu à ce sujet : parfois vous allez juste taper un rocher, et le jeu va immédiatement vous coller l’écran noir de remise sur route alors que vous alliez y revenir de vous-même (et vous faire perdre de précieuses secondes pour RIEN), et parfois, le jeu ne va pas réagir, alors que vous êtes planté, littéralement, dans le décor, sans aucun espoir de vous en sortir seul. Et alors que vous êtes planté là, vous allez voir tous vos concurrents passer avant QU’ENFIN le jeu ne se décide à vous remettre sur la route.
C’est totalement hallucinant.

L’illusion de choix, allégorie

 

Les choix d’interface aussi sont assez douteux : l’interface disparaît quand on vous remet sur piste, quand vous utilisez un point de voyage rapide et met à peu près quatre siècles et demi à revenir.
Et puisqu’on parle d’interface, sachez qu’il n’y a pas de caméra habitacle. En 2017 dans un jeu de voitures de la trempe de Need For Speed, c’est impardonnable. Quant au mode photo qui met mille ans à s’afficher et mille ans à se fermer, ce n’est même pas la peine d’en parler.

Et les voitures me direz-vous ? Est-ce qu’au moins les voitures sont bien ? Sont-elles fun ? Peut-on les personnaliser comme des kékés du dimanche ?
MÊME PAS !
Vous conduisez des voitures peu variées, à la maniabilité discutable (même lorsqu’elles ont été améliorées), notamment en catégorie « hors piste ». Les possibilités de réglages sont indigentes, tout comme les personnalisations.

On peut personnaliser son klaxon kékélolilol

 

En plus, bien qu’il ait plusieurs catégories de voitures (dragster, drift, hors piste, course, « fuyons la police en environnement urbain »), et bien que que chaque catégorie ait son propre vendeur, les cinq garages proposent les mêmes voitures.
Mais si vous achetez une Porsche Cayenne dans un garage « hors piste », elle ne peut servir qu’en hors piste. Donc à un moment du jeu, vous allez vous retrouver avec trois Porsche identiques et deux Nissan jumelles, car elles seront les meilleures voitures que vous pourrez vous offrir à ce moment là pour continuer à avancer dans le jeu.
Bravo la variété ! C’est bien la peine d’avoir CINQ vendeurs et un immense garage pour stocker les caisses, si c’est pour nous offrir exactement la même chose : « oui, regarde mon superbe garage avec une infinité d’emplacements, pour garer mes cinq Porsche Cayenne. Ah mais non, elles sont pas identiques : celle-là elle fait que du hors piste, et celle-là que de la course sur route ! »… CA N’A AUCUN SENS !

 

Quant à la personnalisation, elle dépend beaucoup de ce que vous trouverez dans des lootboxes (oui, les lootboxes, LE TRUC qui manquait à un jeu de course automobile), ce qui enlève pas mal de plaisir et de possibilités.

Entre l’IA mal réglée, la maniabilité défaillante, la physique aléatoire, on part déjà assez mal. Si on ajoute les temps de chargement infinis, on a les ingrédients d’un bon gros navet vidéoludique.
Mais attendez, parce que ça ne va pas s’arranger avec la suite.

Owoui, réparons des épaves !

 

Ce jeu a eu UNE IDÉE qui pouvait être rigolote. Et en a fait un truc nul.
Dans la première partie du jeu, quand vous défaites des gangs, ils vous donnent l’emplacement de diverses épaves de voitures.
Donc vous sortez votre carte, vous affichez la carte au trésor donnée par les vaincus, et BIM, vous trouvez votre épave. 
MAIS comme ça ne suffit pas, et qu’il faut vraiment faire perdre son temps au joueur, une fois l’épave trouvée, vous devez récupérer quatre pièces supplémentaires. Donc vous ressortez votre carte, vous affichez les quatre cartes au trésor, et vous repartez.
Et là, c’est le drame.

Une éolienne dans le désert ? QUEL INDICE PRESSSSSIEUX !

 

C’est le drame car lesdites pièces sont situées en hauteur, et qu’il vous faudra donc les atteindre grâce à un saut. Sauf qu’on y voit rien, qu’il n’y a aucun moyen d’avoir une caméra qui vous permette d’observer correctement les environs, et que vous ne pouvez pas descendre de la voiture pour regarder aux alentours.
Vous allez donc tourner en rond comme un cochon malade, en essayant de repérer le fumigène qui indique l’emplacement de votre loot, puis vous allez CONTINUER à tourner en rond comme un veau pour trouver comment on accède à ce loot.
Ce passage du jeu est une allégorie de la pénibilité. 

Allez viens, Queen B, je t’emmène !

 

Le PIRE, c’est qu’une fois que vous avez parcouru vingt fois la map et raté douze mille sauts pour récupérer toutes les pièces et ainsi pouvoir réparer votre épave, vous vous retrouvez avec une voiture niveau 100.
Quand la moindre course vous demande d’être au moins niveau 200.
Vous n’êtes donc absolument pas récompensé pour le temps que vous avez passé à réparer la voiture, ce qui est d’autant plus dommage que les voitures en elles-mêmes sont rigolotes : y a une Coccinelle, une Chevrolet Bel Air, une Mustang 1965… Des voitures qui ont de la gueule. Mais vu le système d’amélioration des voitures, ça ne va pas vous donner envie de les améliorer.

Arnaque, allégorie x)

 

Et alors PARLONS-EN, de ce système d’amélioration.
Pour être parfaitement honnête, quand l’auteure de ces lignes à découvert comment on était censés améliorer les voitures, ce fut la sidération. L’interrogation. La stupéfaction.
Donc, pour améliorer vos bolides, vous devez les équiper de Speed Cards, qui se répartissent en six catégories : turbo, bloc moteur, échappement, etc. Pourquoi des cartes et pas des pièces détachées, on ne sait pas, mais ADMETTONS.
Là où les choses se corsent, c’est dans la façon d’obtenir ces cartes.

Sans aucun rapport, c’t’un peu le bordel sur votre map, mon adjudant !

 

Normalement, dans un jeu de courses, vous gagnez, et donc vous gagnez de l’argent, parfois une pièce, et puis vous dépensez cet argent dans un garage qui vous propose TOUTES les pièces à l’achat, quitte à débloquer les meilleures pièces quand vous avez avancé dans l’histoire ou le championnat.
Ici, niiiiin, c’est ‘achement plus subtil.

Bon, quand vous gagnez des courses, vous gagnez de l’argent et une carte aléatoire, jusque là, tout va bien, sauf quand le jeu, régulièrement, vous file une carte qui a quatre niveaux de moins que celles déjà équipées sur la voiture. Mais SOIT. 

Le troll, allégorie

 

Vous allez ensuite dans un magasin, avec votre argent, en imaginant déjà le nouveau bloc moteur, la nouvelle nitro, l’œil brillant à l’idée de vos futures performances.
Et là, horreur indicible, le magasin ne vous propose qu’une poignée de cartes à la vente, dont la plupart sont d’un niveau inférieur à celles déjà équipées sur votre caisse.
Il y a aussi une loterie : vous donnez trois pièces détachées, et vous gagnez une carte aléatoire.
En plus, il y a des bonus si vous équipez trois cartes de la même marque (bonus augmenté si les six cartes de la voitures sont de la même marque). Donc entre les quatre ou cinq marques et le fait qu’il y a six emplacements de carte par voiture, et le fait que le jeu ratisse large en termes de niveau, vous pouvez passer des heures sur la loterie sans jamais obtenir la pièce qu’il vous faut.
Et puis c’est quoi ce principe, sérieusement ? 

Donc là l’idée c’est quoi ? Que j’attende, 3 min, in game, que le stock change ? Mélol.

 
Genre, vous vous pointez chez votre garagiste : 
– Coucou Robert, il me faut des pneus Michelin
– Ah ben j’ai que des boites de vitesse pour BMW et des courroies de transmission pour Citroën. Mais reviens dans dix minutes, mon stock aura changé.
*dix minutes plus tard*
– Alors Robert, ces pneus ?
– Bah non, j’ai que des Pirelli là. Mais si tu veux, on peut tenter la loterie
– Je sens que je vais me faire arnaquer, mais essayons.
*fait tourner la roue*
– Ah ben super, tu viens de gagner un pot d’échappement Subaru
– Mais que veux-tu que je foute de ton pot d’échappement, il me faut DES PNEUS !

Heureusement, on peut toujours peindre sa voiture en fluo de bon goût. OUF.

 

En plus, les cartes que vous achetez ou lootez sont liées à la voiture avec laquelle vous les obtenez. Pas à la catégorie, à la voiture.
Donc pour chaque voiture, il faut retourner au magasin, avoir de la chance sur les cartes proposées ou à la loterie, ou se refarcir les courses pénibles.
Courses d’autant plus pénibles que l’IA semble évoluer en même temps que vous, donc quand vous retentez des épreuves du début du jeu, vous voyez vos concurrents filer en trombe devant vous, et négocier les virages sans même une toute petite perte d’adhérence, quand vous glissez comme un pet sur une toile cirée à la moindre courbe.
Donc au lieu de passer vingt minutes à farmer vite fait deux, trois courses, vous devez aborder chaque replay comme une épreuve de haut vol.

Arnaque, allégorie le retour

 

Vous devez vous dire : »mais ça n’a pas de sens ? Mais pourquoi ? »
La réponse à cette question est aussi simple que trollesque : les microtransactions.
Car oui, au lieu de passer des heures à farmer des cartes en refaisant des courses, à les échanger contre des pièces détachées que vous échangerez à leur tour contre des cartes, au lieu de passer des après-midi à farmer de l’argent pour acheter des cartes, que vous transformerez en pièces détachées pour faire tourner la roue de la loterie, vous pouvez acheter, avec de vrais euros, des lootboxes, dans lesquelles il y a de l’argent et des pièces détachées, en plus d’améliorations cosmétiques pour les voitures.

Arnaque, le retour de l’allégorie de la Reine

 
Voilà voilà voilà. 

Soyons clairs : même sans le système de microtransactions et d’améliorations ridicules, Need For Speed Payback n’est pas un bon jeu de voitures. Il est joli, certes, mais entre la physique, l’IA, le manque de variété des voitures, les temps de chargement infernaux, le manque de fun, il ne vaut vraiment pas la peine.
Mais quand on y ajoute des magasins qui brident la progression des joueurs, des niveaux requis totalement fumés (entre deux épreuves de dragsters par exemple, il vous faudra gagner DEUX-CENTS NIVEAUX), le tout en nous offrant sur un plateau des microtransactions, le troll est trop gros, CA NE PASSE PAS, EA !
Notez que le jeu a eu plusieurs patchs depuis sa sortie, dans une volonté, à moyen terme, de se débarrasser des microtransactions. Donc, d’ici six mois ou un an, quand le jeu sera en promotion pour une poignée d’euros, pour pourrez éventuellement vous laisser tenter, quand l’IA aura été corrigée, quand les tunnels ne seront pas éclairés quatre secondes après votre entrée, quand la physique sera cohérente, quand le pilotage sera fun… 
Mais en l’état actuel des choses, c’est un grand non !

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Electronic Arts Ghost Games need for speed Need For Speed Payback
L'auteur

Fille de Mary Poppins et Xena la Guerrière, aime se promener dans les bois pluvieux. Avec une console. Ou un comics. Avant que les cylons n'arrivent...

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