Alexander Freed

Star Wars: The Old Republic est un MMORPG attendu à plus d’un titre : tout d’abord puisqu’il s’agit du premier jeu massivement multijoueur de Bioware, qui a déjà signé Knight of the Old Republic il y a de ça 8 ans. Ensuite parce que l’histoire de SWTOR, en se situant 300 ans après KOTOR et 3500 ans avant les films Star Wars, offre de nouvelles perspectives concernant l’univers étendu de la saga, et en particulier la période de l’Ancienne République. De passage à Paris à l’occasion du Paris Games Week, Alexander Freed, scénariste senior du jeu et auteur de comics, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

Alexander, bonjour ! Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail sur Star Wars: The Old Republic ?

Bien sûr ! Je suis scénariste senior, je travaille dans les locaux de Bioware à Austin, au Texas.  Je travaille sur Star Wars: The Old Republic depuis maintenant 5 ans. Mon travail consiste à concevoir des missions pour le jeu, aider à concevoir les planètes, écrire les dialogues des personnages du jeu… je travaille avec une douzaine d’autres scénaristes sous la supervision de Daniel Erickson, qui est le scénariste en chef sur le jeu.

Et vous êtes aussi un scénariste de comics…

Oui ! J’ai scénarisé les comics Blood of the Empire et The Lost Sun, qui prennent place dans l’univers de The Old Republic.

Justement, parlons un peu de The Lost Sun : c’est intéressant de constater que l’intrigue du comic book commence exactement au même moment que celle du jeu. Est-ce qu’il y a des connexions entre les deux histoires ?

L’intrigue du comic book affecte celle du jeu. Ça ne veut pas dire qu’il va être possible de retrouver les éléments de la bande dessinée à travers du jeu, car si les évènements se déroulent au même moment, ils ne se situent pas au même endroit dans la galaxie. En fait, dans The Old Republic, on trouve huit classes jouables qui ont toutes une storyline personnelle et différente : du coup, vous n’allez pas nécessairement savoir ce qu’il se passe dans l’histoire de l’Inquisiteur Sith si vous décidez de jouer un Guerrier Sith. Et donc, on voit l’histoire du comic book comme une sorte de neuvième classe, c’est-à-dire que vous n’êtes pas obligé de savoir ce qui se déroule dans la bande dessinée pour jouer un Chevalier Jedi, mais ça ne veut pas dire qu’indirectement, les évènements qui se déroulent loin de vous et dont vous n’avez pas connaissance ne vont pas finir par vous affecter…

Theron Shan en mauvaise posture !

Donc on ne verra pas Theron Shan, le héros de The Lost Sun, dans le jeu ?

Non, il n’est pas dans le jeu, il se cache, en quelque sorte, durant l’histoire du comic book. Mais il y aura probablement d’autres personnages du comic book qui apparaîtront dans le jeu. Sans compter que Theron Shan est le petit-fils du grand maître Jedi Satele Shan, qui aura un rôle important aussi bien dans le jeu que dans le comic.

Et envisagez-vous, chez Bioware, de pousser plus loin l’expérience cross-médias avec SWTOR, comme c’est déjà le cas avec les franchises Mass Effect et Dragon Age ? Est-ce qu’on peut s’attendre à des romans, une websérie…

En fait, il y a déjà deux romans publiés autour de The Old RepublicL’Ancienne République, Tome 1 : Alliance fatale et Tome 2 : Deceived, le second étant inédit en France, NDLR – et le troisième, Revan, sortira en novembre – en anglais, NDLR – ils sont écrits par Drew Karpyshyn, qui travaille également à la scénarisation de The Old Republic, et qui était également scénariste en chef sur Knight of the Old Republic. Nous travaillons donc depuis un moment sur des connexions en romans et en comics, et si le succès se confirme, on pourra envisager de faire d’avantage par la suite… même si tout cela reste à la discrétion de LucasFilms puisque l’univers leur appartient.

Justement, concernant le travail avec LucasFilms… Quelle est votre marge de manoeuvre, chez Bioware,  pour développer l’univers de Star Wars dans le jeu ?

Le fait que l’époque de l’Ancienne République prenne place 3500 ans avant les évènements des films rend cette période relativement inexplorée, et nous avons donc eu beaucoup de liberté pour essayer de nouvelles choses, chambouler les repères, introduire de nouvelles planètes et espèces… Et LucasFilms nous a laissé beaucoup de liberté pour faire ça… ils connaissent l’univers de Star Wars mieux que personne, donc ils étaient attentif au fait qu’on ne fasse pas de contradictions dans le jeu, mais ils ont vraiment respecté le travail des scénaristes qui les ont respecté en retour, donc la collaboration a vraiment été très fructueuse. Nous avons vraiment eu la liberté que nous désirions avoir, et se ressent dans le résultat final.

Donc le travail sur SWTOR est désormais terminé. Avez-vous déjà des idées pour d’éventuelles extensions, add-on ?

C’est encore trop tôt pour le dire, nous nous concentrons pour le moment sur le lancement du jeu, mais… c’est un MMO, et les MMO peuvent survivre seulement en fournissant du nouveau contenu aux joueurs, pour s’étoffer au fil des années. Donc tout ce qu’on fait est pensé pour être étoffé dans le futur. Ca inclut la mécanique de jeu, le leveling, l’histoire… que nous développerons au fur et à mesure.

Gentille contrebandière ? Ca reste à voir…

Parlons un peu des classes et de leurs histoires, puisque chaque classe dispose d’une storyline définie incluant des missions qui suivent un fil conducteur. Vous ne pensez pas que ça risque de bloquer les joueurs amateurs de roleplay qui veulent construire de A à Z le background de leurs personnages ?

Je pense que la seule vraie différence entre The Old Republic et un autre jeu, c’est qu’il est facile d’ignorer l’histoire dans un autre MMO. Mais dans un autre MMO, vous pouvez toujours faire les quêtes des autres, et ce ne sont pas toujours des quêtes très intéressantes. Donc dans ces cas-là, les rôlistes  n’ont qu’à les ignorer et créer leur propre background. Je ne pense pas qu’ils ne puissent pas faire la même chose dans SWTOR, et j’espère que les rôlistes viendront jouer et prendront plaisir à jouer sans voir la storyline de leur classe comme une limitation de leur background, mais comme quelque chose qui peut l’étoffer, le structurer.

Mais aujourd’hui vous nous confirmez qu’il sera obligatoire d’effectuer les quêtes de classe pour avancer dans le jeu ?

C’est en effet difficile de progresser concrètement dans le jeu si vous ignorez les quêtes de classe.

D’accord, et au démarrage , il n’y aura qu’une seule storyline disponible pour chaque classe ?

Oui, une storyline par classe, mais il faut tenir compte du fait qu’il y a généralement plusieurs choix possibles dans les quêtes : à chaque fois que vous allez discuter avec un personnage, vous allez pouvoir faire des choix dans les dialogues, sélectionner la décision du Côté Lumineux ou celle du Côté Obscur… ce qui va donner lieu à des situations très différentes, et votre personnage va également évoluer en conséquence. Si vous incarnez un agent impérial humain et très professionnel, le résultat sera très différent si vous incarnez une alien agent impériale qui se rebelle facilement.

… pourquoi pas un Agent Impérial sympa, tant qu'on y est ?

Donc il sera tout à fait possible de jouer un personnage de la République, mais en l’orientant du Côté Obscur ? Et l’histoire sera différente ?

Absolument, vous pouvez aussi jouer un membre de l’Empire Sith et gagner des points du Côté Lumineux. L’histoire ne sera pas totalement différente, mais… si vous êtes un habitué des jeux comme Mass Effect, Dragon Age, Knight of the Old Republic, vous pouvez facilement vous faire une idée des variations qui seront proposées dans The Old Republic. Concrètement, le fil conducteur sera sensiblement le même, mais il y aura, par exemple, des variations dans les quêtes.

Et les PNJ rencontrés réagiront-ils différemment ? Car ça, ça n’est pas toujours le cas dans les jeux pré-cités.

Dans SWTOR, c’est le cas. Selon la façon dont vous jouez, vous êtes plus ou moins respectés par vos comparses, par d’autres factions, par les différentes races d’aliens… Sans compter qu’à partir du moment où vous êtes accompagné d’un partenaire – un bot qui sert de soutien au personnage joueur, NDLR – ce dernier peut réagir très différemment en fonction des choix que vous faites. Il s’agit donc de tenir compte de tous ces éléments pour construire votre personnage car ces éléments influences la façon dont il est vu par les PNJ du jeu.

Pour conclure, une petite question concernant les liens entre SWTOR et KOTOR : dans la mesure où le MMORPG prend place 350 ans après Knight of the Old Republic, avez-vous glissé des petits clins d’oeil pour les fans ?

Oui ! (rires) nous avons de nombreuses personnes dans notre équipe qui ont déjà travaillé sur Knight of the Old Republic, dont le lead designer et plusieurs scénaristes. Nous avons donc inclus de nombreuses références à KOTOR dans SWTOR : il y a d’ailleurs une planète entière, Taris, qui est bombardée presque détruite dans KOTOR que l’on retrouve dans SWTOR. C’est un lieu laissé à l’abandon avec une épaisse végétation… il y a aussi des références à des personnages et à bien d’autres choses… les fans de KOTOR ne seront donc pas déçus !

Merci Alexander !

Un grand merci à Alexander Freed pour son temps, ainsi qu’à Electronic Arts pour avoir rendu cet entretien possible. La sortie mondiale de Star Wars: The Old Republic est prévue pour le 20 décembre 2011.

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L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

3 avis

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  1. Jess le 24 octobre 2011
    Scénariste Star Wars le rêve de tout geek. Il à l'air vachement jeune.
  2. Audrey Auteur le 24 octobre 2011
    Oui il est jeune en effet, et très sympathique, il est vraiment incollable quand tu lui parles de Star Wars ! Et ses scénarios de comics sont également plutôt pas mal... The Lost Sun n'a plus l'air dispos sur le site de SWTOR, c'est dommage :s Blood of the Empire est dispo en français chez Delcourt, par contre.
  3. Pingback: [GG] Interview d’Alexander Freed | Audrey Oeillet 7 nov, 2011

    [...] vu mon emploi du temps trèèèès chargé, mais difficile de résister à la tentation. Bref, vous pouvez retrouver cette interview sur GentleGeek, avec également d’autres articles réalisés par mes acolytes de toujours, Russ et [...]

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