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La jaquette du DVD

 

L’un des plus terrifiants films d’horreur revient sur notre territoire en haute définition. En dépit de tout le tapage médiatique qu’a connu Cannibal Holocaust, le film de Ruggero Deodato est un chef-d’œuvre. Retour sur un film qui a fait date dans l’histoire du cinéma d’horreur !

Quatre jeunes reporters disparaissent dans la forêt amazonienne. Une expédition part à leur recherche et découvre les bobines de film qui lèvent le voile sur leur décès.

Si Umberto Lenzi est immédiatement affilié aux films traitant du cannibalisme, Ruggero Deodato est incontestablement celui qui aura imposé son œuvre dans le genre et ce, malgré son parcours chaotique. Voilà plus de trente ans que Cannibal Holocaust traine derrière lui une réputation légendaire de film sulfureux à la violence inouïe et il est étonnant de constater qu’aujourd’hui encore, le film peut se targuer de bénéficier d’une notoriété intacte.

Une docu-fiction qui fait froid dans le dos.

Cannibal Holocaust se divise en deux parties clairement distinctes. Le film débute comme une œuvre de fiction pure. Monroe en est le personnage principal et campe un reporter en charge de retrouver une précédente équipe disparue deux mois auparavant. La route de Monroe est conduite par deux guides très informés des coutumes locales des différentes tribus indigènes. Le film avance lentement mais se découvre comme une œuvre documentaire. La caméra est posée, légèrement vacillante par moment et renforce ainsi l’impression qu’une quatrième personne accompagne l’expédition. Le spectateur fait ses pas au même rythme que ceux du protagoniste qui pénètre pour la première fois dans la vie des autochtones d’Amazonie. L’horreur n’est pas palpable dans le grotesque mais réside dans l’inconnu, dans la découverte d’une structure sociale résolument différente de celle que connait Monroe. Au fil de son excursion, Monroe découvre les mœurs des peuples qui vivent au cœur de ces forêts, dont le cannibalisme. Curieusement, malgré tout le dégoût que cela peut provoquer, le cannibalisme est présenté comme un acte inhérent à la tradition de ces tribus. Il n’y a guère de connotations maléfiques associées à ce rituel et cela est appuyé par le regard neutre de Monroe qui ne se pose pas en juge. Le personnage principal incarne la figure juste et adopte le recul nécessaire pour tenter de comprendre le fonctionnement des indigènes.

La seconde partie commence lorsque Monroe découvre les films des quatre reporters disparus. Elle est ainsi constituée principalement d’un montage des différentes bobines retrouvées. Le ton change et l’image également. Au même titre que Monroe, le spectateur suit alors un documentaire. Le cadre est constamment instable, la caméra passe entre toutes les mains et filme sans détour des instants futiles du quotidien comme des éléments clés de leur exploration. Les protagonistes changent eux aussi. Ils sont jeunes, fougueux et imbus de leur personne et incarnent aisément le colonialisme autoproclamé civilisé pour s’imposer par la force des armes. Dès lors, Deodato ne fait guère dans la dentelle, et dénonce la jeunesse dorée américaine en quête de célébrité prête à commettre les pires atrocités afin d’obtenir des images à vendre.

Le malaise est constamment présent. Le voyeurisme s’opère alors à deux niveaux. D’une part, les quatre reporters filment le moindre de leurs gestes en toute impunité. Les scènes de sexe ou de viol sont filmées sans aucune pudeur, ils dépècent des animaux sous l’objectif de leurs caméras et ce, sans éprouver le moindre scrupule. D’autre part, le spectateur est ainsi confronté directement aux actes des protagonistes, et ne peut rester sur le ton de la neutralité comme ce fut le cas avec Monroe.

La mise en scène est ingénieuse et même si l’on sait pertinemment qu’il s’agit d’une œuvre de fiction, la découverte de la seconde partie semble si réelle et l’aspect documentaire si appuyée qu’elle instaure une crainte quant à la réalité des faits. Une mise en abime qui inclut le documentaire dans la fiction ! Le doute est là, on en sort révolté par tant de cruauté !

 

Koh Lanta en 1980… l'épreuve des poteaux…

 

Et que ça saigne !

Cannibal Holocaust est un film gore et à juste titre. Une femme reçoit des coups de pieux dans son entrejambe, on extrait de force un nouveau né, on exhibe des tripes humaines, une tortue est dépecée… les mises à mort ne manquent pas et Deodato prend toujours le soin de nous les montrer de façon crue et réaliste. Et pourtant, rares sont les meurtres initiés par du sadisme. Du point de vue des tribus, ils se justifient par des rites de pureté. On ne s’attarde pas artificiellement sur des démembrements ou sur un plan qui ne s’insérerait pas logiquement dans le scénario. Tout contribue à rendre l’ensemble vrai… ce qui finalement renforce davantage le malaise pesant sur le film.

Des trucages pas si truqués…

A la vision de Cannibal Holocaust, la violence semble si réelle qu’elle instaure immédiatement le trouble dans nos esprits. Les meurtres humains, même s’ils sont terrifiants tant ils paraissent vrais, sont souvent filmés avec une certaine distance. Les effets restent saisissant de réalisme, mais le jeu de montage est bien présent. Toutefois, la plupart des meurtres d’animaux sont filmés en une seule séquence ou dans le détail. Pour une œuvre des années 80, cela paraît bien trop authentique. Le doute s’installe alors et à juste titre puisque chaque animal est véritablement exécuté sous la caméra sous couvert d’un droit de chasse octroyé avant le tournage. A l’époque, cela fut l’objet d’un scandale et il est évident qu’aujourd’hui, l’acte aurait été condamné. Voilà qui confère une aura malsaine à un titre qui se voulait proche de la réalité… il l’était bien plus qu’on le pensait.

 

Celui-là ne semble plus très frais

 

Un doux parfum de scandale.

Lors de sa sortie en salle, Cannibal Holocaust défraya la chronique. Du fait de sa violence extrême, le film fut censuré dans plusieurs pays tels que l’Allemagne de l’Ouest, l’Australie, la Finlande, l’Irlande et la Norvège. Dans les autres pays, il fut ainsi logiquement interdit aux moins de 16 ans, aux moins de 18 ans (ce qui fut le cas en France pour sa version intégrale), et fut parfois classé X. Ayant été interdit dans plus de soixante pays, il était ainsi le film le plus censuré du monde.

Lors de la promotion de Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato souhaita que les acteurs qui incarnaient les reporters disparus se fassent discret pendant une période d’un an afin de semer le doute dans l’esprit des gens. On accusa alors le réalisateur d’avoir filmé la mort de ses acteurs. Ces derniers réapparurent ainsi prématurément dans les médias afin de prouver que tout n’était que trucage, seule la mort des animaux est vraie, fait que le réalisateur avoue regretter désormais. Cannibal Holocaust est un film à controverse qui, aujourd’hui encore, fait couler beaucoup d’encre. De part sa forme, il fait preuve d’une ingéniosité novatrice en terme de mise en scène. La fine limite qui distingue difficilement la fiction du réel contribue à alimenter la légende qui entoure ce titre.

Russ ne va pas tarder à se jeter sur le Blu-Ray…

 

Trop violent ? Trop voyeur ? Trop extrême ?

Oui certainement… mais cela n’arrive pas sans raison et le film de Ruggero Deodato ne se contente pas d’être un simple divertissement composé d’insoutenables scènes gores. Il y a un propos très fort dans Cannibal Holocaust qui pointe du doigt les moteurs du journalisme toujours en quête de sensationnalisme. La violence et la mort se monnayent dans les médias, et l’extrême est souvent synonyme de curiosité malsaine. Il dénonce une société capitaliste prêt à commercialiser la violence, et redéfinit le terme de « civilisation ». Dans quelle mesure, la société capitaliste se permet-elle de juger et d’aviser du sort des autres peuples ? De quel droit se permet-elle de les soumettre par la force ? Qui sont les véritables sauvages dans l’histoire ?

Une œuvre culte, assurément ! Une mise en scène inventive et un propos intelligent. Cannibal Holocaust est un film décrié pour sa violence morale et physique. Il choque et continue à faire parler de lui. Il ne laisse personne indifférent. Ses détracteurs y voient un titre voyeur et malsain, d’autres y lisent une critique des dérives médiatiques tant sur le fond de l’œuvre que dans sa promotion. A ne pas mettre entre toutes les mains !

Bonus DVD / Blu-Ray

 Couleur / 92 minutes / français / italien / anglais /sous-titres français / 1.85 – 16/9 compatible 4/3

– Cannibal Holocaust, le documentaire : Un documentaire de 60 minutes réalisé en 5 parties

– Conférence de presse de Ruggero Deodato : La conférence de presse donnée par Ruggero Deodato lors de la sortie du film

– Interview de Julien Seveon, journaliste et critique : 12 minutes d’interview à propos de ce « carnage culte »

– Les scènes censurées

– Deux bandes annonces

L'interface du DVD bonus est très soigné

Les bonus sont denses et diablement intéressants mais étaient déjà présents dans une précédente édition collector. L’édition ultimate se montre toutefois indispensable pour redécouvrir le film en haute définition, l’image est irréprochable.

Cannibal Holocaust édition ultimate de Ruggero Deodato, en DVD / Blu-Ray depuis le 18 octobre 2011 (Opening).

 

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Cannibal Holocaust édition ultimate Ruggero Deodato
L'auteur

Que le geek chic clique!

6 avis

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  1. tangi le 19 octobre 2011
    idéale pour se mettre dans l'ambiance zombie de la marche parisienne de dimanche :)
  2. Audrey le 19 octobre 2011
    Whan, merci beaucoup pour cette analyse du film et pour les anecdotes autour de sa légende, je viens d'apprendre des trucs ! (Je ne me souvenais pas qu'il s'agissait de vrais animaux, ERK). J'ai vu pour la première fois ce film à la fac et je me souviens que beaucoup d'étudiants avaient alors quitté la salle, horrifiés et je pense que ça se comprend. C'est un film très dur, voire insoutenable par moment, mais je rejoins totalement ton analyse lorsque tu dis qu'il s'agit d'une critique du sensationnalisme. Et ce qui est effectivement très très fort, c'est que Cannibal Holocaust a encore aujourd'hui une puissance inouïe alors que son concept de docu-fiction (très) gore a été repris des dizaines de fois depuis. Le découvrir à l'époque de sa sortie, ça a du être un électrochoc pour beaucoup de monde !
  3. 406 Auteur le 19 octobre 2011
    La mise à mort des animaux est absolument insupportable quand on sait qu'elles sont réelles. La mort de la tortue est absolument immonde... Un film à voir pour alimenter les débats car il est profondément riche, mais il est tellement choquant qu'on se voit mal proposer : "tiens, on se fait un Cannibal Holocaust ce soir ? :D". Je n'imagine pas le tapage à l'époque... Deodato était même menacé de prison XD.
  4. Audrey le 19 octobre 2011
    Brrrrr la tortue, mon dieu :( Mais même en sachant pas que c'était vrai au début, je trouvais ce qui arrive aux animaux plus traumatisant que ce qui arrive aux humains.... horrible u_u
  5. Russ le 19 octobre 2011
    Russ ne va pas tarder à se jeter sur le Blu-Ray... !!!!
  6. Audrey le 19 octobre 2011
    T'aimerais ça, toi, sale comme tu es.

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