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Après les excellents La Maison des 1000 Morts et The Devil’s Rejects et deux films de commande un peu moyens, avec un premier Halloween correct mais un deuxième assez décevant, on attendait avec impatience et curiosité le retour de Rob Zombie à la réalisation. Autant vous dire que la déception est à la mesure de l’attente, avec The Lords of Salem. Certains (comme nous) crieront au ratage total, d’autres parleront de film incompris… Toujours est-il que The Lords of Salem ne bénéficiera pas d’une sortie au cinéma en France et que la Nuit Rob Zombie du 29 juin au Gaumont Capucines sera une des rares occasions de voir le film sur grand écran chez nous… 

Trois ans après Halloween 2, et à la suite de plusieurs projets avortés (Tyrannosaurus Rex, The Blob), 2013 marque le retour de Rob Zombie derrière la caméra, avec un projet perso, enfin ! Libéré des frères Weinstein et des films de commande, on ne pouvait espérer avec The Lords of Salem qu’une réussite, dans la lignée du génial dytique La Maison des 1000 Morts/The Devil’s Rejects, avec le réalisateur enfin libre de créer à nouveau ses propres personnages et son univers…

Le pitch de The Lords of Salem est basé sur le procès des sorcières de Salem, en 1692, dans le Massachussets dont Rob Zombie est originaire. 22 femmes exécutées pour sorcellerie par les notables de la ville, forcément, voila de quoi inspirer le réalisateur ! Pour l’occasion, il offre pour la première fois le premier rôle à sa femme Sheri Moon Zombie, qui incarne ici Heidi Hawthorne, animatrice de la radio locale de la ville, secondée par Whitey (Jeff Daniel Phillips en barbu chevelu presque sosie de Rob Zombie) et de Munster (un Ken Foree sous-exploité).

Comme souvent, ça commençait bien. La scène de sabbat en forêt à base de danses nues autour du feu, de corps difformes et tordus, nous offrait un début prometteur, avec une Meg Foster méconnaissable en meneuse de troupe.

"Salut, comment sabbat ?"

« Salut, comment sabbat ? »

 

Puis vient la présentation d’Heidi (nue elle aussi – Sheri Moon Zombie n’a jamais aussi bien porté son nom que dans ce film), dans un appartement et des décors hommages au cinéma et aux références chères au réalisateur. S’enchaînent des plans à la Shining, dans une esthétique très seventies

Le film multiplie les apparitions et passages hallucinatoires sans aucun lien, ni grand intérêt, si bien qu’on se demande ou Rob Zombie veut en venir

Et c’est là que les sorcières de Salem vont mettre leur plan à exécution, par le biais d’un mystérieux vinyle envoyé par le groupe The Lords. Après son passage à l’antenne, Heidi commence à avoir des cauchemars de plus en plus réalistes et prenants, qui vont la déconnecter de plus en plus de la réalité.

Et au fur et à mesure que l’on perd Heidi, le film semble nous perdre lui aussi, en multipliant les apparitions et passages hallucinatoires sans aucun lien, ni grand intérêt. Visions de sorcières dans l’esprit des films de sorcières japonais, apparitions de personnages ou créatures qu’on ne reverra plus, jusqu’au comble du kitsch, avec Heidi chevauchant un bouc, cliché du clip de metal lambda…

Et là j'ai envie de vous demander : "Médankelbu?"

Et là j’ai envie de vous demander : « Médankelbu? »

 

On ne voit pas trop où le réalisateur veut en venir : les créatures n’effraient pas voire confèrent à la limite du ridicule tellement certaines sont kitsch, le manque de tension et de suspense est renforcé par des personnages assez vides et peu attachants. Même si Sheri Moon Zombie ne s’en sort pas si mal, le reste du casting est globalement sous-exploité (Sid Haid, le capitaine Spaulding des deux premiers films est présent au générique, mais encore faut-il le trouver dans le film…). Seul le trio de sorcières moderne ne fonctionne pas pas trop mal. Richard Lynch (le Révérend John Hawthorne, un personnage important à la base) a dû abandonner le tournage pour raisons de santé (il est décédé ensuite en juin 2012) : ses scènes ont été annulées… Peut-être le remaniement de l’intrigue lui a-t-il fait perdre de sa substance ?

The Lords of Salem marque certainement la réalisation la plus soignée de la carrière de Rob Zombie, mais ces quelques fulgurances ne sauvent pas le film

Toujours est-il qu’on sort de The Lords of Salem avec un sentiment de gâchis énorme. On passe le film à attendre qu’il commence, jusqu’à la scène finale, totalement ratée. On est bien loin de celle, grandiose, de The Devil’s Rejects, même si l’idée de finir sur un morceau de The Velvet Underground était bonne.

La BO mortelle, allant de The Velvet Underground à Mozart, ne sauve pas le film. Le film est visuellement magnifique et marque certainement la réalisation la plus soignée de la carrière de Rob Zombie, mais ces quelques fulgurances ne sauvent pas le film, qui tient plus de la compilation de clips avec des monstres, des créatures bizarres, des docteurs zombies, des sorcières et une espère de démon nain un peu ridicule. C’est stérile, gratuit, malsain de surface. The Lords of Salem manque de profondeur et les enjeux du film ne dépassent jamais dans le stade du « nous t’invoquons Satan, accomplis ton œuvre blablabla ».

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Plantage sur toute la ligne pour certains, réussite esthétique et véritable expérience à part entière pour d’autres, The Lords of Salem n’en finit pas de diviser les fans, mais a au moins le mérite de marquer un tournant dans la filmographie de Rob Zombie, qui semble ici abandonner un cinéma structuré par la narration pour une forme plus expérimentale. Dommage.

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