[Reportage] Etrange Festival #4 : Dimanche 8 septembre
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Jamais 3 sans 4 ! Et oui, la formule a changé : a l’Etrange Festival, c’est bien connu, les habitudes et les dictons ont la vie dure ! Et pour ce dernier jour du week-end, c’est une grosse journée – mais quelle journée – pour la GentleTeam puisque plusieurs gros morceaux étaient à l’affiche, dont le très attendu Snowpiercer en avant-première, et des films vraiment étranges ! Allez on chausse ses skis, et on se lance sur la piste !

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Et c’est en douceur que commençait la journée avec Man From The Future, une comédie brésilienne signée Claudio Torres et mettant en vedette Wagner Moura, que l’on avait vu très bon en policier usé dans Tropa de Elite. Ici, l’acteur incarne Joao, un professeur de mécanique quantique aigri, rancunier et se donnant corps et âme dans un projet de développement d’une nouvelle source d’énergie propre. Mais face aux menaces d’arrêt de son projet, il décide de donner un coup d’accélérateur en testant lui même sa machine. Seulement, il se retrouve projeté vingt années plus tôt, le jour même où il sera publiquement humilié par la femme de sa vie. Il va alors se mettre en tête de tout changer.

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Rendant ouvertement hommage à des films comme Retour vers le futur, le problème de Man from the future est qu’il n’apporte absolument rien de neuf au genre. Tout dans ce film – au demeurant bien conçu et aux effets spéciaux sympa – transpire le déjà vu ailleurs et ne fait preuve d’aucune originalité. Ainsi, tous les clichés du genre y passent : le Joao du futur va changer la donne du jour fatidique afin de se donner un « meilleur » avenir et obtenir amour, argent, réussite, avant de réaliser que la manœuvre n’aura pas eu les effets escomptés. Il retournera a nouveau sur ce jour J pour cette fois-ci s’empêcher de tout changer et rétablir l’ordre des choses. Bref, rien de neuf dans le registre des boucles temporelles. Cette absence de nouveauté fait qu’on a du mal à s’attacher à la romance des deux protagonistes, par ailleurs extrêmement fleur bleue et niaise, tant tout semble artificiel et connu d’avance. Un film très bien conçu donc, dont l’originalité est surtout qu’il nous vient du Brésil. Mais une comédie légère et dispensable, qui ne sert qu’à passer le temps.

Jim Mickle pendant la présentation de We are what we are

Jim Mickle pendant la présentation de We are what we are

La journée se poursuivait avec We Are What We Are, en présence de son réalisateur, venu introduire son long-métrage. Et Jim Mickle (Mulberry Street, Stake Land) insiste, il ne s’agit pas d’un remake, mais d’une adaptation du film mexicain Somos Lo que Hay (Ne nous jugez pas, en français, et passé à l’Étrange sous le titre Nous sommes ce que nous sommes – oui, ça fait beaucoup de titres pour un seul film), réalisé par Jorge Michel Grau et prix du jury à Gerardmer en 2011. We Are What We Are s’ouvre sur une scène de pluie torrentielle qui provoque la mort d’une mère de famille laissant ses deux filles et son fils aux mains (tremblantes) d’un père fanatique religieux parkinsonien complètement dérangé. Livrées à elles-mêmes, les deux adolescentes vont devoir se livrer à la tradition familiale du jour de l’agneau, tandis que le déluge fait remonter à la surface les secrets enfouis de la famille Parker…

Une famille que l'on finit par connaitre Parker

Une famille que l’on finit par connaitre Parker

L’histoire de Somos Lo Que Hay se trouve donc ainsi transposée dans la société américaine, sur fond d’intégrisme religieux et d’obscurantisme dans une Amérique profonde et rurale. Avec le parti pris d’une certaine lenteur contemplative, qui tente de mettre en place une atmosphère lourde et pesante tout au long du métrage, Jim Mickle laisse sur la touche le spectateur venu chercher du gore dans cette histoire de cannibalisme. Car ici, l’horreur se passe surtout hors champ, excepté dans le final, too much mais finalement assez jouissif, qui prend le contrepied du parti pris du film. Jim Mickle se laisse cependant aller aux conventions du genre dans la deuxième partie du film avec des flashbacks explicatifs du rite, et une enquête qui resserre l’étau autour de la famille. On regrettera que le film hésite autant entre un côté cinéma d’auteur et scènes choc faciles et que le dénouement, si brutal soit-il sacrifie tout le sens de l’histoire.
PAN, spectateur, je vais te réveiller !

PAN, spectateur, je vais te réveiller !

Pendant ce temps, non loin de là, mais pas à Vera Cruz, Worm intriguait. Worm, film écrit, réalisé et interprété par Andrew Bowser, avait de quoi intriguer par son concept : tourné avec une gopro attaché à son acteur-réalisateur, et ne filmant que son visage à la manière d’un J’irais dormir chez vous, le film est ainsi un gigantesque plan-séquence d’1h30. Accusé d’un double meurtre, Jason, dit Worm, va s’enfoncer dans une situation inextricable à mesure qu’il essaye de ce traquenard et sauver sa fille.
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Se filmer en gros plan pendant 1h30, il fallait oser le faire, et surtout il faut pouvoir le regarder : car si la tête d’Andrew Bowser (qui n’est pas le méchant de Mario) ne vous revient pas ou si vous n’accrochez pas au concept : vous êtes fichu ! Le procédé fait en effet perdre toute idée de mise en scène au film, et la plupart des actes se déroulent ainsi « hors-champ ». Et pourtant miracle : on ne s’ennuie pas un seul instant devant Worm ! En effet, à défaut d’un film proposant des plans divers, Bowser se démarque par une gestion parfaite du rythme de l’histoire, de l’évolution progressive de son intrigue et de sa densification graduelle, et meuble à merveille les blancs que peut générer le mode « plan-séquence » dans une histoire, sans qu’à aucun moment cela n’apparaisse comme tel. Ainsi, Bowser utilise toutes les composantes intimes de son personnage : travailler sur son bégaiement ou passer des coups de fil (nécessaires au développement de l’intrigue) pendant un déplacement en moto, utiliser le background de son personnage pour jouer un tour de passe passe et relancer l’intrigue à un moment où elle aurait pu s’essouffler. Rien n’est laissé aux hasards, et le très gros travail d’écriture nécessaire en amont d’un tel projet a donc été très bien fait, pensé, et rend le long-métrage extrêmement fluide.
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Il en ressort un film d’une cohérence totale, qui parvient à retenir l’attention alors que le pari n’était pas gagné d’avance. Worm se révèle donc intéressant de par sa démarche osée, et s’avère l’un des premiers films avec un réel parti-pris du Festival. Un film qui colle tout à fait à l’esprit de l’Etrange Festival donc !
Et en matière d’étrange, on n’avait pas fini d’être servi, puisque les festivaliers ont ensuite pu découvrir The Rambler, de Calvin Lee Reeder. Il ya 2 ans, dans ces même lieux, Reeder avait décontenancé avec The Oregonian, un film… Ben un film tordu quoi, fou, space, alambiqué, tortueux, à la narration totalement éclatée, et au propos dont on aurait bien du mal à donner la moindre explication. Du David Lynch en plus extrême et radical. Pour son retour, Calvin Lee Reeder a semble-t-il décidé de rester éloigné de la norme.
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Si la ligne conductrice de l’histoire est en apparence plus claire, et rend le film plus digeste que son prédécesseur, le film reste là encore totalement inattendu. On suit ainsi la pérégrination d’un homme (Dermot Mulroney), fraichement sorti de prison, qui prend la route pour se rendre chez son frère. Mais sur ce long chemin, les rencontres et les événements vont donner une tournure plus qu’étrange à ce voyage. Autant le dire : on sera la encore bien incapable de donner la moindre explication supplémentaire sur ce qui s’est réellement passé devant nos yeux. En tout cas, Reeder livre son lot de scènes totalement barrées, obscures, WTF, qui donnent au voyage de l’homme une connotation totalement étrange, décalée, et réserve la encore un lot de bizarreries mettant en scène Lindsay Pulsipher (True Blood), héroïne malheureuse de The Oregonian. Entre les morts subites liées à une invention mal réglée, les apparitions récurrentes d’une femme amoureuse, les loufoqueries de certains habitants des villages dans lequel l’homme à lunette est amené à faire halte, Reeder livre un film peut être moins jusqu’au boutiste que The Oregonian, mais plus digeste aussi, et quoi qu’il en soit toujours aussi fou. La encore, une expérience à part entière. Et de deux film « Etranges » à l’Etrange donc !
Voila une image qui symbolise bien le film

Voila une image qui symbolise bien le film

 

Mais le gros morceau de la journée se déroulait incontestablement en parallèle de cette séance, avec l’avant-première du très attendu Snowpiercer de Bong Joon Ho (Memories of Murder, The Host, Mother…), dont la sortie en salles n’est prévue que pour le 30 octobre. Devant une salle pleine à craquer – les billets se sont vendus à une vitesse incroyable, laissant de nombreux spectateurs sur le carreau – le réalisateur coréen vient présenter son film, accompagné de Benjamin Legrand, le scénariste et de Jean-Marc Rochette, le dessinateur de la bande dessinée originelle, Le Transperceneige. Et l’adaptation à l’écran ne déçoit pas le public, bien au contraire.

 

Bong Joon Ho (au centre) accompagné de sa traductrice, et Jean-Marc Rochette (en veste bleue à gauche)

Bong Joon Ho (au centre) accompagné de sa traductrice, et Jean-Marc Rochette (en veste bleue à gauche)

En 2031, alors que la planète n’est plus qu’une immense étendue de glace et de neige, les seuls survivants de l’humanité vivent dans le Transperceneige, un train qui voyage autour de la Terre depuis bientôt 18 ans, propulsé par un moteur perpétuel. Les passagers sont divisés en castes, mais la révolte se prépare…
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Ce film d’anticipation post-apocalyptique en huis-clos met en scène ce train qui transporte ce qui reste de l’humanité (au propre comme au figuré), une micro-société faite des castes prête à imploser. Inventif, Snowpiercer exploite à merveille son décor, par des cadrages et des plans impeccables dans décor réduit du train, mais aussi dans son espace qui rythme le récit. Chaque nouvelle porte ouverte amène les personnages de la queue du train toujours plus haut, dans de nouveaux décors surprenants, partant des ténèbres et de la crasse vers la lumière et la richesse.La direction artistique est soignée, avec des décors fourmillant de détails, des costumes au poil en passant par les vues extérieures réellement impressionnantes. Si Chris Evans est relativement convaincant dans son rôle de leader malgré lui, on retiendra surtout Tilda Swinton excellent en sbire complètement cinglée. Applaudi deux fois – avant et après le générique – le film du réalisateur coréen restera un des temps forts du festival. Et comme dirait Marie : un train qui roule pendant 18 ans sans incidents, RÉPOND A CA, LA SNCF !
Snoowpiercer, un film tout feu tout flamme !

Snoowpiercer, un film tout feu tout flamme !

Pour clôturer cette journée dense en émotions, on n’avait pas envie de voyager trop loin. Nous sommes donc restés en terres asiatiques, puisque après le Coréen Snowpiercer, l’Indonésien Belenggu était lui aussi projeté ce jour. Et une histoire à base de lapin psychopathe, les fans de Chantal Goya que nous sommes ne pouvaient définitivement pas passer à côté. Réalisé par Upi Avianto, une réalisatrice plutôt orienté films grands publics, Belenggu s’intéresse à Elang, un barman très solitaire hanté par de terribles cauchemars mettant en scène un tueur déguisé en lapin. Alors que des meurtres horribles sont commis en ville, Elang rencontre Jingga, une jeune femme à l’histoire trouble.
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Traversé de toute l’influence de David Lynch, Belenggu est donc la première incursion d’Upi Avianto dans l’univers fantastique tendance arty. Problème : Belenggu se révèle tout sauf passionnant. Si la réalisatrice instaure au départ une ambiance pesante, lourde, celle-ci est régulièrement mise à mal par le surjeu ostentatoire de son acteur principal (un défaut qui gangrénait également le très moyen Modus Anomali). Une fois les éléments mis en place, la réalisatrice abandonne tout en court de route pour se contenter de suivre une banale enquête policière qui aboutira sur un dénouement qu’il était facile d’anticiper. L’identité du tueur et le pourquoi des premiers meurtres transpire le déjà vu, et l’explication délivrée quant à la suite frise parfois la grossièreté. Le tout est de plus emballé par une mise en scène assez ronflante et lente, qui rendent le tout pas franchement passionnant… Mais bon, comme c’était le dernier film, ça nous aura mis en condition pour bien dormir.
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Consequences will never be the same !

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