[Test PC] Les Chevaliers de Baphomet : la malédiction du serpent
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Ah! « Djorje », les « claounes », les chèvres, Paris… Que de nostalgie ! *petite brise, pétales de cerisiers dans le vent*
Beaucoup d’amateurs de jeux Point’n’Click avaient été agréablement surpris quand nous avions appris que la série des Chevaliers de Baphomet (Broken Sword en version originale) allait voir naître un cinquième opus, après un projet Kickstarter.
La malédiction du serpent est sortie en deux temps : un premier épisode en décembre dernier, et la suite, qui devait normalement sortir en début d’année 2014, et n’est finalement disponible que depuis une dizaine de jours.
Alors, les deux chapitres de l’histoire une fois en main, le charme opère-t-il toujours ?

Synopsis
Après le vol à main armée d’une mystérieuse peinture d’une galerie parisienne, George Stobbart et Nico Collard se retrouvent, par hasard, plongés dans cette enquête. De Paris à Londres, et même au-delà, l’enquête devient une course contre la montre dans laquelle sont réveillés les esprits obscurs du passé. Les anciens et nouveaux personnages des Chevaliers de Baphomet se croisent, mais en qui George et Nico peuvent-ils avoir confiance ?  Leur aventure révélera une vieille conspiration dont les hérésies antiques feront, une nouvelle fois, couler le sang d’innocents…

Nous allons immédiatement couper court à votre plus grande interrogation sur la franchise : ce n’est évidemment pas au niveau du gameplay qu’il faut chercher la transe vidéoludique : c’est du point’n’click, c’est donc ultra classique. Vous explorez des environnements, vous ramassez des trucs (parfois complètement insensés), vous tentez de les combiner, vous les montrez à des gens (des gens sympas qui ne s’offusquent pas que vous leur présentiez un vieux bout de roquefort qui fermente dans votre poche pendant 25 chapitres de jeu), en espérant progresser ainsi dans votre aventure.

Tin tin TIIIIIN

Tin tin TIIIIIN

 

La difficulté ne viendra donc pas du fonctionnement du jeu, mais de la logique qui sous-tend certaines situations : sans être aussi barré que Discworld, et si les enchaînements d’actions sont cohérents, ils le sont surtout une fois que vous avez compris ce que le jeu attend de vous, et c’est parfois un peu ésotérique, surtout dans la deuxième partie. Mais on n’atteint jamais le point de non retour du jeu point’n’click. Vous savez, ce moment où vous n’avez absolument aucune idée de ce qu’il vous faut accomplir, et où, au plus profond du désespoir, vous commencez à combiner méthodiquement tous les objets de votre inventaire, jusqu’à obtenir un truc fonctionnel. Genre, le roquefort piqué au chapitre 1 avec le bilboquet médiéval récupéré au chapitre 23.

Les habitués de la saga ne devraient donc jamais se retrouver en difficulté bien longtemps : suffisamment pour que ce soit amusant, mais sans tomber dans l’excès frustrant. Il y a en plus un système d’indices assez bien pensé, qui permet d’aiguiller les actions du joueur, de la simple indication générale (de type : « essayez d’aller parler à X ») à la résolution complète de l’énigme récalcitrante. Alors oui, les puristes, on vous entend hurler au scandale de loin, mais personne ne vous oblige à consulter lesdits indices, ils sont cachés bien au chaud dans le menu.

Non, il n'y a aucun message caché.

Non, il n’y a aucun message caché.

 

La progression dans l’aventure est parfaitement linéaire, même si le premier épisode vous offre une carte interactive de Paris. Il y a cependant très peu de lieux, et, en règle générale, lorsque vous rencontrez un problème à un endroit, vous avez tout ce qu’il faut sur place pour le régler, à de rares exceptions près. Du coup, la pseudo liberté semble vraiment superficielle, puisqu’au final, vous ne vous en servirez pas tellement et surtout, ça n’entre pas en ligne de compte dans la résolution des embûches.
C’est la même chose avec les dialogues : vous aurez parfois le choix entre la manière dure et la manière molle, ou bien le choix entre plusieurs sujets, mais, au final, l’ordre n’a pas de réelle importance, et si vous devez parler à quelqu’un pour débloquer une action, elle se débloquera de toute façon quoi que vous disiez.

Le second épisode est encore plus linéaire, puisque les lieux se succèdent sans que vous n’ayez votre mot à dire. Etant donnés les événements à ce moment de l’histoire, la frustration est gérable, et certains n’y prêteront peut-être même pas attention, mais le contraste avec la première partie est tout de même présent.

Le gameplay et la progression sont donc classiques et sans fioritures. En même temps, va révolutionner le Point’n’Click… Même en s’appelant Revolution Software, ça paraît un peu complexe.

Voilà. Faut ramasser des trucs pour faire des machins.

Voilà. Faut ramasser des trucs pour faire des machins.

 

Non, ce qui faisait le charme des précédents jeux, c’était l’humour décoiffant de George, son accent, la jupe de Nico, les décors… Et c’est tout l’intérêt de cet opus également.

Notre bel américain n’a en effet rien perdu de son panache, avec son accent, sa phobie des chèvres, son humour. Nico, bien que moins présente dans cet épisode, est fidèle à elle-même. De façon générale, l’écriture donne dans l’humour absurde et sarcastique, tant au niveau des dialogues, des monologues que des situations, pour notre plus grand bonheur.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste, avec notamment l’inspecteur Navet, qui, comme son nom l’indique, est une véritable buse.

Le retour à la 2D permet des décors vraiment jolis : le Paris fantasmé de carte postale est un vrai plaisir à l’œil, et les autres décors sont du même acabit, c’est très agréable. La musique, sans être transcendante, remplit bien son office, avec une mention spéciale pour le morceau Jasmin.

"fantasmé". Non parce que j'ai jamais vu une pissotière comme ça.

« fantasmé ». Non parce que j’ai jamais vu une pissotière comme ça.

 

Après, bien sûr, tout n’est pas parfait.
Si les décors en 2D sont très beaux, comme dit plus haut, les personnages s’y intègrent au final assez moyennement : leurs animations sont assez raides, assez lentes, et font un peu tâche, accentuant un peu la lenteur inhérente au genre (vous savez, quand il faut 500 ans au personnage pour traverser un tableau et récupérer un objet à l’autre bout). Ça passe à peu près sur supports mobiles, mais sur PC, ça pique parfois un peu les yeux.
Ensuite, il y a l’histoire : on est bien d’accord que Broken Sword n’a jamais été une série transcendante sur ce point, mais sur ce jeu particulièrement, l’ensemble manque un peu de souffle épique, d’une certaine ampleur. On a l’impression que le fil sert à coudre ensemble des situations qui avaient été pensées avant, et non l’inverse, en usant de mécaniques non seulement déjà vues, mais surtout, déjà vues maintes fois dans la série.

D’ailleurs, ce manque d’ampleur est un peu le défaut majeur ici : la première partie s’offre comme une mise en bouche assez alléchante, mais la seconde ne parvient pas à transformer l’essai. Des personnages sont introduits comme étant importants, mais se révèlent creux et assez inutiles, et si certaines énigmes sont assez corsées, il manque THE LAST PUZZLE OF THE DEAD, celui qui vous remplit l’âme de la satisfaction d’avoir vaincu les forces obscures en puisant au fin fond de votre matière grise vos ultimes ressources.
On peut également regretter que Nico fasse grandement tapisserie.

Une vraie têêêêêrreur.

Une vraie têêêêêrreur.

 

Résultat : on attend que la mayonnaise monte, ça monte un peu, et puis ça retombe comme un soufflé. Les développeurs ont-ils vu trop grand et n’ont-ils pas pu tout faire ? Sachant que le second épisode était prévu pour janvier mais n’est finalement sorti qu’en avril, c’est possible, mais, quelles que soient les raisons, il manque un petit quelque chose. D’autant que les joueurs sont désormais habitués à des jeux moins linéaires.

Mais malgré ces défauts, il faut reconnaître qu’on passe un agréable moment, parce que c’est George et Nico, que c’est rigolo, et même intelligemment rigolo. Sur une dizaine d’heure que compte que le jeu (plus ou moins selon vos capacités de réflexion, bien sûr), l’auteure de ces lignes a hurlé de rire à de nombreuses reprises, sans compter les nombreux clins d’oeil aux jeux précédents.

Alors non, Les Chevaliers de Baphomet : la malédiction du serpent n’est pas parfait, mais il n’en demeure pas moins une charmante expérience, qui permettra peut-être à Revolution Software de continuer la série. En tout cas, après avoir joué, c’est tout ce qu’on espère. Avec un peu plus de challenge et d’épique, ça sera parfait.

Oui, Nico porte la même jupe depuis vingt ans.

Oui, Nico porte la même jupe depuis vingt ans.

 

Les Chevaliers de Baphomet : la malédiction du serpent, disponibles sur PC, Mac, ios, Android, Vita.

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