Chaque mois, El Nioco vous emmène sur les terres d’un cinĂ©ma issu d’une autre planète. Pour ce nouveau numĂ©ro, retour sur un film qui rĂ©tablit la vĂ©ritĂ© au sujet d’un des plus grands mensonges de l’histoire : la mort d’Elvis !
Tout le monde sur le plateau est prĂŞt ? Ok. Son ? *1, 2, 1, 2* Augmentez la reverb’, s’il vous plait ! Les invitĂ©s sont la ? Ok. On va faire une Ă©mission du tonnerre les gars, j’vous le dit ! C’est parti…
*Moteur… Action… Lumière… Applaudissements du public… GĂ©nĂ©rique !*
Bonjour et bienvenue dans ce nouveau numĂ©ro de « Y’a que la vĂ©ritĂ© qui se discute ! ». Des histoires fortes, des tranches de vies, des destins brisĂ©s… Ils ont tous une histoire Ă partager. Mais parviendront-ils Ă vous convaincre ? Vous pouvez voter tout au long de l’Ă©mission par sms, en envoyant 1 pour vĂ©ritĂ©, 2 pour mensonge ! L’ensemble des bĂ©nĂ©fices de vos appels sera reversĂ©e Ă l’association pour l’entraide des sosies tout nazes en mal d’Ă©mission tĂ©lĂ©.
*applaudissements*
Il y a maintenant 11 jours, nous cĂ©lĂ©brions l’anniversaire de la mort du King ! THE King, le master of music, j’ai nommĂ© Elvis Presley ! Preuve que son passage sur terre Ă marquĂ© les esprits, de nombreux sosies continuent aujourd’hui de perpĂ©tuer sa mĂ©moire. Pour autant, nombreux sont ceux Ă ne pas croire Ă la mort du King. C’est le cas de notre invitĂ© du jour, je vous remercie d’accueillir… El Nioco !
Bonjour.
El Nioco, vous avez Ă©tĂ© sosie du King, vous avez fui Ă Las Vegas retrouvĂ© vos semblabes suite Ă de rĂ©cents ennuis judiciaires, aujourd’hui vous le clamez haut et fort, le King n’st pas mort. Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer cela ?
Ah… Je me souviens de mes folles annĂ©es Ă Vegas, en première partie de CĂ©line Dion, oĂą mon imitation du King faisait fureur, les groupies dans le vestiaire… Un jour, au cours d’une tournĂ©e dans une maison de retraite du Texas, je suis tombĂ© nez-Ă -nez avec lui. Il Ă©tait lĂ , vieillissant, mais bien vivant ! C’Ă©tait au dĂ©but des annĂ©es 2000…
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Après cette rencontre, vous contactez donc Don Coscarelli, auteur des quatre films Phantasm, pour réaliser un documentaire choc et révéler enfin la vérité !
En effet, Don Coscarelli a visitĂ© suffisamment d’univers parallèles ou fantastiques pour me comprendre. Il s’est immĂ©diatement rendu sur place. Et en 2002/2003, il sortait Bubba Ho-Tep aux USA, mais le film ne sera visible chez nous qu’en 2006. Tout le monde a cru qu’il s’agissait d’une fiction… Les sots ! Bon, d’un autre cotĂ© je les comprend, comment prendre autrement un film dont le synopsis est le suivant :
Elvis Presley, toujours vivant mais rĂ©sidant dans une maison de retraite du Texas de l’Est est dĂ©sormais bien vieux. Avec un ami qui croit ĂŞtre John Fitzgerald Kennedy, il va devoir affronter une momie qui vole les âmes des pensionnaires.
Mais… Pardonnez ma question : comment Elvis Presley peut-il encore ĂŞtre vivant ?
Oh, mais c’est très simple, et vous le sauriez si vous avez pris la peine de regarder le film : Elvis Ă©tait fatiguĂ© de cette vie, la route, les excès, la drogue, ce culte, le dĂ©part de Priscilla… Autant d’Ă©lĂ©ments qui faisaient qu’il voulait passer Ă autre chose. Alors il trouvera celui qu’il considère comme son meilleur sosie, Sebastian Haff, pour Ă©changer sa vie avec lui. Et c’est ce dernier qui est mort, pas le vrai King !

Pourtant, des acteurs sont bien crĂ©ditĂ©s au gĂ©nĂ©rique du long mĂ©trage. Y compris pour le King, puisque c’est Bruce Campbell (Ash, dans la trilogie Evil Dead), qui incarne Elvis.
Vu l’ampleur de la rĂ©vĂ©lation, Coscarelli ne pouvait prendre le risque d’exposer le vrai King sur un Ă©cran. De plus, imaginez le choc : beaucoup de gens gardent l’image du jeunot qui danse et joue de la guitare. Alors montrez le vrai Elvis, qui marche avec un dĂ©ambulateur n’aurait fait qu’alimenter des rumeurs…
Mais il n’ya qu’Ă voir l’interprĂ©tation de Bruce Campbell pour s’en convaincre : alors que personne dans la maison de retraite ne le croit, son interprĂ©tation très juste du personnage convainc sans problème le spectateur qu’il a bien Ă faire Ă l’authentique Elvis, et pas Ă un imitateur qui aurait perdu la raison. L’acteur, discret en gĂ©nĂ©ral, est très convaincant dans son rĂ´le et interprète avec justesse un Elvis enfermĂ© dans un passĂ© pour lequel il n’a plus aucune fiertĂ©, et qui souhaite revenir vers la vrai valeur des hommes, comme en tĂ©moigne son attachement pour la mĂ©daille militaire de son compagnon de chambre.
Pour atteindre ce degrĂ© de prĂ©cision et de dĂ©tail, seul le King en personne peut avoir conseillĂ© l’acteur sur ses sentiments.

Et que dire du reste des acteurs, qui ont su rendre hommage Ă chacun des rĂ©sidents Ă leur manière. Notamment le principal ami d’Elvis, qui est persuadĂ© d’ĂŞtre JFK en personne, et que sa coloration de peau n’est le rĂ©sultat d’un complot contre lui. Il a mĂŞme poussĂ© le mimĂ©tisme jusqu’Ă reproduire des maquettes du supposĂ© assassinat de Kennedy dans sa chambre, que vous voyez dans certaines scènes. Un autre grand mensonge historique, tiens…
Si vous me le permettez, j’aimerais Ă©galement avoir une pensĂ©e Ă©mue pour Kemosabe, mort alors qu’il pourchassait hĂ©roĂŻquement la momie avec ses faux pistolets en plastique. Je me rappellerais toujours ses derniers mots, lors de cette dernière cavalcade : « trou du cul« .

Vous abordez la momie, justement… Une momie qui vient aspirer l’âme des pensionnaires de la maison par le derrière. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La momie n’Ă©tait pas prĂ©vue Ă l’origine… C’est tombĂ© sur l’Ă©quipe de tournage tel quel. Dès lors, il fallait intĂ©grer cet Ă©lĂ©ment au documentaire. Vous imaginez : une momie contre Elvis ? Deux lĂ©gendes qui s’affrontent ! Et surtout, cette momie, protĂ©ger les pensionnaires, c’Ă©tait le combat de la rĂ©demption pour Elvis, celui qui lui permettait de faire un baroud d’honneur, d’ĂŞtre ce qu’il a au fond de lui toujours voulu ĂŞtre : un homme libĂ©rĂ© de ses regrets, comme pour se racheter auprès de celles qu’il a aimĂ©es mais ignorent qu’il est toujours en vie.
Il faut saluer au passage l’ensemble de l’Ă©quipe technique, la momie est vraiment très rĂ©aliste, et ses apparitions sont très rĂ©ussies. J’espère que Lisa-Marie et Priscilla ont regardĂ© ce film…

Avec un tel pitch, il serait facile de tomber dans la série B ou la gaudriole qui se prend au sérieux. Pourtant ici, Coscarelli choisit un ton radicalement différent pour traiter son sujet.
En effet, compte tenu des Ă©vĂ©nements, cela aurait pu devenir un film excessif et sujet Ă tomber dans le grand n’importe quoi. Mais non, le rĂ©alisateur prĂ©fère livrer une fable mĂ©lancolique sur l’âge d’or et le regard et le traitement que nous portons sur nos aĂ®nĂ©s, les regrets, la rĂ©demption. Après tout, c’est un documentaire, dois-je vous le rappeler, il fallait donc rester fidèle Ă l’homme que nous avons retrouvĂ©, privĂ© de son identitĂ© !
Le plus rĂ©vĂ©lateur Ă ce sujet reste la courte mais forte symbolique du voisin de chambre d’Elvis : on le voit Ă peine, si ce n’est comme un homme en fin de parcours, et qui dĂ©cède dès le dĂ©part. On apprend alors que c’est un hĂ©ros de guerre, mais qui n’a jamais Ă©tĂ© respectĂ© comme tel dans cet Ă©tablissement, y compris par sa fille, qui n’Ă©tait jamais venue lui rendre visite. Un constat alarmant… J’espère que mes propres enfants viendraient Ă©couter mon histoire…

Enfin bref, le ton est donc relativement calme, mais se suit agrĂ©ablement sans qu’Ă aucun moment on ne trouve de temps mort ou ne s’ennuie. De nombreux effets illustrent Ă merveille le sentiment du temps qui passe, et sur lequel Elvis n’a plus aucune prise, notamment au dĂ©but du film : clouĂ© au lit, privĂ© de son nom, de sa gloire, Elvis n’est plus qu’un homme comme les autres et qui a mĂŞme des… petits soucis physiques inhĂ©rents Ă son âge. Le traitement est souvent accĂ©lĂ©rĂ© autour d’un Elvis qui tourne au ralenti, tandis que les mĂŞme scènes du quotidien se rĂ©pètent inlassablement, la pointe d’humour noir Ă©tant la visite rĂ©gulière des pompes funèbres comme partie intĂ©grante du quotidien.
Puis, quand finalement Elvis et JFK se ressaisissent, face aux assauts de la momie, le film prend une autre dynamique, plus ancrĂ© dans le fantastique, tout en restant proche des rĂ©alitĂ©s de ses protagonistes et de leur âge. Le film se permet donc de vrais scènes d’actions, notamment avec l’attaque du scarabĂ©e sur Elvis. Bien avant le « LĂ -haut » de Pixar, on avait la des seniors « action hero » dans ce qu’ils ont de plus touchant. Des Expendables avant l’heure, en quelque sorte…

El Nioco, merci beaucoup. cette Ă©mission touche Ă sa fin. Avant de nous quitter, petit bonus, toujours en rapport avec le King : un court mĂ©trage (en anglais, sans sous-titres), oĂą les sosies d’Elvis sont une espèce protĂ©gĂ©e. Viva los possums ! Merci, et Ă bientĂ´t pour un nouveau numĂ©ro de « Y’a que la vĂ©ritĂ© qui se discute ».
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Bubba Ho-Tep
Un film de Don Coscarelli, avec Bruce Campbell, Ossie Davies.
Durée : 1h30 pour rétablir la vérité sur la mort du King !
Pas de chroniques WTF le mois prochain, pour cause d’Ă©trange festival, dont nous vous proposerons un compte rendu rĂ©gulier. Mais on revient dès le mois d’octobre avec une Ĺ“uvre… « particulière » . On ne vous en dit pas plus, rendez-vous en octobre !

Purée, ça fait rêver.
Le film est assez magique, oui !