La température monte au Forum des Images ! Genre à part entière du cinéma Hongkongais, la Catégorie 3 (Cat. III pou les intimes) était à l’honneur le temps d’une nuit ! Films kitschs, combats épiques, sensualité : les 4 films projetés ont tenu toutes leurs promesses ! Retour sur cette nuit consacrée à des films peu communs. Attention, les films chroniqués sont interdits aux moins de 18 ans.

Il est 21h30, ce vendredi 29 juin 2012, et le public commence peu à peu à se rassembler pour cette 4e nuit du cinéma. Organisée dans le cadre du Festival Paris Cinéma, qui fête cette année son 10e anniversaire, les cinéphiles noctambules et autres amateurs de pellicules décalées se sont à nouveau donné rendez-vous pour un programme que l’on espérait aussi haut en couleurs que les précédentes années (ah, les films philippins, le bis Mexicain…)

Cette année, la nuit proposait deux programmations, dont l’une consacrée au cinéma classé « Catégorie 3« , équivalent de l’interdiction aux moins de 18 ans chez nous. En bons reporters de l’extrême, Gentlegeek était présent pour cette nuit de tous les excès !

Confortablement installés, les spectateurs ont eu droit aux explications de Julien Sévéon (à gauche, avec la casquette), spécialiste du cinéma asiatique et journaliste pour Mad Movies.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, qu’est ce que la Cat. III ? Cette catégorie regroupe les films les plus explicites, violents, ou à caractère très fortement érotique (parfois tout ça ensemble) du cinéma de Hong Kong. Venu présenter les projections, le journaliste de Mad Movies Julien Sévéon, spécialiste de la Cat. III, expliquait pourtant qu’à l’origine, cette catégorie avait été créée pour permettre aux films d’auteurs Hongkongais d’exister. Profitant des largesses offerts par cette classification, de nombreux cinéastes souhaitant faire du cinéma « autre » en ont profité pour réaliser les films trash et érotiques.

Après cette brève introduction, les projections débutent avec The untold story, de Herman Yau (qui offrira un autre classique avec Ebola Syndrome). Avec un très léger côté Sweeney Todd avant l’heure (pour les repas proposés), ce film, dont la prestation de son acteur principal en cuistot psychopathe en a marqué plus d’un lors de sa sortie (il remporta d’ailleurs les Hong kong awards en 1994 pour cette prestation), débutait doucement mais sous de très bons auspices cette soirée.

Quand des restes humains sont découverts sur une plage, la police s’intéresse au propriétaire d’un petit restaurant réputé pour ses bouchées au porc (on vous laisse deviner quelle est la provenance réelle de la viande utilisée !). Alternant passages violents et plus posés, voire comiques (le chef de police toujours accompagné d’une call girl…), relativement calme dans sa première partie, le film se lâche surtout dans son deuxième acte : passage à tabac du restaurateur par des prisonniers, scènes de découpes, jusqu’à un flash-back final qui a laissé de grandes traces dans l’esprit des jeunes comédiens.

Julien Sévéon le précisait dans son propos introductif : les réactions de ces enfants lors de ce passage (pleurs, cris de terreur, etc.) n’ont pas été simulées, tant les gamins étaient traumatisés par le restaurateur psychopathe et le sort qu’il réserve à leur mère fictive. A ce sujet, vous ne verrez plus jamais vos baguettes de restaurant chinois de la même manière…

Un bon début de soirée donc, tout en douceur et en délicatesse avec ce film devenu culte. Mais le meilleur restait à venir…

En effet, Crazy love, le film suivant, peut être le moins intéressant de la soirée sur le papier, s’est avérée une bonne surprise, et ce pour une raison bien particulière…

Julien Sévéon avait prévenu l’audience : ce film ne présentait pour seul intérêt de voir son actrice principale, Loletta Lee, dénudée – entièrement ou en partie seulement – tout au long du film. Mais les amateurs de bobines décalées ou kitsch y trouveront leur compte d’une manière plus inattendue : mauvais téléfilm érotique de seconde zone, le film se retrouve sublimé par sa dimension kitschissime et nanardesque !

Prenez l’histoire inintéressante d’une jeune fille partie rejoindre son petit ami, ses parents la croyant en Angleterre pour un voyage d’étude, et qui découvre que celui-ci la trompe. Elle décide alors de se rendre sur une île tout en continuant de chercher l’amour (et de se monter au premier venu, ce qu’elle faisait déjà même en couple).

Rajoutez-y des scènes totalement absurdes ou anodines, accompagnée d’une musique complètement à côté de la plaque que l’on croirait extraite d’un Super Mario sur SNES, saupoudrez d’une pincée de « Bye Bye » (peut être la phrase la plus récurrente du film) et de rencontres avec un japonais hippie barbu en chemise à fleur et bandeau « Harley Davidson » dans les cheveux. Secouez le tout, vous obtiendrez… Crazy love !

L’une des nombreuses scènes improbable du film : ici Loletta Lee se faufile sur le balcon des voisins, pour leur piquer des M&M’s et les épier en pleine action.

Trop mauvais pour être pris au premier degré, Crazy love a procuré son lot de fous rires à l’auditoire, qui ne s’attendait certainement pas à « ça ». Jugez par vous même : que dire de ce passage où musique dramatique (violons et tout), effet de flou et ralentis sont utilisés pour illustrer la détresse de notre héroïne… qui vient de marcher dans une bouse de vache !

Que dire de la sensualité de cette scène de douche, ruinée par une musique de saloon far-west ? Ou encore que dire de Roberto-San (David, de son vrai nom dans le  film, mais Roberto sonnait mieux sur le coup), le nouveau fiancé de Diane, qui l’attrape et la pose sur la table, puis croise les bras en lance un regard aussi sexy et dynamique qu’un mollusque vengeur affamé, effet de ralenti à l’appui… (et en musique, encore et toujours !)

Loletta Lee et le couple de hippie, devenu ses amis.

Ah, ça, les spectateurs ayant quitté la salle après la première projection pour voir d’autres films sont passés à coté de quelque chose… A true WTF moment !

Mais le meilleur restait encore à venir…

Car suivait LA pièce de choix de la sélection : Story of Ricky !

Plat de résistance de la soirée, véritable fer de lance de la Cat. III, c’était incontestablement le meilleur film de la soirée ! Incarcéré pour le meurtre d’un membre de la triade, Ricky se retrouve rapidement confronté aux 4 gangs qui contrôlent la prison, mais aussi à sa direction corrompue ! Heureusement, Ricky maîtrise une technique de combat, le Qigong, qui le rend surpuissant.

Gore à l’excès, le film enchaîne les scènes cultes : en un coup de poing, Ricky traverse le thorax de ses adversaires, leur explose la tête telle des pastèques juste avec un main, se répare seul, en faisant un nœud, le tendon de son bras a moitié coupé, ou encore éventre et arrache les boyaux de ses opposants. Bref, Ricky est une brute.

Mais Ricky est aussi un homme sensible. Si si ! Vraiment ! Ainsi, après avoir latté son premier adversaire, Ricky jour de la flute. Et quand il n’a pas de flûte, Ricky joue tout de même de la flûte… avec une feuille d’arbre ! Ricky s’intéresse aux autres aussi, c’est un altruiste ! Ainsi lance-t-il, sur un ton déchirant, aux gardiens de la prison : « Chaque détenu est un homme attendu par un proche à l’extérieur !« , après avoir lui même troué le crâne du détenu en question.

C’est un Ricky tout feu tout flamme qui s’écrie « Le pavot, c’est le mal ! » (véridique…)

Ultra gore mais fun, le film s’en rapprocherait presque d’un Braindead ou d’un Bad taste tant les litres de sangs sont versés à flot. L’apogée est atteinte lors de la confrontation finale entre Ricky et le directeur de prison, dont la transformation en une sorte de grosse créature en caoutchouc restera à jamais gravé dans la mémoire des spectateurs.

Ricky brandit en trophée la tête du fameux directeur de prison transgénique…

Derrière ce côté extrême et outrancier assumé se cachent néanmoins une bonne réalisation : les scènes d’actions s’enchaînent, lisibles, les moments épiques se succèdent, et on ne s’ennuie à aucun moment ! Le réalisateur se permet même quelques beaux plans. Techniquement parlant, nous avions là le meilleur film de la soirée. Bien conçu et ultra fun, que demander de plus ?

Dans un autre genre, le très sexy Sex and Zen II venait clôturer cette nuit consacrée au cinéma d’un autre genre.

Et la encore, niveau WTF, le film répondait présent ! Plus relevé que Crazy love du point de vue érotisme, cette dernière bobine met à nouveau en scène Loletta Lee, mais aussi la délicieuse Shu Qi, et Elvis Tsui Kam-Kong (qui a aussi joué pour Tsui Hark).

L’histoire complètement barrée, vaut son pesant de cacahuète : afin de pouvoir partir faire des études, une jeune femme se voit contrainte par son riche père, Moon, de s’habiller en homme et porter une ceinture de chasteté mécanique, sur laquelle un de ses amis se broiera le sexe.

Ce dernier doit alors se faire greffer un engin mécanique multifonction (une sorte de couteau suisse du sexe). Les deux compères vont être confrontés à Dame Mirage, qui tue hommes et femmes en absorbant leur énergie sexuelle et s’en prend au royaume de Moon.

Versant dans le domaine du fantastique d’époque, le film se veut une parodie outrancière et sexy du The Lovers, de Tsui Hark. Toujours aussi kitsch et délirant, offrant son lot d’humour (la découverte du sexe mécanique multifonction…), de scènes sexy, mais aussi de beaux effets de réalisation, et une image soignée : Sex and Zen 2 est l’autre moment de bravoure de la sélection, contrepoint parfait à Story of Ricky pour terminer cette soirée.

Une fois encore, la programmation de cette nuit du cinéma a permis son lot de pellicules barrées et bis. Une diversité de métrage qui offre une parenthèse d’étrange durant le Festival Paris Cinéma. Films gores, des films sensuels, mais jamais vulgaires ou explicites, le tout saupoudré d’une savoureuse atmosphère kitsch, la sélection a donné entière satisfaction à l’ensemble du public et provoqué de nombreux éclats de rires.

Il est 5h30 quand l’ensemble des projections sont terminées, mais la nuit se termine autour de café, jus de fruits et petits pains offerts par l’équipe du festival et du Forum des Images. Puis l’heure des premiers métros ayant déjà sonné, c’est le sourire jusqu’aux oreilles que les cinéphiles repartent, tranquillement, pendant que dehors la vie « normale » reprends son cours…

Réalisant un sans-faute depuis leur création, les nuits du cinéma sont un rendez-vous à part du festival, et valent absolument le détour pour qui s’intéresse au cinéma bis ou souhaite découvrir des bobines comme on en voit plus aujourd’hui. Organisation parfaite des équipes du festival et du Forum, sélection de films délirante et projetés dans un des meilleurs lieux de cinéma parisiens pour les festivals, pourquoi s’en priver ? Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition pleine de fantaisies !

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Consequences will never be the same !

1 avis

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  1. Baba le 2 juillet 2012
    Arf !!! Une nuit Cat III... Et j'ai raté ça. Rah !!! Faut vraiment que je me botte le cul et que je m'intéresse plus aux différents festivals! XD Dommage, j'aurai adoré voir The Untold Story (j'avais vu Ebola Syndrome qui était quand même bien crade mais tellement WTF XD) et Story of Ricky. Quand à Crazy Love, si à première vu c'est vrai que ça n'a pas l'air très folichon, ça a l'air aussi bien barré finalement. lol Merci pour ce reportage. ^^ Sinon, le coup du "Le pavôt, c'est le mal !", ça me fait penser à Muay Thai Assassin (un gros nanard, depuis sa jaquette de DVD jusqu'à son générique de fin) où, alors que des flics s'apprête à lancer un assaut sur une maison, un policier et un indic drogué se tournent vers la caméra, brandissant des pilules et disant sur un ton très message publicitaire, "les drogues sont un poison pour la santé et la société !", comme ça, gratuitement. Ah ? Certes, on retourne au film maintenant ? XD

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