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Quelle journée mes aïeux ! Peut être l’une des meilleures du festival avec celle d’hier, composée en majorité de films totalement délurés, notamment le très attendu Dead sushi du non moins barré Noboru Iguchi ! Accrochez vos ceintures, l’atterrissage sera rude !

Dès le début de la journée, le ton fut donné : Frédéric Temps, accompagné de Jan Kounen, sont venus présenter Mort sur le grill, proposé dans le cadre de la carte blanche du réalisateur de Dobermann. Au ton enjoué du premier répondait le ton volontairement second degré du second, s’interrogeant avec humour sur le devenir du festival suite à cette carte blanche, et notamment à cause des deux films clôturant la soirée. Cela promettait donc un grand moment… Et nous n’avons pas été déçus !

Projeté donc en début de journée, le film Mort sur le grill (Crimewaves) réalisé par Sam Raimi et écrit par les frères Coen débutait cette carte blanche avec dynamisme. Sur un rythme enlevé, cette comédie narre l’histoire d’un homme sur le point d’être exécuté sur une chaise électrique. Clamant son innocence, c’est alors un long flash-back qui nous dévoile comment cette homme, un peu nigaud, s’est retrouvé ici. L’écriture des frères Coen est ici reconnaissable entre mille. Leur patte se reconnait immédiatement dans cet histoire d’un homme sans histoire, un peu naïf, qui se retrouve par un coup du sort embarqué dans une suite d’événements farfelus auxquels il ne comprend rien, avant d’en être la malheureuse victime. Sur ce sujet que les deux frangins ont depuis renouvelé et perfectionné à leur manière dans leurs propres films, vient se poser la vision délirante et cartoonesque d’un Raimi en grande forme. Point de temps mort, des gags, une réalisation vive, Mort sur le grill apporte son lot de rires et de loufoqueries, de personnages étranges, de répliques et situations abracadabrantesques. Et pourtant, ce très bon métrage, divertissant à souhait, n’était pas la plus barrée des pellicules du jour…

A noter, la séance fut précédée de « Ultimate fucking », le segment de Jan Kounen réalisé pour le film Les infidèles, mais non retenu dans le montage du film. Un segment à l’image de son auteur et de son univers, partant d’une situation somme toute banale pour terminer en eau de boudin. Quand Gilles Lellouche se laisse entraîner dans les griffes de Mélanie Doutey, ça donne un segment barré et trop peu sage pour figurer dans le film définitif. Et on n’en dira pas plus, mais la fin pourrait presque servir de prequel au Calvaire de Fabrice Du Weltz.

Après cette entame sur des chapeaux de roues, un petit peu de repos était bienvenue avec Down terrace, premier film de Ben Wheatley, venu en personne à l’occasion du focus qui lui est consacré. Si son Touristes nous avait emballé quelques jours plus tôt, c’est donc avec une certaine envie de découvrir le cinéaste avant que nous avons assisté avec cette projection.

Disposant de moins de moyens que pour ses deux autres films, Ben Wheatley montre déja quelques signes avant coureur du talent qui explosera par la suite avec Kill List et Touristes. Se déroulant quasi-intégralement dans une seule maison, Ben Wheatley parvient à déplaoyer un film au rythme tranquille, mais sans jamais susciter l’ennui. Evitant la prison de justesse, un fils et son père reçoivent la visite de leurs amis et cherchent à identifier qui, parmi eux, pourrait être la taupe qui a failli les faire plonger. Un portrait réaliste, hormis les meurtres, de l’Angleterre telle qu’elle était en ce temps, dans ce milieu. Et ça, c’est Wheatley lui-même qui le dit.

Ce petit intermède calme, et de bonne facture, était nécessaire pour l’esprit. Mais ça, on ne le réalise souvent que lorsqu’il est trop tard… Car les trois derniers films de la journée avaient de quoi mettre K.O. n’importe quelle tête bien faite.

Tout a commencé avec Dead sushi. On vous en parlait il y a quelques temps, la nouvelle folie de Noboru Iguchi fait le tour des festivals. Présenté en première mondiale à Montréal, le festival avait bénéficié d’une longue présentation par le réalisateur lui-même, plaçant le terme sushi tous les 3 mots lors d’un discours fleuve. Présentation suivie par un démonstration de karaté avec son actrice principale, artiste martiale au quotidien.

Médusés après avoir assisté à cette présentation, deux réalisateurs présents au festival ont alors décidé de reproduire, avec les moyens du bord cependant, une partie de cette scène pour présenter Dead Sushi aux festivaliers parisiens. Résultat : un concours de round-kick où le but était de casser une touillette en bois afin de gagner une bouteille de thé. Parce qu’une vidéo vaut mieux qu’un long discours, nous vous proposons de revivre cette scène comme si vous y étiez :

Folie… Le mot est encore trop faible pour qualifier Dead Sushi. Rappelons que nous suivons ici le parcours d’une jeune fille d’un grand chef sushi, qui face à la pression mise par ce dernier fuit le domicile du patriarche et les leçons de cuisine digne d’un camp militaire. Devenue hôtesse dans une auberge, elle se retrouve confronté à une invasion de Sushi devenus vivants et tout plein de longues dents qui font mal et transforment les humains en zombie !!! Des événements qui la pousseront à prendre sa destinée en main, aidé par un egg-sushi triste de sa condition. Les mots ne sont pas suffisamment forts pour décrire le déluge de scènes délirantes qui défilent devant nos yeux… C’est très simple, Iguchi ose tout, où presque tout, allant même jusqu’à filmer une scène de sexe entre deux sushi !!! Une chose est sure, vous ne verrez plus jamais votre assiette du même œil au restaurant jap’…

Pour cette fin de soirée, retour à la carte blanche Jan Kounen avec deux films… d’anthologie !!! Profitant de la liberté totale de choix qui lui était laissée, le réalisateur a souhaiter partager avec le public deux films qu’il avait visionné étant jeune, du temps où l’un de ses amis – présent dans la salle – apportait des sacs remplis de VHS pour en faire profiter les copains. Résultat : une sélection de deux films hautement improbables, projeté dans la petite salle aussi pour des raisons liées à la qualité matérielle des projections (comme le disait Jan Kounen : la copie des 3 superman turcs sur l’écran de la grande salle, ça serait de l’art abstrait) pour lesquels le réalisateur et le Directeur du Festival sont revenus faire deux présentations détonantes. Toujours dans la continuité de celle faite en début de journée, avec cette fois-ci un ton beaucoup plus prononcé.

Premier film de ce « double-programme » qui n’en est pas réellement un : Blood freak ! Film du début des années 70, mettant en vedette Steven Hawkes (interprète de Zan, la version espagnole de Tarzan ^^), ce film est à l’origine un film vantant la gloire du catholicisme, de ses valeurs, et condamnant les excès (ici l’usage de drogue et la science), en mettant en relief ses conséquences sur l’être humain. L’histoire ? Un homme bien sous tout rapport est accueilli pour travailler dans la ferme d’une famille catholique avec les deux sœurs, l’une croyante, l’autre hippie. Cédant à la tentation de la drogue, du sexe, et de la science, notre héros se transforme en humain-poulet meurtrier.

Nous n’en dirons pas beaucoup plus sur ce film, car nous en reparlerons très bientôt sur GentleGeek. Néanmoins, sachez que la VF absolument désastreuse de ce film déja très mauvais, le rend tout simplement magique ! Voix de tétards anesthésiés, surabondances d’hommes en pat d’eph’ et coupe mulet/moustache, tous plus larvesques les uns que les autres, histoire au retournement improbables, bruitages de volailles et de cris agaçants… Tout dans ce film en fait une expérience hallucinante.

Pour preuve : dans la salle, le public déjà mort de rire, ne se privait pas d’applaudir à chaque réplique épique, ou se mettait lui même à faire des bruits de volaille, les uns imitant la dinde, les autres répondant en imitant le canard, etc. Une séance hallucinante qui fait que le cinéma peut être l’une des plus belles expériences collectives qui soit !

Deuxième film pour cette séance, autre hallucination collective : Les 3 supermen turcs aux jeux olympiques ! Et pour cette séance, Jan Kounen avait une idée bien a lui… En effet, la copie proposée, tout comme celle qu’il avait visionné étant jeune, ne comporte aucun sous titre. Aussi, le réalisateur a spécialement fait venir une traductrice, qui traduirait en direct les dialogues, et, en même temps que les spectateurs, découvrir enfin le vrai sens du film. Problème… De sens, le film n’en a aucun ! En réalité, Les 3 superman turcs est le montage en parallèle de deux films n’ayant chacun de leur côté pas réellement de sens. Alors je vous laisse imaginer ce que cela donne mis ensemble ! Pour faire court : trois superman se retrouvent à Athènes ou Artemis est confronté à un escroc voulant être président t organiser des jeux, mais comme c’est un dieu qui les fait voyager de dimension en dimension, grâce à une console, ben en fait ils changent sans arrêt d’endroit, et souvent pour rien. En parallèle, trois autres superman sont dans une sorte de cyberespace où ils vont devoir affronter un robot en  carton avant qu’un bandit n’exécute le « plan » (le plan étant d’exécuter le plan, of course). La traductrice, tentant tant bien que mal de suivre le fil, finira par lâcher un sublime « je suis désolé, je comprend ce qu’ils disent, mais je ne comprend vraiment pas de quoi parle le film… »

Résultat : 1h10 de portnawak total, le film s’ouvrant sur le thème de Dark Vador, et le thème de superman étant lancé à trois reprises… à des moments où les superman ne sont même pas à l’écran !!! Et que dire de la relation quasi fusionnelle qui lie l’un des superman à sa cape. A le cinéma turc et les effets spéciaux, les costumes ^^ Que ferait-on sans lui ?

Epic night ! Merci l’étrange festival ! Merci Jan Kounen !

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Etrange Festival Étrange Festival 2012 L'étrange festival
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