[Critique] Goal of the Dead
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Les co-réalisateurs de La Horde et Atomik Circus qui s’associent pour un projet mêlant Infectés et Football ? Tout à fait Thierry ! Voila un projet pas banal qui arrive sur les écrans français désertés par les productions nationales horrifiques. De quoi susciter la curiosité de vos Jean-Michel Larqué du cinéma et jeter un œil sur ce nouveau coup d’essai.

img_goalofthedead1De productions moyennes en échecs commerciaux, le cinéma de genre français s’était fait plutôt discret ces derniers temps. Depuis Livide, sorti en salle une semaine malgré sa belle facture, peu de projets ont réellement pu mettre la tête hors de l’eau, quand d’autres réalisateurs ont eux été réaliser leurs films dans des terres plus accueillantes (Pascal Laugier et The secret, David Morley et Home Sweet Home). Dans ce contexte difficile pour la production française, et en attendant « Aux yeux des vivants » de Bustillo/Maury, Goal of the Dead débarque en mariant deux univers pourtant distincts : le film d’infectés et le football, sous la forme d’un double programme. Un concept qui marque des points ?

Droit au but ?

Que ceux que les films d’infectés ou le football rebutent se rassurent : Goal of the Dead n’est ni une leçon sur le ballon rond, ni une redite sur l’univers des grands baveux, ces deux éléments ne servent que de cadre à Goal of the Dead, qui se révèle avant tout être une comédie horrifique. Détournant les codes de l’univers du ballon rond et de la contamination, Goal of the Dead suit un match amical entre l’équipe de superstars de l’Olympique de Paris, et une équipe d’une bourgade reculée du nord de la France qui va vite dégénérer.

Paris, Paris, on t'en...

Paris, Paris, on t’en…

les infectés dégobillent de la bièrePassant au vitriol l’univers du football et les clichés sur le nord de la France, Goal of the Dead évite le principal écueil de son projet, qui aurait été de trop vouloir se prendre au sérieux. Non, ici, les infectés dégobillent de la bière pour se contaminer, les supporters locaux sont débiles et bourrés, et les agents et entraineurs s’improvisent karateka ! Un ton léger et comique présent dans chacun des deux segments qui constitue le film, évitant la dramatisation et qui surtout ne laisse pas le spectateur sur la touche !

Ce match était vraiment mortel !

Ce match était vraiment mortel !

Goal of the Dead impressionne réellement par la qualité de sa photographieDécoupé en deux parties d’1h10, réalisées chacune par un réalisateur différent, Goal of the Dead impressionne réellement par la qualité de sa photographie, extrêmement belle et qui sera sublimée lors des scènes de jeu nocturnes. De même, bien que réalisées par un réalisateur différent, aucune rupture d’ambiance ou de cohérence n’est à relever lors du passage du premier au second film. Fait plaisant également : là où beaucoup de productions françaises pêchaient par leur interprétation (vous savez, cette désagréable sensation que les acteurs récitent un texte ou lisent un prompteur), se retrouve ici bien atténué, chacun des comédiens principaux faisant globalement preuve de naturel dans sa prestation. Une sensation moins présente qui fait donc bien passer la pilule.

Allez, viens, j'ai des bonbons...

Allez, viens, j’ai des bonbons…

Rocher nous met directement dans le bain grâce à son intro plutôt réussie.Réalisée par Benjamin Rocher, co-réalisateur de La Horde, la première mi-temps se focalise sur la présentation des personnages et la mise en place du contexte. Bonne nouvelle, le réalisateur abandonne ici certains des défauts qui gâchaient sérieusement La Horde : pas de shaky cam qui rendent les choses illisibles, ici tout est posé, net, précis, et Rocher nous met directement dans le bain grâce à son intro plutôt réussie. Dommage néanmoins que sa partie soit essentiellement focalisée sur la mise en place de l’intrigue, qui reste bien rythmée et progressive, ne déclenchant sa furie qu’à la toute fin de sa partie pour laisser ensuite le champs libre à Thierry Poiraud. Car dès la deuxième mi-temps, les bases ont été posées, place au WTF signé par l’un des co-réalisateurs d’Atomik Circus. Entre hooligans karateka mais sensibles, agent spécialiste du Kung-fu (Bruno Salomone), ou une petite danse improvisée et décalée, Thierry Poiraud hérite de la partie la plus rythmée et la plus inventive. Mais qu’à cela ne tienne, chacun parvient à trouver un relatif équilibre dans son traitement.

La troisième mi-temps dans les vestiaires, c'est plus ce que c'était...

La troisième mi-temps dans les vestiaires, c’est plus ce que c’était…

Évidemment, le film n’évite pas certains écueils, notamment certains éléments de son scénario assez convenus, entre un twist de première partie que l’on voit venir à 100 km, ou quelques passages tombant un peu comme un cheveux sur la soupe, ainsi qu’un ou deux temps morts. Mais dans l’ensemble, Goal of the Dead reste un programme de bonne facture, sans prétentions et avant tout divertissant.

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Format original, pari gagnant ?

Difficile d’évoquer Goal of the Dead sans parler de son mode de diffusion : plutôt qu’un film projeté dans une centaine de salles françaises et qui n’aurait peut être pas trouvé son public, Goal of the Dead a souhaité conserver l’esprit festival qui caractérise ce type de productions, en plus de renouer avec l’esprit des productions de l’âge d’or du cinéma d’horreur et de ses double-features.

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pari gagné !Résultat : pari gagné ! Salle comble chaque soir pour les 4 projections parisiennes, et une séance supplémentaire a même été rajoutée pour permettre aux retardataires de voir le film une dernière fois. Autre bonheur de la formule : au lieu d’être cantonné à quelques salles parisiennes et/ou de grandes villes, Goal of the Dead s’apprête à partir dans une tournée française afin de s’ouvrir au plus grand nombre de spectateurs, tout en conservant son format et son esprit.

Ainsi, chaque séance se transforme en mini-événement qui permet de vivre l’expérience Goal of the Dead autrement que comme une séance de cinéma classique, là où les quelques défauts du film auraient sans doute pris le pas sur le reste dans un système de distribution habituel.

Goal of the Dead : match pas nul du tout !
Derrière l’excellente facture technique et l’interprétation correcte de Goal of the Dead se cache un film divertissant, parfois attendu dans son déroulement, mais dont la légèreté et la solidité lui permettent de tenir la distance. Preuve que sans être transcendant, réalisé avec sérieux mais sans se prendre trop au sérieux, et surtout avec un mode de diffusion original et adapté, un film de genre français peut encore séduire et être convaincant. La qualité du chef opérateur et l’intelligence de sa diffusion en salle feront à coup sur reparler d’eux à l’avenir.

Goal of the Dead, de Benjamin Rocher et Thierry Poiraud. Projection parisienne le 27 mars 2014 puis tournée dans toute la France.

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L'auteur

Consequences will never be the same !

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  1. Pingback: [Critique DVD] Cheap Thrills, E.L. Katz | GentleGeek 23 Avr, 2014

    […] qui avait sorti ABC’s of Death et qui s’occupe actuellement de la tournée en salles de Goal of the Dead, semble être l’éditeur à suivre en matière de films de genre et de petites perles […]

  2. Pingback: Goal of the Dead disponible sur iTunes dès aujourd’hui | GentleGeek 29 Mai, 2014

    […] (co-réalisteur de La Horde) et Thierry Poiraud (co-réalisateur d’Atomik Circus), ces deux films (lire notre critique ici) nous emmènent dans le nord de la France pour un match de foot perturbé par une épidémie […]

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