[Critique] Transcendance
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Télécharger l’esprit d’un homme dans une machine pour le faire vivre éternellement : le pitch transhumaniste de Transcendance avait de quoi promettre un film d’anticipation et de réflexion très actuel. Dommage que le long métrage ne se plante en plein milieu. Pour en savoir plus, c’est juste dessous !

Will Caster (Johnny Depp) est un brillant scientifique dont les recherches s’orientent vers la conception d’un ordinateur dont l’intelligence serait capable de dépasser celle de l’homme. Une perspective que les réfractaires aux nouvelles technologies voient d’un mauvais oeil : à la suite de l’une de ses conférences, Will est agressé par un terroriste qui lui tire dessus. Irradié, le scientifique est condamné à mourir à petit feu… mais sa femme Evelyn n’accepte pas à la situation et décide de tenter le tout pour le tout : transférer l’esprit de Will, mourant, dans un super ordinateur.

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Tu devrais te calmer sur les tournages, Johnny.

 

L’histoire de Transcendance évoque clairement la théorie de la Singularité, qui sous-entend que l’homme finira fatalement par créer une machine plus intelligente qui lui, qui sera alors capable à son tour de créer une machine plus performante, et ainsi de suite… un jour, l’homme sera inutile à la technologie. Une manière d’épouser cette dernière pourrait alors être de fusionner la conscience humaine avec celle de la machine : mais alors, comment savoir si la conscience humaine subsiste dans l’ordinateur, ou si c’est l’intelligence artificielle qui a le contrôle ? Vaste question…

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Transcendance cherche à y répondre de manière intéressante dans sa première partie, en mettant en avant un génie mourant et une femme aimante qui refusent tous les deux la fatalité de la mort. A la dimension scientifique s’ajoute donc la dimension sentimentale, qui guide Evelyn Caster (Rebecca Hall) dans son entreprise éthiquement discutable. C’est d’ailleurs sur ce point qu’insiste l’intrigue, qui ne se pense pas véritablement sur les chances de réussite de l’expérience, délaissant les problématiques scientifiques. Mais ce n’est probablement pas un mal, puisque le film s’avère ainsi accessible par tout le monde, tout en se concentrant sur le côté éthique et les questionnements qui découlent de la fusion homme-machine.

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Dans la famille Mara, savoir jouer une hackeuse punkette, c’est une obligation.

 

Johnny Depp incarne de son côté un scientifique très mesuré qui se transforme en intelligence artificielle très proche de ce qu’il était en tant qu’humain, mettant en avant toute l’ambiguïté de cette fusion discutable. Une interprétation efficace, qui met en lumière la complexité d’une telle démarche, qui pourrait bien devenir une réalité dans les décennies à venir. Mais, malheureusement pour le film, les réjouissances s’arrêtent là.

Et là, c’est le drame

Après avoir placé des pions de façon plutôt habile durant la première heure de film, laissant présager une histoire d’anticipation sur tout sa durée, le scénario de Transcendance s’effondre inexplicablement par la suite : on a l’impression que, faute d’idées pour conclure l’histoire, les scénaristes ont tout simplement jeté l’éponge. L’intrigue dérive dans de la science-fiction très clichée et vue 1000 fois, à la manière de L’Invasion des profanateurs de sépultures où l’intelligence artificielle remplace les aliens, et en nettement moins bien aussi.

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« Hey Rebecca, t’as une idée de ce qu’on fout là ? »

 

Cette seconde partie est également la triste occasion de voir une partie de casting sombrer désespérément – on a mal pour Morgan Freeman et Paul Bettany, qui ne peuvent rien faire pour éviter le naufrage. Le final arrive douloureusement, et la conclusion, qui se veut être un écho du début du film, n’est évidemment pas à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre en découvrant l’introduction à l’histoire de Will et d’Evelyn.

Transcendance aurait pu être le premier film d’anticipation à pousser le spectateur à s’interroger sur le point de Singularité et l’épineuse question du Transhumanisme. Au final, on se retrouve face à un film qui tombe à plat à sa moitié, et délivre un final à la limite du grand-guignolesque. Une nouvelle preuve qu’un casting 5 étoiles ne peut pas sauver un scénario mal écrit d’un triste naufrage.

Transcendance de Wally Pfister avec Johnny Depp, Rebecca Hall, Kate Mara, Morgan Freeman, Paul Bettany, Cillian Murphy… sortie le 25 juin.

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L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

1 avis

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  1. Yoda le 20 juillet 2014
    Sur un sujet comme celui du film, il y avait effectivement matière à développer une réflexion beaucoup plus profonde. Mais peut-être que la littérature est plus appropriée pour cette thématique (voir par exemple http://yannickrumpala.wordpress.com/2012/01/22/la_science-fiction_comme_materiau_exploratoire/ ).

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