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Au printemps 2013, une série de la BBC America avait fait son petit effet lors de sa diffusion. Il s’agissait d’Orphan Black, qui, en dix épisodes, offrait une histoire sympathique, et surtout, des personnages attachants.
La deuxième saison s’est achevée la semaine dernière outre-Atlantique. A-t-elle continué sur sa lancée et transformé l’essai ?

Cette review ne spoile pas la seconde saison, mais part du principe que si vous lisez une critique de la saison 2, chers lecteurs, vous avez vu au moins la première…

Synopsis
Un jour, Sarah croise sur un quai de gare une jeune femme qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Mais elles n’ont pas le temps de faire connaissance, car ladite goutte d’eau se jette sous le train.
Sarah décide alors de lui voler son identité (bah oui, faudrait pas gâcher), et ce faisant, elle découvre alors l’ampleur des dégâts : des gens ont fait des expériences louches il y a une trentaine d’années, et il y a désormais une tripotée de clones ayant le même visage qu’elle.
Pour ne rien gâcher, un tueur les élimine une par une, et une maladie respiratoire semble les toucher.
Que faire ? Qui croire ? Mais pourquoi ? Mais comment ? Autant de questions auxquelles Sarah, aidée de Cosima et Alison (deux autres clones) va tenter de répondre, au mépris du danger. Dun Dun DUUUUUUN !

La seconde saison démarre exactement où on a laissé la première : Sarah (Tatiana Maslany) court dans les rues à la recherche de Kira, Cosima (Tatiana Maslany) crache ses poumons dans les bras de Delphine (Evelyne Brochu), et Alison (Tatiana Maslany)… Boit.
Du coup, on attaque directement dans le feu de l’action, le spectateur n’a pas vraiment le temps de reprendre tranquillement le fil des événements. Ce qui n’est que justice après tout, puisque les clones non plus n’ont aucun répit.

Orphan Black saison 2 titre

Tout au long de la saison, de nouveaux personnages sont introduits, avec rebondissements, révélations, émotions, et une pointe de complot.

Ce qui faisait le charme de la première saison, c’était l’attention accordée aux personnages, à leurs motivations. Du coup, les premiers épisodes de la seconde saison pouvaient un peu nous inquiéter : on introduit plusieurs nouveaux personnages, on s’attarde sur l’institut DYAD, on présente d’autres factions à l’oeuvre dans l’ombre, bref, de quoi nous éloigner de l’intimité des personnages principaux.
Au final, il n’en n’est rien, et les personnages sont toujours au cœur de la série. Même l’institut DYAD ne reste pas un bloc monolithique et menaçant, et revêt une multitude de visages : DYAD, c’est Rachel (Tatiana Maslany… Oui, c’est rigolo d’écrire Tatiana Maslany partout), c’est le Docteur Leekie, c’est Delphine (et ses cheveux), chacun ayant ses raisons d’agir.

Qui a bu boira.

Qui a bu boira.

 

Du coup, on retrouve parfaitement les ingrédients de la saison précédente :

un équilibre savant entre comédie, avec Alison et ses histoires absurdes, Felix (Jordan Gavaris) et ses répliques qui tuent, et un autre personnage (que nous ne citerons pas pour éviter les spoilers) au comportement décalé et donc drôle, et moments un peu plus pesants, voire glauques, avec Rachel, le clone kifépeur, et la secte des religieux fanatiques, qui sont terrifiants.

un casting solide, à l’exception peut-être du personnage de Paul (Dylan Bruce), qui souffre d’un manque d’expressivité assez flagrant. Ça joue bien, l’alchimie entre les acteurs est bien présente, et Tatiana Maslany… All hail Tatiana ! Elle parvient, tout comme dans la première saison, à faire exister chacune des clones de façon vraiment individuelle et crédible (et parvient même à avoir de l’alchimie avec elle-même, c’est fantastique) et c’est un vrai plaisir à regarder. N’oublions pas les cheveux d’Evelyne Brochu, bien sûr, qui saupoudrent l’ensemble d’une pointe de glamour bienvenue.

Cophine for the win o/

Cophine for the win o/

 

des personnages qui sont écrits avant tout comme des êtres humains et non comme des êtres humains genrés. Et ça, c’est particulièrement rafraîchissant : pas de mâle dominant, pas de chevalier blanc, pas de demoiselle en détresse (un certain personnage remplit un peu ce rôle, en se retrouvant régulièrement dans des situations périlleuses, mais le renverse complètement en n’ayant besoin de personne au final), juste des gens qui agissent en fonction des situations qui se présentent à eux, et pas en fonction de leur sexe. On a bien un désir maladif de maternité qui se promène, mais tout le monde a le droit de vouloir faire des enfants. En tout cas, à aucun moment ce désir n’est lié à une quelconque envie de se plier aux conventions sociales. Vous savez, la « vraie femme qui doit vouloir des enfants », toussa, toussa…
De la même façon, même les seconds rôles ont aussi leurs désirs et leurs buts, et ils ne servent pas uniquement de faire valoir aux clones. C’est particulièrement vrai pour Felix, cette saison.

Ils n'ont pas l'air très gais, ces jeunes gens...

Ils n’ont pas l’air très gais, ces jeunes gens…

 

– des clones. Et donc, toujours en filigrane, comme une petite voix, la question de l’inné et de l’acquis, du « et si… ? » D’ailleurs, les créateurs de la série n’ont pas eu froid aux yeux avec un des personnages, qui divisera sans doute les spectateurs.

une série qui ne prend pas ses spectateurs pour des jambons. Bon, ok, le scénario n’est pas d’une complexité quantique, mais le show nous fait confiance pour comprendre les coulisses, et nous épargne donc les scènes redondantes du type : « ah, mais alors Machin a fait truc pour que Machine puisse faire muche et que Machinchose puisse faire trucmuche ». On n’en a pas besoin, le scénario donnant assez d’éléments pour faire soi-même les rapprochements, et nous laisse les faire.

– des créateurs qui manifestement s’intéressent à leur fanbase : cette saison est émaillée de fanservice, et c’est toujours rigolo, quand c’est bien fait.

– une série qui parvient assez souvent à surprendre le spectateur. Bon, on ne parle pas d’une surprise qui vous file une crise cardiaque hein, soyons clairs, mais de petits rebondissements suffisamment étonnants pour pimenter la sauce.

– Tatiana Maslany (x n, n représentant le nombre de clones)

– Maria Doyle Kennedy

– et le reste du cast, en fait.

Mrs. S, on vous aime aussi

Mrs. S, on vous aime aussi

 

Voilà. Maintenant qu’on a bien vendu la chose, notons tout de même que tout n’est pas parfait.
Déjà, on aurait aimé un peu plus d’interactions entre les clones (parce que c’est toujours un grand moment), chacune faisant un peu sa petite sauce de son côté. En même temps, on peut imaginer que la production prévoit de faire plus de deux saisons, et a donc décidé de ménager Maslany… Dommage pour nous, mais c’est comme ça.

De plus, dans ce Tatiana show, certains personnages peinent un peu à trouver leur place : Art et Angie. Si la quête de vérité et de justice des deux policiers est tout à fait louable et justifiée (oui, quand votre collègue de boulot s’est suicidée, et que vous apprenez qu’il y a une armée de nanas qui ont la même tête qu’elle, vous avez un peu envie de savoir ce qui se passe), les deux bichettes semblent très souvent hors sujet, et c’est dommage, pour eux qui sont inutiles, et pour le spectateur, qui perd du temps qu’il aurait aimé passer avec d’autres personnages.

Oui, Alison fait une comédie musicale, OUI.

Oui, Alison fait une comédie musicale, OUI.

 

Enfin, si la plupart des péripéties et rebondissements sont suffisamment bien amenés pour que l’on soit surpris sans tomber dans le deus ex machina, au moins un personnage arrive d’absolument nulle part, et c’eut été sympathique de préparer un peu son arrivée. Le season finale souffre un peu du même syndrome : si certaines révélations sont surprenantes sans être parachutées, parce qu’elles étaient construites en amont, d’autres arrivent un peu d’on ne sait où. Elles demeurent logiques dans l’univers de la série (c’est toujours ça), mais n’étant pas préparées au préalable, elles sonnent un peu « gratuites ».
Quant au season finale, puisqu’on en parle, certains le trouveront peut-être un peu exagéré sur certains points. Mais d’autres trouveront ces mêmes points absolument géniaux…

Il est difficile de faire une critique de cette série sans spoiler, mais sachez que si vous avez aimé la première saison d’Orphan Black, vous ne pourrez qu’aimer la seconde, qui continue l’histoire de façon à peu près cohérente, en gardant les ingrédients de base. Vraiment, c’est pour l’instant un quasi sans faute. Alors bien sûr certaines péripéties sont un peu limite, bien sûr parfois, on sent l’écran vert derrière certaines scènes entre clones, mais il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat, et l’ensemble reste plaisant, et cohérent, en regard de la première saison.
Sans finir sur un cliffhanger de la mort, la série, quoi qu’il en soit, nous donne bien envie de revenir l’année prochaine.

Fe is so hawt :3

Fe is so hawt :3

A l’heure où nous imprimons (j’ai toujours rêvé d’écrire ça, laissez-moi), la série n’a toujours pas été officiellement ni renouvelée, ni annulée. En interview, Graeme Manson et John Fawcett, les créateurs, ont cependant expliqué certaines de leurs idées pour la prochaine saison… Du coup, on ne sait pas trop : y a-t-il des pourparlers un peu délicats ? Tatiana Maslany réclame-t-elle un salaire plus conséquent, vu qu’elle joue 254 rôles et bosse 456 heures par jour ? Les cheveux d’Evelyne Brochu sont-ils en grève ? L’attente est insoutenable, et on espère avoir vite confirmation du retour d’Orphan Black en avril 2015.

Evelyne brochu ch'veux

En grève ?

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L'auteur

Fille de Mary Poppins et Xena la Guerrière, aime se promener dans les bois pluvieux. Avec une console. Ou un comics. Avant que les cylons n'arrivent...

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  1. Pingback: Des posters pour la saison 3 d'Orphan Black | Souvent copié, jamais collé ! 18 Mar, 2015

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