[Test PS4] La Terre du Milieu : L’Ombre du Mordor
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Malgré une mythologie très forte et un potentiel énormes, l’univers du Seigneur des Anneaux n’a que rarement donné de la qualité en matière de jeux vidéo. Avec L’Ombre du Mordor, Warner et Monolith rectifient le tir… mais peuvent dire un grand merci à la concurrence. Explications.

Talion est un gardien gondorien affecté l’un des pires postes possibles, à savoir situé près de la Porte Noire du Mordor.  Il fait son devoir avec sa femme et son fils auprès de lui, dans l’espoir de pouvoir, un jour, quitter cet endroit. Seulement, une attaque menée par l’armée du Mordor change ses plans, et tandis que les Uruk déferlent sur la base, Talion et sa famille sont executés… mais, le soldat, possédé par l’esprit d’un mystérieux forgeron elfe mort depuis très longtemps, se relève de la mort, pour une raison inexpliquée. Son seul et unique but : venger la mort de sa famille, et trouver un moyen de la rejoindre dans l’au-delà.

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Côté missions, il y a clairement de quoi faire.

 

Une histoire de vengeance dont le personnage principal s’appelle Talion : franchement, il y a de quoi se faire tout un tas de préjugé dès les 10 premières minutes de L’Ombre du Mordor. Le jeu prend place entre Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, alors que la puissance de Sauron prend petit-à-petit de l’ampleur. Le personnage principal se balade donc dans le Mordor, ce qui est une pratique quelque peu suicidaire. Mais Talion s’en fout, puisqu’il est déjà mort : un constat qui n’évite cependant pas le Game Over.

Le fils caché de Batman et Ezio

On l’aura bien compris : l’histoire du jeu se résume à un timbre-poste. Mais comme dirait l’autre, ce qui compte ce n’est pas la destination, mais le voyage : la quête de Talion va notamment lui demander de zigouiller de nombreux gradés de l’armée de Sauron afin d’atteindre la Main Noire à l’origine de la mort de sa famille. Une enquête en milieu hostile, qui va demander au soldat du Gondor un sacré don de soi.

Mais ça tombe bien : Talion est un homme vraiment plein de ressources. Capable de grimper à peu près partout en faisant des bonds de 3 mètres, de dompter des créatures féroces ou encore de se battre (et de vaincre) une vingtaine d’orcs en un seul combat, le type est un vrai couteau suisse : on en vient même à se demander comment il a pu succomber aussi rapidement dans l’intro du jeu. Mais bon, on a dit qu’on arrêtait de se moquer du scénario. Donc…

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Ça ne vous rappelle rien ?

 

Tout ça pour dire que Talion est capable d’énormément de prouesses. Combat rapproché, à l’arc, furtivité, escalade… sur ce point, le jeu est un véritable plaisir, car il offre une variété de gameplay impressionnante. Mais les joueurs assidus seront rapidement interpellés par le fait que L’Ombre du Mordor se révèle être un véritable Gloubiboulga rassemblant les systèmes de jeux d’une multitudes d’autres titres sortis ces dernières années : ainsi, toute  la partie escalade est une copie trait pour trait du gameplay des Assassin’s Creed, le mode de combat rappelle à s’y méprendre celui de la saga Batman Arkham avec une touche de Dynasty Warrior, les moyens de faire diversion font penser à Farcry 3… la liste des (grosses) inspirations est longue, très longue, et Monolith Productions peut dire merci à la concurrence pour lui avoir fourni pas mal de bonnes idées.

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Et là ? Toujours rien ?

 

J’entends cependant d’ici la voix de certains qui marmonnent des trucs du genre « Ben voyons, à croire qu’Assassin’s Creed a inventé l’escalade et que Batman a inventé la baston de groupe. » Certes non ! Mais quand Talion doit activer des tours pour débloquer des missions secondaires sur la carte, et quitte ces dernières en effectuant ce qui ressemble à s’y méprendre à un saut de l’Ange, à moins de ne jamais avoir joué à Assassin’s Creed, impossible de ne pas faire de parallèle. De même, comment ne pas penser au Chevalier Noir lorsque le rôdeur étourdie un ennemi durant un combat pour le ruer de coup dans une marée de combo, et qu’il peut contrer ses adversaires en appuyant au bon moment sur  triangle ? Il y a un moment où l’emprunt délicat se transforme en pompage en règle.

La vengeance, mangez-la comme vous voulez

Tout ça amène forcément une question très terre-à-terre : L’Ombre du Mordor est-il autre chose qu’un Gloubiboulga de titres plus ou moins bons sortis ces dernières années, mâtiné d’une franchise qui en a déjà vu des vertes et des pas mûres ? Heureusement, oui. Car l’épopée de Talion prend rapidement une tournure intéressante quand la seule véritable innovation que le jeu pointe le bout de son nez, à savoir le système Némésis.

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Vous allez bien vite les rencontrer, ne vous inquiétez pas…

 

En quoi ça consiste ? Eh bien dans L’Ombre du Mordor, Talion doit s’intéresser aux hauts gradés de l’armée de Sauron pour remonter jusqu’à la Main Noire. Pour ce faire, il doit enquêter sur les capitaines et les haut-capitaines, et les affronter pour arriver jusqu’au sommet. Au cours des missions histoire, le Rôdeur doit souvent partir à la recherche d’un ennemi spécifique à affronter ou – plus étonnant – à aider. Mais il rencontre également des capitaines en mode libre, puisque le jeu est un open world.

Là où le système Némésis entre en jeu, c’est que tous les capitaines ont des caractéristiques qui leur sont propres, mais également une mémoire : si vous les affronter en vous y prenant mal, par exemple en ignorant leurs points forts et leurs faiblesses, alors il y a de fortes chances que vous soyez tué, ou que vous soyez obligé de vous enfuir. Dans tous les cas, l’ennemi se souviendra de vous et des circonstances de votre défaite à votre prochaine confrontation, avant laquelle il aura gagné en puissance, voire monté en grade.

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Une vraie tête de porte-bonheur.

 

Lors d’une confrontation avec un capitaine puissant, vous n’aurez souvent pas d’autre choix que de fuir le combat avant d’en apprendre plus sur ses forces et faiblesses. Pour cela, il faudra vous attaquer à des soldats orcs qui connaissent ces gradés, dans l’optique de les interroger : une démarche qui rappelle une fois encore les jeux Batman Arkham. Vous découvrirez ainsi que le capitaine que vous poursuivez a peur des abeilles mais entre dans une rage folle face à un Caragor, ce qui vous donne un nouveau point de vue sur la manière de l’affronter.

Cette spécificité, propre au jeu, renforce considérablement l’immersion, et donne au joueur une certaine liberté. Comme chaque capitaine est identifiable, on peut notamment décidé de l’épargner pour voir jusqu’où il va aller, dans l’optique de l’affronter plus tard, puisque plus l’ennemi est fort et plus il donne de points au joueur pour débloquer des compétences. Des missions annexes permettent par ailleurs de mettre des bâtons dans les roues des capitaines, en les empêchant de monter en grade ou de recruter des soldats, notamment.

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Parfois, vous fuyez le combat, mais parfois, c’est votre adversaire qui le fait !

Le serpent se Mord(or) la queue

Là où le bât blesse, c’est que le système Némésis ne s’avère être que la seule originalité du jeu, et que malgré son intérêt évident pour l’immersion, c’est peu pour justifier de réellement rester scotché au titre pour le finir à 100%. L’histoire se boucle en une quinzaine d’heure, et c’est déjà très honorable, d’autant que les missions secondaires scénarisées vous prendront bien 5 heures supplémentaires. Les plus acharnés qui chercheront à accomplir tous les défis et pousser les compétences de Talion au maximum ajouteront bien 10 heures de plus à l’ensemble, ce qui donne une durée de vie de pas loin de 30 heures pour pousser le titre dans ses derniers retranchements.

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Les Caragors sont des créatures féroces que vous pouvez soumettre à votre volonté grâce à une compétence.

 

Néanmoins, malgré ce bilan enthousiaste, il faut cependant considérer le côté répétitif du titre, et le fait de tomber toutes les 3 minutes sur un capitaine, ce qui ne motive pas vraiment à se balader en mode touriste sur la carte plus de quelques dizaines de minutes. Le sentiment de liberté est quelque peu gâché par les cutscenes qui interviennent systématiquement dans ce genre de situation : au début, on est content de voir qu’un capitaine se rappelle de nous mais ça devient vraiment lassant à force. On a l’impression que le jeu insiste comme un bourrin sur l’une de ses seules véritables originalités.

Le scénario n’est pas non plus très folichon, et on s’amuse plus à lâcher des Caragors dans le camp d’orcs paniqués qu’à mener la vendetta de Talion. C’est souvent le cas de jeux bacs à sable, en open world, mais L’Ombre du Mordor incite beaucoup à essayer toutes les techniques de pièges possibles, à tel point qu’on en perd le fil d’une histoire limitée.

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Vous pouvez aussi utiliser les Caragors pour faire diversion, voire un bon gros ménage.

 

Quant au level design, c’est mi-figue, mi-raisin : on peut se balader pendant de nombreuses minutes dans des terres désolées (c’est le Mordor, mais quand même) en ne croisant au mieux que quelques patrouilles d’orcs qui ne vous voient pas à 3 mètres de distance, puis s’émerveiller face à une forteresse pleine de recoins. Il y a un déséquilibre assez évident dans le jeu, et pas uniquement sur ce point.

Rôdeur digeste

L’Ombre du Mordor n’est pas un mauvais jeu : il est agréable à prendre en main, guide bien le joueur, offre un rendu esthétiquement réussi de l’univers de Tolkien, sait récompenser le fan de la franchise cinématographique avec des doses thérapeutiques de fan service, et offre une bonne durée de vie. Pour toutes ces raisons, faire l’acquisition du titre est clairement justifié.

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« C’est bien ici qu’on a demandé un instant fan service ? »

 

Mais le jeu s’avère cependant peu innovant, redondant dans son contenu, et la moindre bonne idée est utilisée un nombre tellement conséquent de fois qu’on en vient rapidement à en être écœuré. L’Ombre du Mordor manque d’une touche de finesse et de subtilité, et se repose un peu trop sur son fond, au point de négliger sa forme, pourtant essentielle pour se forger une identité complète.

C’est probablement une bonne chose pour le jeu qu’il soit sorti 2 mois avant Assassin’s Creed : Unity, car il n’aurait probablement pas tenu la comparaison vis-à-vis d’une franchise dont il s’inspire beaucoup trop. Espérons que, si le titre de Monolith débouche sur une suite, le studio cherchera davantage à forger une identité propre à son travail. C’est tout ce qu’on peut espérer pour que Talion sorte de l’ombre de ses modèles.

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L'Ombre du Mordor le seigneur des anneaux Monolith Productions Warner
L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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  1. Pingback: [Critique] Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées | GentleGeek 8 Déc, 2014

    […] film. Les orques n’ont pas grand-chose à envier à ceux que l’on croise dans l’Ombre du Mordor… et cette sensation est d’autant plus palpable quand on visionne le film en HFR : le […]

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