[Critique] Asterix et le Domaine des Dieux
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Après un long moment d’absence à l’écran, et d’autant plus en version animée, Astérix et sa bande de joyeux Gaulois sont de retour dans une nouvelle adaptation réalisée par Alexandre Astier et Louis Clichy. Et quand le meilleur de l’humour subtil rencontre le meilleur de l’animation, ça fait des étincelles, façon potion magique.

Alors que le petit village gaulois d’Armorique lui résiste encore et toujours, César a une nouvelle idée en tête pour venir à bout de cette agaçante menace : il décide de faire construire un complexe immobilier romain à proximité, pour acculer au maximum le village dans lequel vivent paisiblement Astérix, Obélix et leurs amis. Après une douloureuse phase de chantier, le Domaine des Dieux reçoit un accueil des plus étonnants de la part des Gaulois…

Pour ressusciter la franchise, pour la première fois en images de synthèse et en 3D, M6 Studio a mis le grappin sur un duo de réalisateurs qui n’ont, à la base, pas grand-chose en commun. D’un côté, Alexandre Astier, auteur et comédien passé à la postérité avec sa série Kaamelott et, de l’autre, Louis Clichy, tout droit venu de l’animation traditionnelle. Il aura fallu 4 ans au duo pour écrire le scénario et les dialogues à partir de la BD originale de Goscinny et Uderzo, et réaliser 1h20 de films avec  une équipe de plusieurs centaines d’animateurs.

César Promotor !

César Promotor !

Veni, vidi, j’ai ri

Dès l’introduction du film, le ton est donné : une ambiance colorée, des effets de profondeurs immédiats qui jouent avec la 3D reliefs, et, peut-être le plus important, des dialogues qui font mouches : Le Domaine des Dieux impose sont propre style avant même son générique de début, qui s’avère être lui-même un petit bijou d’animation. La première partie du film se compose de sortes de scénettes qui permettent de mettre l’accent sur l’opposition, bien connue, entre les Gaulois et la Romains, tandis qu’en filigrane se tisse une trame de fond qui va occuper la seconde partie du film, pour glisser vers un dénouement bien différent de celui de l’album, tout en restant bien dans le même esprit.

C’est là la force du film : préposé au scénario et aux principaux dialogues, Alexandre Astier parvient à mettre sa paluche à peu près partout, mais avec suffisamment de subtilité pour ne pas étouffer son héritage. Un équilibre bienvenu, surtout après les carnages cinématographiques qu’à subit Astérix ces dernières années – et même si on peut défendre sur certains points le film d’Alain Chabat, force est de constater qu’en substance, il ne reste rien du tout de l’esprit d’origine.

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Moustaches et réflexion.

 

Et les dialogues efficaces sont superbement mis en valeur par un casting voix trois étoiles : Astier bien sûr, Chabat aussi (pas dans le rôle de César, ouf), Roger Carel, sorti de sa retraite et fidèle à Astérix, Florence Foresti parfaite en Bonnemine (l’un des seuls persos féminins du film !) ou encore Artus de Penguern dans l’un de ses derniers rôles… tout ce petit monde est juste parfait et renforce la réussite du film.

J’suis pas gros, j’suis en 3D

Pour ce qui est de l’animation en elle-même, il n’y a rien à redire : ce film bien franchouillard n’a rien à envier à du Pixar, et ça, ça fait vraiment du bien. Le design des personnages, tout en rondeurs comme le trait d’Uderzo, donne l’impression d’une bande dessinée en relief. Et même si l’histoire prend quelques libertés, certains plans du film sont des reproductions exactes de certaines cases de la BD.

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Sans doute l’une des scènes les plus philosophiques du film !

 

Sans doute que, sur ce coup-là, on peut saluer l’expérience de Louis Clichy, ancien de chez Pixar (il a travaillé sur Wall-E et Là-haut) qui savait clairement ce qu’il faisait. On ne peut que s’en réjouir, car Astérix et le Domaine des Dieux est clairement l’opus le plus réussi depuis Les Douze Travaux d’Astérix.

Et la 3D, dans tout ça ? Eh bien elle a été peaufinée jusqu’au bout – les premières séances au Grand Rex en étaient même privées – et ça se voit : les effets de profondeurs sont vraiment réussis et c’est un vrai plaisir de voir les Romains voler dans le ciel avec des effets qui ne sont pas sans rappeler ceux de Moi, moche et méchant, l’un des films d’animations qui gère le mieux la 3D relief. Encore une fois, du tout bon.

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Devinez qui va prendre cher ?

Une histoire très actuelle

On ne va pas tourner davantage autour du pot : Astérix et le Domaine des Dieux est une réussite de A à Z, et on peut s’en réjouir, car le défi d’adapter cet album était de taille : moins délirant à la base d’un Douze Travaux ou qu’un Astérix et Cléopâtre, il rend malgré tout très bien à l’écran. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, en période de crise et de conflits sociaux, cette histoire de population consumériste qui décide de brader sa culture pour se fondre dans la masse est finalement particulièrement appropriée aujourd’hui. Preuve est faite avec le film d’Astier et Clichy avec du talent et de la passion, on peut faire d’un album d’Astérix datant de 1971 un petit bijou d’animation très actuel, qui sait parler aux petits comme aux grands. A ne surtout pas rater !

Astérix et le Domaine des Dieux d’Alexandre Astier et Louis Clichy, sortie en salle le 26 novembre.

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Alexandre Astier Astérix et le Domaine des Dieux Louis Clichy SND
L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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  1. Pingback: [Critique] Pourquoi j'ai pas mangé mon père | Souvent copié, jamais collé ! 7 Avr, 2015

    […] à d’autres productions récentes en images de synthèse – on pense notamment à Astérix et le Domaine des Dieux, sorti en fin d’année dernière, pour rester dans les productions françaises. Et […]

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