[Critique] Pourquoi j’ai pas mangé mon père
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Adaptation plus ou moins libre du roman Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis, le premier film de Jamel Debbouze en tant que réalisateur joue la carte des images de synthèse et de la motion capture pour pour inviter le spectateur dans une préhistoire des plus anachroniques. Pari réussi ? On est franchement mitigés.

Edouard est le premier-né du roi des Simiens, Siméon. Seulement, Edouard est minuscule et faiblard, tout le contraire de son frère jumeau Vania. Alors que son épouse meurt en couche, Siméon décide de faire disparaître Edouard pour garder le plus fort de ses fils comme prétendant au trône. Seulement, contre toute attente, Edouard survit, sans savoir d’où il vient. Handicapé d’un bras, il compense ses faiblesses physiques avec un esprit très inventif. Mais son approche progressiste de la vie n’est pas du goût de tous ses congénères….

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Faut avouer qu’il y a des trucs douteux sur ce screen.

 

Pourquoi j’ai pas mangé mon père s’inscrit comme l’adaptation libre du roman Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis. Jamel Debbouze, qui a en grande partie écrit le scénario, se sert du matériau de base pour redescendre d’une génération : roi des Simiens dans le bouquin, Edouard est ici un jeune homme qui doit se faire une place dans une communauté très ancrée dans les traditions, où règne la loi du plus fort. La différence entre le titre du film et celui du livre s’explique à un moment donné dans l’intrigue.

Préhistoire Comedy Club

Si le film garde la volonté de Roy Lewis de raconter de manière décalée l’histoire de l’évolution de l’Homme avec beaucoup d’humour, il faut admettre qu’une partie du message est rapidement télescopé par la patte de Jamel Debbouze. Ce dernier s’offre d’ailleurs le premier rôle, tant à la motion capture qu’à la voix. Et comme c’est également lui qui écrit, on a vite l’impression d’être devant un one man show de l’acteur/comique, qui débite ses phrases au rythme d’une mitraillette, blindées de blagues et de fautes de français. Si on est fan de Jamel, ça va. Si ce n’est pas le cas, on souffre vite, d’autant que le même genre d’humour plane sur la quasi-totalité du film et des personnages.

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La win. Ou pas.

 

Le rythme général du film est particulièrement soutenu, et on ne peut pas dire qu’on s’ennuie devant Pourquoi j’ai pas mangé mon père : on a plus l’impression d’être face à une roue qui dévale une pente. Une roue souvent un peu trop libre… car les messages du film sont globalement archi-vus et revus. L’appel à la tolérance, le fait que la loi du plus fort n’est pas la solution, l’intelligence face aux muscles ou encore le fait qu’il ne faut pas avoir peur de l’inconnu… autant de thèmes qu’il fait toujours bon véhiculer aux plus jeunes, mais ses derniers s’amuseront probablement plus des frasques des Simiens que du reste. Les plus grands, en particulier les moins réceptifs à l’humour global du film, s’y retrouveront beaucoup moins.

Techniquement poussé, réellement poussif

La production du film aura duré 7 ans, et aura été l’occasion de mettre aux points de nouvelles technologies en matière de motion capture, notamment un casque très léger permettant aux comédiens de réaliser de la MoCap en jouant à 4 pattes tout en récitant leurs textes. Tourné intégralement en région parisienne, le film bat également le record d’acteurs de MoCap filmés en même temps – souvent plus de 10. Des prouesses techniques qu’on s’attend à voir à l’écran. Pourtant, les étincelles ne sont pas forcément là : certes, le film est globalement réussi au niveau de sa réalisation technique, mais rien de réellement époustouflant, qui ne sorte de l’ordinaire par rapport à d’autres productions récentes en images de synthèse – on pense notamment à Astérix et le Domaine des Dieux, sorti en fin d’année dernière, pour rester dans les productions françaises. Et honnêtement, les Simiens, transition hybride entre les singes et les humains, sont globalement plutôt moches, sans queue ni sexe, tous à poils sauf Edouard dont le pagne ne sert qu’à tenir son bras.

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La détresse.

 

Comme souvent, la 3D est purement accessoire, et on se demande même si elle ne dessert pas le film en faisant ressortir ses défauts. Compte tenu de la mise en scène très dynamique, mieux vaut probablement l’éviter dans la mesure du possible afin d’éviter un mal de crâne.

Entre hommage et malaise

La MoCap et la technologie poussée ont également été utilisées pour mettre en scène un hommage aussi étrange que discutable, consistant à « ressusciter » l’acteur Louis de Funès, pourtant mort il y a 30 ans. Ses mimiques et sa manière de parler, digitalisée à l’aide de samples de sa propre voix, ont ainsi contribuer à donner naissance à son « clone » simiesque, nommé Vladimir. Réalisé avec l’aval et la collaboration d’Olivier de Funès, le fils de l’acteur, cet hommage colle quand même un certain malaise, et fleurte avec la vallée dérangeante : si on comprend bien que Jamel voulait saluer le grand comédien qui lui a donné envie de faire ce métier, on est en droit de ce dire que la technique va un peu trop loin et qu’il vaudrait mieux laisser les gloires d’antan là où elles reposent.

Vladimir

Les Noces Funès.

 

Dans le même temps, ce type de démarche pousse à s’interroger sur les possibilités qu’offre le cinéma aujourd’hui. Donner des rôles importants à des acteurs morts depuis des lustres ? C’est franchement flippant. Espérons que ça ne devienne pas une mode…

Un conte naïf

Pourquoi j’ai pas mangé mon père transforme le récit dont il s’inspire – écrit par un journaliste économique, rappelons-le – en conte naïf, fable sur la tolérance et le vivre ensemble gentiment barrée au message limpide. Le film ne captive pas vraiment, mais on en est presque triste, tant on ressent la sincérité de la démarche de Jamel Debbouze. Le comédien-réalisateur a réellement mis du sien dans le personnage d’Edouard, handicapé comme lui – plus pratique pour la motion capture, nous expliquait le réalisateur en masterclass – dans un monde où la différence est encore très mal perçue.

Divertissant pour les jeunes enfants, le film n’a pas grand intérêt pour les adultes, à moins d’être vraiment fans de l’humour de Jamel Debbouze. Une production ambitieuse qui s’englue dans des thématiques tout sauf originales, et qui sera probablement bien vite oubliée. Dommage, surtout vu les promesses du projet.

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La Bouse de Jamel Pourquoi j'ai pas mangé mon père Pourquoi je suis allée voir ce film
L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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